Pourriez-vous décrire l’innovation mise au point par Ciliatech (20 salariés ; CA non communiqué) ?
Notre implant oculaire baptisé "Intercil Uveal Spacer" est un dispositif innovant pour la chirurgie du glaucome. Il autorise une intervention moins invasive, car il se positionne dans l’espace supra ciliaire. Notre dispositif ne pénètre pas dans la chambre antérieure de l’œil, évitant ainsi les risques d’inflammation et les effets secondaires postopératoires.
C’est d’ailleurs pour trouver une solution aux potentielles complications liées aux implants sur le marché que mon associé le chirurgien ophtalmologiste Philippe Sourdille a conçu ce dispositif alternatif.
Pour rappel, le glaucome donne une vision rétrécie "comme si on regardait dans un tube étroit" et peut causer à terme des cécités irréversibles. Cette affection oculaire touche 80 millions de personnes dans le monde.
Pouvez-vous retracer la trajectoire de Ciliatech jusqu’à présent ?
J’ai co-fondé Ciliatech à Annecy (Haute-Savoie) en 2017 avec le docteur Philippe Sourdille, chirurgien ophtalmologiste et inventeur. Nous avons levé à ce jour 12 millions d’euros pour la mise au point de notre implant dont nous débutons la commercialisation en Europe en cette fin d’année qui devrait générer notre premier chiffre d’affaires.
"Notre potentiel de chiffre d’affaires avoisine les 200 millions d’euros d’ici une dizaine d’années, dont la moitié outre-Atlantique"
Nous sommes en phase de croissance et allons étoffer notre équipe scientifique, médicale et commerciale. Nous devrions être 30 en 2026 et une quarantaine de salariés en 2027. Nous allons prochainement déménager à Epagny, toujours dans l’agglomération d’Annecy.
Pourquoi implanter une filiale aux États-Unis ?
Les États-Unis sont une priorité stratégique pour la croissance de Ciliatech car il s’agit du plus gros marché mondial dans le domaine de la santé, et le plus influent.
Il représente 50 % du chiffre d’affaires mondial des implants pour le glaucome. Notre potentiel de chiffre d’affaires avoisine les 200 millions d’euros d’ici une dizaine d’années, dont la moitié outre-Atlantique.
Pour accompagner son installation aux États-Unis, Ciliatech a prévu d’investir environ 25 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Les fonds serviront notamment à gérer les processus réglementaires et à mettre en place des essais cliniques dans le pays.
Pouvez-vous détailler l’emploi de cette enveloppe sur le marché américain ?
La quasi-totalité du montant sera consacrée aux processus d’enregistrements réglementaires, eux-mêmes fondés sur la collecte d’informations cliniques.
Nous allons recruter une centaine de patients à compter de septembre 2026, qui seront opérés, puis suivis sur une durée minimale de 12 mois.
"Comme notre stratégie de développement est prioritairement axée sur les États-Unis, nous allons rechercher des fonds locaux qui nous aideront à valider notre business model là-bas et crédibiliseront notre produit"
Nous devrions obtenir les autorisations de mise sur le marché de la FDA (l’autorité de la "Food and Drug Administration" aux USA, NDLR) fin 2029-début 2030. Une spécificité du marché américain est qu’il accueille différentes ethnies pour lesquelles nous devons spécifiquement valider notre dispositif. Sur place, notre filiale emploiera 4 salariés.
Comment allez-vous financer cet engagement ?
Nous avons démarré notre recherche de financement sous forme de capital. Nos investisseurs historiques vont continuer de nous soutenir. Il s’agit du fonds d’investissement Kréaxi qui nous a accompagnés dès la phase d’amorçage il y a 8 ans, BNP Paribas Paris et du chirurgien ophtalmologiste Bernard Chauvin. La majorité du capital est entre les mains des associés fondateurs de Ciliatech, le Dr Philippe Sourdille et moi-même. Nous allons aussi faire entrer de nouveaux fonds, notamment américains.
Comme notre stratégie de développement est prioritairement axée sur les États-Unis, nous allons rechercher des fonds locaux qui nous aideront à valider notre business model là-bas et crédibiliseront notre produit notamment vis-à-vis de partenaires commerciaux.
Accepteriez-vous d’être dilués au point de perdre la majorité au capital ?
Si on est dilués, c’est que l’on a réussi à convaincre, c’est donc que cela marche. Alors, ce ne serait pas un problème.
Comment allez-vous enclencher le processus de commercialisation ?
La filiale permettra également de poser les fondations de nos futures activités commerciales en parallèle de la progression du dossier d’obtention de l’autorisation FDA.
"La commercialisation a démarré en Allemagne et au Royaume-Uni. En France, nous attendons d’avoir l’accord de La Haute Autorité de Santé, qui est l’une des plus exigeantes au monde."
Là, je pars au congrès annuel de l’American Academy of Ophtalmology à Orlando en Floride, qui se tient du 17 au 20 octobre pour nouer des liens avec les spécialistes américains en chirurgie ophtalmologique et avec la FDA.
Ces échanges permettront d’adapter les essais cliniques de l’implant ophtalmique Intercil afin de répondre aux besoins spécifiques des patients atteints de glaucome aux États-Unis.
Où en êtes-vous en Europe et ailleurs dans le monde ?
Ciliatech a obtenu le marquage CE pour Intercil Uveal Spacer en août 2025. La société a déjà terminé trois essais cliniques et un quatrième est en cours. La commercialisation a démarré en Allemagne et au Royaume-Uni. Un premier patient a été opéré à Dusseldorf le 9 septembre. Nous pouvons vendre en France car nous avons le marquage CE, par contre nous n'avons pas encore le remboursement qui est décidé par l'HAS, qui est l'une des plus exigeantes au monde. Pour cela, nous devons présenter des résultats de nouvelles études cliniques.
En Asie, notre implant a également un potentiel intéressant parce qu’il permet de traiter un certain type de glaucome, à angle étroit, très développé sur ce continent, et qui ne dispose pas pour le moment de traitement adéquat.