À 47 ans, Didier Suberbielle peut s'enorgueillir d'une brillante carrière. Mais pour lui, elle semble le résultat d'une somme d'opportunités qu'il a saisies. «Il a su être là où l'on avait besoin de lui», confirme Christophe Barnoin, ancien camarade d'HEC. Et s'il a fréquenté des univers très différents (la grande distribution, le luxe, la presse), il ne faut pas y voir de l'inconstance. Au contraire, courtisé tout au long de son parcours, il a fait des choix précis guidés par de multiples passions et un goût du challenge.
L'école de la rigueur
Tout jeune, Didier Suberbielle voulait suivre les traces de son père, vétérinaire de campagne à Puylaurens, dans le Tarn. Mais, par curiosité, il a emprunté un tout autre chemin. Brillant élève au lycée Fermat à Toulouse, il a quitté sa région natale pour entrer à HEC Paris. Il a choisi le marketing, «moins aride que la finance». Son apprentissage se poursuit au sein du groupe Procter & Gamble. Il y fera ses armes pendant une dizaine d'années: d'abord, dans la branche Hygiène et Beauté en France puis en Espagne dans la branche Pharmacie. «J'y ai appris la rigueur et l'intégrité», note-t-il. Un «moule» dont il a su pourtant se détacher. «Il est fort pour assimiler un modèle, le défendre puis le dépasser en lui apportant un supplément d'âme, confirme Christophe Barnoin. Et sous son air policé, il est capable de faire preuve d'une grande liberté d'esprit». Le jeune Toulousain, Parisien d'adoption, n'hésite pas non plus à faire preuve d'un humour décalé tant envers lui-même qu'avec les autres. «Il réservait une table dans un restaurant sous le nom de James Bond», se souvient, amusé, Alain Crevet, actuellement P-dg de S.T. Dupont et ancien de chez Procter & Gamble.
Devenir créateur
En parallèle de son travail chez Procter & Gamble, Didier Suberbielle a envie de s'essayer à la création d'entreprise. C'est avec Christophe Barnoin qu'il décide de tenter l'aventure au début des années 90. En réalité, c'est à quatre, avec leurs frères respectifs, issus du monde de la pharmacie, qu'ils créent Parashop. L'idée était de créer un réseau de parapharmacies en France. «Si nous sommes tous deux nés en province de parents exerçant des professions libérales et diplômés HEC, nous n'avons pas du tout emprunté les mêmes voies, explique-t-il. Ainsi dans Parashop, j'ai amené la vision d'un dirigeant de PME tandis que Didier a apporté sa culture du marketing dans les grands groupes.» Le premier magasin Parashop ouvre en mai1993 à Orléans. Aujourd'hui, la chaîne compte plus de 70 parapharmacies en France et quatre en Italie. C'est une expérience dont Didier Suberbielle est fier. De plus, elle lui a apporté un regard nouveau sur l'entreprise. «Quand on a créé une société, on ne gère plus de la même façon. On fait plus attention aux détails et on est plus pragmatique», constate-t-il.
L'homme de la situation
En 1995, Didier Suberbielle quitte Procter & Gamble pour Moët et Chandon (LVMH). Il troque les produits de beauté pour le champagne. La transition peut paraître abrupte. «Si ce sont effectivement des univers différents, la problématique est la même: donner une vision et gérer des hommes. Il est nécessaire bien sûr d'avoir des notions d'économie pour limiter les dépenses et générer des recettes», explique-t-il. Il rejoint ce monde pétillant alors qu'il vit des heures difficiles. Pendant les cinq années passées chez Moët et Chandon, il s'attache donc à réduire les dépenses. Il prend ensuite la direction des Champagnes Pommery, dont il cède la marque en 2002 au groupe belge Vranken. Mais déjà un autre défi l'attend: redresser la filiale française des publications Condé Nast (Vogue, AD). Ces quatre années de «pur plaisir» seront marquées par le lancement du magazine Glamour en France. «Même s'il était étranger au monde de la presse, il a tout de suite compris les enjeux de ce lancement et le positionnement de Glamour», se rappelle Marie Lannelongue, rédactrice en chef de Glamour. «Nous avons été parmi les premiers à opter pour le petit format et le premier à faire de la publicité à la télévision. En 20 ans, aucun magazine féminin n'a connu le succès de Glamour», se réjouit encore Didier Suberbielle. L'aventure au sein des publications Condé Nast prend fin en 2006 quand il se voit proposer un nouveau challenge. Le dirigeant et fondateur de Nutrition et Santé, basée à Revel, Alain Chatillon, qu'il connaît, cherche un successeur. Une opportunité à la fois de retrouver ses racines et de s'impliquer dans un business qui a le vent en poupe: la diététique et le bio.
HEC, Procter & Gamble, LVMH et Condé Nast. Voici un condensé éloquent du parcours sans faute de Didier Suberbielle, président du directoire de Nutrition et Santé depuis 2006.
Marie Lepesant