L’usine Delpharm Lille (390 salariés, 40 M€ de CA), installée à Lys-lez-Lannoy dans le Nord, est ce qu’on appelle un CMDO, pour Contract Development and Manufacturing Organization en anglais. Autrement dit, un sous-traitant pour les sociétés pharmaceutiques. Spécialisée dans les corticoïdes et les médicaments contre les cancers, elle vient de se doter d’une nouvelle ligne de conditionnement spécifiquement dédiée aux corticoïdes.
Absorber le marché français des corticoïdes
5,3 millions d’euros ont été investis (soutenus à hauteur de 3,6 millions par Bpifrance) pour cette ligne entièrement automatisée. "L’ancienne ligne était devenue totalement obsolète, explique Sébastien Rucquoy, directeur du site. Elle était capable de produire 8 millions de boîtes par an mais au moindre pic de consommation ou de problème sur la ligne, nous n’étions plus en mesure de répondre à la demande." Avec cette nouvelle ligne, plus aucun risque de pénurie car la capacité de production est doublée. "Nous pouvons désormais produire 20 millions de boîtes par an, soit plus que ce que représente le marché actuel des corticoïdes, se réjouit Stéphane Lepeu, directeur général délégué. Nous disposons même de réserves sur ce produit stratégique qui permet à la France de rester souveraine en matière de santé."
Le site nordiste fabrique chaque année, tout médicament confondu, deux milliards de comprimés. Capable de livrer partout dans le monde, Delpharm Lille produit pour le compte de 22 clients, dont 65% d'entre eux se trouvent en Europe. "Nous gérons 120 formulations différentes pour 380 références, rappelle Stéphane Lepeu. Bien souvent les molécules proviennent de Chine ou d’Inde. Renforcer la disponibilité des corticoïdes qui sont des anti-inflammatoires, pour les patients français est une fierté."
Une ligne exclusive pour les fabricants de génériques
Cette nouvelle ligne est également synonyme de nouveaux marchés pour l’acteur nordiste. Capable de traiter des blisters en PVC, PVC-alu et alu-alu, là où l’ancienne était limitée au PVC, elle peut réaliser jusqu’à 500 blisters par minute soit près de 250 boîtes chaque minute. "Nous nourrissons des perspectives de croissance importantes, ne cache pas Stéphane Lepeu. Aujourd’hui, nous tournons en 2x8, 5 jours sur 7. Si les besoins augmentent, nous pouvons passer en 3x8."
Destinés au marché français, ces corticoïdes fabriqués dans le Nord le sont exclusivement pour le compte de génériqueurs. Le sous-traitant rappelle également sa force. "Aujourd’hui, une boîte de médicaments vendue en pharmacie sur trois est fabriquée par un CMDO. D’ici une quinzaine d’années, ce seront deux boîtes sur les trois, projette Stéphane Lepeu. En tant que sous-traitant, nous optimisons nos capacités de production et pouvons ainsi écraser les coûts fixes."
Des projets à venir en oncologie
Delpharm Lille est l’antenne locale du groupe Delpharm qui compte onze sites de production en France, mais aussi des sites en Italie, au Canada, aux Pays-Bas et en Pologne. Le groupe compte 6 500 collaborateurs et affiche un chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros en 2023. L’usine de Lys-lez-Lannoy est actuellement en discussion avec Bpifrance pour développer un projet en oncologie. "Aujourd’hui, les traitements contre les cancers représentent 4 à 5 % de notre chiffre d’affaires. Notre objectif est d’augmenter cette part à 20 ou 30 % dans les années à venir", glisse le directeur général délégué qui ne s’épanchera pas plus sur ledit projet.