Derrière le monde virtuel de l’internet, des smartphones, des films à la demande ou des abonnements à différents clouds, se cache une réalité tout à fait matérielle : celle des data centers. En dix ans, la société parisienne Digital Realty (87 salariés à Marseille, 261 millions d’euros de CA), qui construit et opère des data centers, a mis en service dans la Cité phocéenne un réseau de quatre sites (le cinquième est en construction), accompagnant ainsi le développement de la place de Marseille, aujourd’hui classée 7e hub mondial en capacité de données. Durant cette période, Digital Realty, a en effet investi près de 400 millions d’euros pour installer ses data centers. L’entreprise détient ainsi désormais 99 % du marché local. Le prochain data center, baptisé MRS5, devrait voir le jour d’ici à 2026, sur le site de 12 000 m² de l’ancien silo à sucre, à nouveau à l’intérieur de l’enceinte du port autonome, pour un budget évalué à 300 millions d’euros. "Ce nouveau data center nous permettra d’accroître nos capacités de 40 %. On se rend alors compte de l’accélération des performances des sites, liée à l’amélioration des technologies", commente Fabrice Coquio, dirigeant de Digital Realty France, née de la fusion, en 2020, entre la société Interxion et Digital Realty. Par ailleurs, l’entreprise vient également de réinvestir 40 millions d’euros dans son site MRS1.
Des projets envisagés en Italie et en Grèce
Digital Realty, qui ambitionne déjà de créer un MRS6 du côté de Bouc-Bel-Air dans les Bouches-du-Rhône, toujours sur une ancienne friche, est également en train de réfléchir à la création de hubs intermédiaires qui pourraient desservir les pays du Sud : Italie, Espagne, Grèce. "Nous pensons à des sous-hubs de redistribution. Nous sommes très attentifs aux besoins de nos clients", poursuit Fabrice Coquio. Rome, la Crête pourraient ainsi faire partie de ces sites intermédiaires. "Mais pour l’Europe du Nord, Marseille demeure incontournable ", ajoute-t-il.
18 câbles sous-marins connectés
Une position liée bien évidemment à la présence de 18 câbles sous-marins qui relient Marseille à l’Afrique et à l’Asie et qui convergent vers les bâtiments de l’entreprise. "En 2016, un magazine traitant des échanges de données s’interrogeait : où sera le prochain Marseille ? La réponse est simple : il n’y aura pas de nouveau Marseille et la raison est purement géographique", s’enthousiasme Fabrice Coquio. 60 % du PIB informatique mondial en termes d’hébergement des données est en effet situé dans le nord ouest de l’Europe, entre Francfort, Londres et Paris.
Il est en outre plus simple d’immerger des câbles plutôt que de les enterrer. "Ainsi, Marseille devrait progressivement prendre la 5e place du classement", ajoute le dirigeant de Digital Realty France. En 2025, 22 câbles sous-marins atteindront Marseille, avec des capacités de transport dix fois supérieures à ceux installés il y a moins de dix ans et pour un coût qui, lui, se maintient et n’augmente pas.