Le chiffre est symbolique. Le dernier bilan de commercialisation, édité par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, présente un vignoble bordelais qui repasse sous la barre des 100 000 hectares. Avec 94 700 hectares de vignes en AOP, la surface du vignoble est en baisse de 8 % par rapport à 2023, "un niveau jamais connu depuis 1987", précise le CIVB.
L’arrachage sanitaire local (57 M€), mesure mise en œuvre en Gironde en 2023, a donc fait son effet - avec 6 036 hectares arrachés fin janvier - et l’ouverture à l’automne dernier d’un dispositif national d’arrachage promet une poursuite du rééquilibrage des volumes (non sans conséquences économiques pour de nombreux viticulteurs) pour faire face à la baisse de la demande. 84 % de la baisse des surfaces cultivées concerne les AOP rouges (- 7 100 hectares). Ces derniers représentent toujours 80,5 % de la production, mais les premières tendances de diversification se dessinent : ce chiffre était de 85 % en 2015. Les blancs secs sont en augmentation (10,5 % contre 8,5 % en 2015) et les crémants font une percée (4 % contre 0,8 % en 2015).
Une production et des ventes en chute
Côté production, la chute est notable et concorde avec la tendance nationale. Le vignoble bordelais recense 3,3 millions d’hectolitres récoltés en 2024 (-14 %), volume le plus faible depuis 1991.
Les volumes de vente, eux aussi, sont en baisse. 3,6 millions d’hectolitres ont été vendus sur la campagne 2023-2024, soit plus de 484 millions de bouteilles, un volume en baisse de 4 % sur un an pour une valeur estimée de 3,4 milliards d’euros.
58 % de ces ventes sont réalisées en France où la consommation de vin a chuté de 70 % entre 1960 et 2020. Si Bordeaux se taille toujours la part du lion des AOP (24 %) vendus dans la grande distribution, qui représente 42 % de ses ventes nationales, ce chiffre est en baisse constante et accélérée pour Bordeaux avec -6 % contre - 4 % au niveau national).
L’export profite des menaces douanières américaines
L’export, lui, représente 42 % des ventes et affiche aussi une baisse de 4 % en volumes (1,5 million d’hectolitres) et de 8 % en valeur (2 milliards d’euros).
Au niveau des destinations, le bilan annuel révèle que les États-Unis sont devenus, en 2024, la première destination des vins de Bordeaux en volume (224 000 hl, +9 %) comme en valeur (417 M€, +13 %), devant la Chine qui "explique, à elle seule, plus de la moitié des volumes perdus à l’export depuis 2017". L’export aux États-Unis est ainsi le seul à afficher une progression positive en volume et en valeur sur les six principaux marchés du vignoble bordelais, le Japon affichant une hausse de 10 % mais une baisse de chiffre d’affaires de 7 % en raison du taux de change.
Les potentielles futures taxes douanières américaines se sont paradoxalement révélées profitables, avec une hausse des volumes de 51 % et un doublement de la valeur sur les trois derniers mois de 2024.
Le repli se poursuit en Chine (-14 % en volumes et -13 % en valeur), en Belgique (-6 % et -13 %), au Royaume-Uni (-3 % et -23 %) et en Allemagne (-9 % et -19 %).