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Deski déploie sa solution : "Il est plus simple d’obtenir une autorisation américaine qu’un marquage CE"
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Dr Bertrand Moal CEO et cofondateur de Deski "Il est plus simple d’obtenir une autorisation américaine qu’un marquage CE"

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La medtech bordelaise Deski a débuté la commercialisation de son dispositif médical aux États-Unis en septembre. Son logiciel Heartfocus, nourri à l’IA, permet à des professionnels de santé non-cardiologues de réaliser des échographies cardiaques grâce à une interface gamifiée. Son déploiement en France et en Europe est prévu en 2026. Bertrand Moal, CEO et cofondateur de Deski, détaille ce tournant.

Bertrand Moal, CEO et cofondateur de Deski, annonce la commercialisation de leur solution en France et en Europe courant 2026 — Photo : Deski

Près de 10 ans après avoir créé Deski à Bordeaux avec votre frère Olivier, vous commercialisez votre logiciel Heartfocus avec toujours le même objectif : démocratiser le diagnostic cardiaque. L’IA, notamment dans le monde médical, n’est pas toujours bien perçue. Comment votre solution est-elle accueillie par les professionnels ?

Même si l’innovation suscite parfois des craintes, les professionnels sont unanimes sur un constat : les cardiologues, seuls habilités à réaliser des échographies cardiaques, ne pourront pas gérer la demande. Le délai moyen d’attente pour un rendez-vous est entre 50 et 60 jours. Notre solution permet à des infirmiers, des urgentistes, des médecins généralistes, de réaliser une captation d’image de qualité clinique qui sera ensuite analysée par un cardiologue. L’IA ne supplante pas les médecins.

Concrètement, comment votre solution fonctionne-t-elle ?

C’est un logiciel, Heartfocus, qui se présente comme une application téléchargeable. On connecte la tablette ou — bientôt — le smartphone à une sonde d’échographie (nous avons un partenariat avec deux fabricants, nous discutons avec d’autres) et le praticien est guidé comme dans un jeu vidéo pour placer la sonde comme il convient. Les images sont alors automatiquement enregistrées. La prise en main du logiciel ne nécessite qu’une courte formation.

Vous avez levé 5,2 millions d’euros en juin pour financer votre commercialisation aux États-Unis. Pourquoi d’abord là-bas alors que Deski est né à Bordeaux, en partenariat avec le CHU, que vous avez été accompagnés par l’incubateur bordelais Unitec et l’accélérateur Aquitaine Science Transfert ?

Les États-Unis sont le marché le plus important. Par ailleurs, il n’y a pas de cadre légal en France à l’heure actuelle pour qu’un non médecin (des infirmiers notamment) puisse réaliser de l’acquisition de données, aux États-Unis c’est possible. Par ailleurs, là-bas, le remboursement est aussi possible là où il ne l’est pas en France parce que notre échographie n’est que partielle ; l’interprétation des images nécessite ensuite un cardiologue. C’est dommage, le remboursement est un vrai sujet d’attractivité pour que les patients aient accès à l’innovation. Enfin, nous avons lancé les démarches en même temps en Europe et aux États-Unis pour obtenir des autorisations de mises sur le marché. C’était à la fin de l’étude clinique, en septembre 2024. Nous avons obtenu l’autorisation de la FDA (autorité américaine) en avril 2025, et le marquage CE fin août. C’est plus simple et plus rapide d’obtenir une autorisation de la FDA (autorité américaine) qu’un marquage CE. C’est important de le dire.

Le logiciel HeartFocus de Deski "gamifie" la prise d'images échographiques cardiaques — Photo : Deski

C’est vraiment impactant quatre mois d’écart ?

Pour une société comme Deski (25 personnes, NDLR), c’est hyper important. On a une visibilité de trésorerie limitée. Grâce aux débuts de commercialisation aux États-Unis, nous allons avoir nos premiers revenus d’ici la fin 2025.

À quand la commercialisation en Europe ?

Ce sera en 2026 en France et en Europe. Toujours avec quatre cibles : les centres de formations (étudiants en médecine, écoles d’infirmiers…), les pôles de santé avec des généralistes, des infirmières, les urgences (1 patient sur 10 y entre pour des douleurs thoraciques), les centres de cardiologies. Compte tenu des freins légaux en France, nous viserons d’abord les médecins (urgentistes, gériatres…).

Votre logiciel est aujourd’hui destiné aux échographies cardiaques, pourrait-il être pertinent pour d’autres types ?

C’est prévu. Nous savons que notre solution a des intérêts pour d’autres domaines, comme l’obstétrique par exemple. Nous préparerons l’extension des domaines d’applications fin 2026, tout comme nous voulons aussi augmenter les capacités dans la cardiologie pour tendre vers un examen complet, avec une nouvelle version.

Bordeaux # Santé # Innovation # Start-up # Levée de fonds