Les enquêtes se suivent avec leurs lots de mauvaises nouvelles et de tendances alarmistes, qui, toutes, malheureusement, vont dans le même sens. Celui d’une sinistralité accrue des entreprises en France. Dernière en date de ces mauvais augures, l’enquête d’Altares sur les défaillances d’entreprises en France au deuxième trimestre 2026, qui pointe une hausse de 5,4 % de ces défaillances avec 17 486 sinistres enregistrés au deuxième trimestre, 37 700 au total sur six mois, soit 1 500 de plus que lors du premier semestre 2025. Et même si le rythme de cette sinistralité semble décélérer depuis plusieurs mois, "le volume des défauts dépasse de près de 40 % les seuils observés avant la crise sanitaire", souligne Altares quand les défaillances trimestrielles étaient inférieures à 13 000.
Moins d’emplois menacés
"L’économie française résiste, mais s’essouffle. Les prévisions de croissance s’orientent désormais sur un taux de + 0,7 %, un scénario incompatible avec un reflux des défaillances d’entreprises", constate avec amertume Thierry Millon, directeur des études Altares. Certes, cette sinistralité touche en priorité les très petites entreprises, avec pour conséquence un moindre impact sur l’emploi. Le nombre d’emplois menacés recule ainsi de 9,5 % sur un an et concerne dorénavant 58 830 salariés, bien en deçà des 69 500 emplois observés au deuxième trimestre 2024, note Altares.
Les PME sous surveillance
Les structures de moins de trois salariés concentrent 75 % des procédures collectives avec 13 185 défaillances recensées, en hausse de 8,3 % sur un an. À l’inverse, la situation des entreprises de 3 à 19 salariés s’est un peu améliorée avec 3 769 défaillances au deuxième trimestre contre 3 896 sur la même période l’an passé, soit un recul de 3,3 %. Quant aux PME d’au moins 20 salariés, si elles restent minoritaires en nombre dans les statistiques, l’évolution du nombre de défaillances doit être surveillée avec 532 procédures enregistrées soit une hausse de 2,9 % sur un an, qui s’explique principalement par les sauvegardes (51 procédures, + 27,5 %) et les redressements judiciaires (352, + 6,7 %), tandis que les liquidations judiciaires directes reculent à 129 jugements (-12,2 %).
Les jeunes entreprises en première ligne
L’âge de l’entreprise est également un facteur aggravant en ce qui concerne le risque de défaillance, les jeunes entreprises étant plus fortement exposées. Les défaillances des structures de moins de trois ans progressent de 12,7 % sur un an pour atteindre 2 248 procédures et plus des trois quarts se soldent par une liquidation judiciaire directe.
Pour autant, ce sont les entreprises âgées de 3 à 5 ans qui demeurent les plus nombreuses à défaillir avec 4 913 procédures recensées, en hausse de 5,1 %. À noter que 3 464 sociétés âgées de plus de 16 ans ont défailli au deuxième trimestre 2026, soit une augmentation de 5,6 % sur un an.
Les liquidations judiciaires largement majoritaires
Dans le détail de cette sinistralité, Altares note que 349 ouvertures de sauvegarde ont été enregistrées au deuxième trimestre 2026, une procédure préventive qui demeure marginale pour ne représenter que 2 % de l’ensemble des jugements prononcés, contre plus de 3 % en 2023.
En revanche, les liquidations judiciaires directes restent très largement majoritaires avec 11 591 jugements, en hausse de 4,8 % sur un an, soit un peu plus des deux tiers des procédures (66,3 %), constate Altares. Quant au nombre des redressements judiciaires (5 546), il progresse de 7,1 %, leur part dans l’ensemble des défaillances atteignant désormais 31,7 %, contre 31,2 % un an plus tôt et seulement 23,7 % en 2022.
Aucun changement sectoriel
Côté secteurs d’activité, ce sont toujours les mêmes qui sont confrontés à la hausse de la sinistralité, à commencer par le BTP et l’immobilier, le commerce, l’hôtellerie, le transport et les services aux entreprises. L’industrie, elle, semble résister. Sur le plan territorial, certaines régions tirent leur épingle du jeu et repassent dans le vert - Corse, Centre-Val-de-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Normandie, Bretagne et Région Sud - quand la sinistralité des entreprises progresse en Occitanie, dans les Hauts-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes.
Une situation qui s’aggrave
"Les épisodes successifs de canicule pourraient encore accentuer le ralentissement en pesant sur la consommation, la productivité et les secteurs particulièrement exposés, met en garde Thierry Million. Face à une demande atone et à des coûts d’exploitation toujours élevés, les entreprises mobilisent davantage leurs ressources de trésorerie. Cette situation fragilise en premier lieu les TPE et les PME, qui concentrent l’essentiel des défaillances".
En outre "les facteurs aggravants ne sont plus ceux que l’on a longtemps pointé du doigt", constate le directeur des études d’Altares qui indique que les prêts garantis par l’État (PGE) de la période Covid et du quoi qu’il en coûte "sont quasiment soldés" et que "les assignations Urssaf ont rarement aussi peu pesé dans les ouvertures de procédures".
Conclusion de Thierry Million, "la fragilité des entreprises n’est plus à chercher dans les dispositifs hérités de la gestion de la crise sanitaire, mais dans une conjoncture qui affaiblit brutalement l’équilibre financier des entreprises". Dans ces conditions, l’hypothèse de 34 000 à 35 000 nouvelles procédures collectives au second semestre apparaît vraisemblable, selon le directeur des études d’Altares, pour qui il est important aujourd’hui "de préserver les capacités de rebond en sécurisant trésoreries, investissement et chaînes d’approvisionnement".