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Dans l’usine de Woippy, Claas prépare l’avenir
Moselle # Industrie # Investissement industriel

Dans l’usine de Woippy, Claas prépare l’avenir

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Le fabricant de machines agricoles allemand Claas vient d’investir 1,6 million d’euros dans son usine de Woippy, à côté de Metz, pour mettre en service un nouvel atelier de 700 m2 entièrement dédié à la création de prototypes de presses à balles. L’industriel veut mieux s’adapter aux contraintes pesant sur le monde agricole et prépare déjà une reconfiguration à 3,3 millions d’euros des flux de production de son usine.

Central dans le cycle de développement, l’atelier prototype permet aussi de renforcer la fiabilité des presses à balles — Photo : Jean-François Michel

À l’abri derrière une palissade de quatre mètres de haut, au sein d’un atelier aux accès contrôlés de 700 m2, trône une presse à balles, une machine à faire des bottes de pailles, presque entièrement désossée. Impossible de la photographier, d’obtenir des détails techniques, mais Cédric Zimoch, le directeur du site Claas de Woippy (Moselle), consent à préciser que "ce prototype entrera en phase de présérie l’année prochaine, pour un lancement programmé en octobre 2026". Et ajoute dans un sourire : "Avec ce futur modèle, nous allons faire une véritable différence sur le marché".

Une approche "centrée sur les clients agriculteurs"

Dédié à la fabrication des presses à balle du machiniste agricole allemand Claas depuis 1961, le site de Woippy, au Nord de Metz, occupe un terrain de 11,5 hectares, dont 4 hectares bâtis. En régime de croisière, l’usine produit 2 300 machines par an avec 350 salariés, pour un chiffre d’affaires de 130 millions d’euros. À l’échelle du groupe familial basé à Harsewinkel en Allemagne, qui pèse 5 milliards d’euros et emploie 12 000 personnes dans le monde, 6 % du chiffre d’affaires sont investis chaque année dans la recherche et développement. "Notre engagement est de continuellement améliorer nos produits pour répondre aux défis de demain", affirme ainsi Jan-Willem Verhorst, responsable de la recherche et développement au sein de la Business Unit "Tractors & Implements", en ciblant notamment le changement climatique et les évolutions du marché, tout en revendiquant une approche "centrée sur les clients agriculteurs utilisateurs".

10 à 12 % du chiffre d’affaires injectés dans la R & D

À Woippy, le curseur a été poussé encore plus loin : "Sur le segment presses à balles, nous investissons chaque année entre 10 et 12 % de notre chiffre d’affaires dans la recherche et développement", détaille Cédric Zimoch. Le site de Woippy abrite une équipe recherche et développement de 60 personnes, dont 15 dédiées au service "prototypes et validation", équipe qui travaillait jusqu’alors dans un atelier dédié à la mise au point des futurs modèles de presse à balle de 400 m2, disposant d’une hauteur sous plafond ne dépassant pas cinq mètres et de ponts de levage sous-dimensionnés.

Cédric Zimoch est le directeur du site Claas de Woippy — Photo : Jean-François Michel

Une fosse, 8 m de hauteur sous crochet et trois ponts levants

Après un travail préparatoire lancé à l’été 2023, le directoire du groupe Claas a décidé en juillet 2024 d’investir 1,6 million d’euros à Woippy pour équiper l’usine mosellane d’un atelier flambant neuf. "La question qui a été posée aux techniciens, c’était : de quoi avez-vous besoin pour pouvoir fonctionner dans les 20 prochaines années ?", retrace Cédric Zimoch. Les sessions de travail menées en groupe ont débouché sur un atelier de 700 m2, à l’abri des regards, éloigné de quelques dizaines de mètres de l’usine pour préserver la confidentialité et disposant surtout d’une hauteur de levage sous crochet de 8 mètres, d’une fosse pour travailler sous les engins et de trois ponts roulants d’une capacité de 5 à 10 tonnes.

Jusqu’à six machines développées en même temps

"Auparavant, nos capacités étaient très limitées", constate le directeur du site Claas de Woippy. "Désormais, même notre plus grosse machine, qui pèse 13 tonnes, pourra être manipulée facilement. Six machines pourront être développées en parallèle, contre trois auparavant". Après cinq mois d’un chantier mené tambour battant, l’atelier a été mis en service en janvier 2025 et inauguré un mois plus tard, en présence notamment du directeur de la technologie du groupe Claas, Martin von Hoyningen Huene. "Avec l’ouverture de notre nouvel atelier prototype, nous nous projetons vers l’avenir", précisait alors Jan-Willem Verhorst.

L’usine Claas de Woippy veut se mettre en ordre de marche pour produire jusqu’à 4 000 machines par an — Photo : Claas

1 700 composants à assembler pour une presse à balles

Chez Claas, le cycle de développement d’une nouvelle presse à balle dure cinq ans. "Nous partons toujours des besoins exprimés par les clients" détaille Cédric Zimoch. Et avant d’allumer les ordinateurs, les nouvelles idées sont testées en rajoutant des fonctions aux machines existantes, au sein de l’atelier prototypes. "Dans cette phase qui dure jusqu’à un an, nous allons aboutir à une première maquette fonctionnelle", décrit le directeur du site Claas de Woippy. Ensuite, le cycle de développement dont aboutir à un prototype : "Là, les ingénieurs vont commencer à dessiner, assistés par ordinateur, les différents types de pièces", sachant que l’assemblage d’une presse à balle nécessite environ 1 700 composants différents. Central dans le cycle de développement, l’atelier prototype va le rester pour avancer vers l’industrialisation mais aussi sur la fiabilisation des machines. "Les simulations numériques nous aident, mais nous mettons aussi en place un plan de croissance, consistant à répéter la fabrication d'un certain nombre de bottes pour identifier les premières défaillances", souligne Cédric Zimoch.

50 % de la capacité de l’usine utilisés sur les 18 derniers mois

Confronté à un marché compliqué, l’industriel allemand a choisi de préparer l’avenir plutôt que de faire le gros dos. En 2024, Claas a bouclé l’année sur un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en repli de 19 % par rapport à l’exercice précédent. Les efforts de gestion ont permis de conserver un résultat net à 253 millions d’euros, contre 347 millions d’euros l’année précédente. L’année 2024 restera comme un mauvais souvenir, même à Woippy : "Nous avons produit seulement 1 200 machines. Et le début de l’année est resté sur la même tendance, nous étions jusqu’alors à 50 % de notre capacité", illustre Cédric Zimoch. Sachant qu’il faut un peu plus de 2 000 machines pour équilibrer les frais fixes de l’usine.

Anticiper la reprise de l’activité

Surveillant comme le lait sur le feu le baromètre publié par le Comité européen des groupements de constructeurs du machinisme agricole, le directeur concède que les 18 derniers mois ont été inquiétants. Mais "depuis janvier 2025, nous sommes rentrés dans une phase de reprise, se félicite Cédric Zimoch. Je pense que nous avons atteint le creux de la vague. Il va y avoir un peu d’inertie, mais maintenant, nous allons repartir." Concrètement, le directeur du site de Woippy travaille déjà à la reprise, anticipée pour l’exercice 2026.

En 2024, Claas a bouclé l’année sur un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en repli de 19 % par rapport à l’exercice précédent — Photo : Claas

Jusqu’à 4 000 machines par an

Actuellement, lorsqu’elle tourne à plein régime, l’usine peut mettre sur le marché un total de 3 000 presses à balles rondes par an. "Notre objectif, c’est d’être capable de produire cinq presses à balles carrées par jour et de l’autre côté, 15 presses à balles rondes par jour", dévoile Cédric Zimoch. Des chiffres qui mettraient l’usine de Woippy en capacité de produire jusqu’à 4 000 machines par an. Pour y parvenir, le directeur de l’usine Claas planche sur une réorganisation complète des flux de production. Un chantier à 3,3 millions d’euros, qui doit être mis en service pour octobre 2025. Au cœur de l’usine, un magasin de pièces de 1 800 m2 coupait jusqu’ici en deux la ligne de production dédiée aux presses à balles rondes. "Nous avons commencé par sortir ce magasin, et dans l’espace récupéré, nous allons configurer la suite de la ligne balle ronde", décrit Cédric Zimoch. En parallèle de cette première réorganisation, la ligne dédiée aux presses à balles carrées va se voir ajouter six nouvelles stations d’assemblages, en plus des douze déjà en service.

Des exploitations agricoles qui évoluent

Pour le groupe Claas, cette nouvelle orientation vers les machines à balles carrées est stratégique. "Il y a une vraie attente sur le marché et nous devons renouveler notre gamme", fixe Cédric Zimoch. Confronté aux contraintes liées au changement climatique, le monde agricole fait évoluer ses pratiques, son modèle économique et donc, in fine, les machines nécessaires aux travaux des champs. "En France, sur les dix dernières années, le nombre de petites exploitations a été quasiment divisé par deux. Mais une partie de ces exploitations ont été rachetées par d’autres exploitants agricoles pour faire des exploitations plus grandes. Et leurs besoins ont changé", décrit le directeur de Claas.

L’atelier prototype dispose de ponts levants permettant de soulever jusqu’à 10 tonnes — Photo : Claas

Un centre logistique pour livrer en 24 h le monde entier

Disposant de "fenêtres de tir" de plus en plus étroites pour ramasser la paille dans les champs en été, du fait notamment des orages, les clients de Claas utilisent leurs presses à balles "entre 13 et 17 jours par an", précise Cédric Zimoch. "Dans le pilotage d’une exploitation, ce moment du ramassage correspond vraiment à un Money Time. Et à ce moment, nos machines sont vraiment mises à rudes épreuves, parce qu’elles sont utilisées pratiquement H24." Pour faire face aux éventuelles pannes, le groupe Claas dispose d’un entrepôt logistique abritant 230 000 références de pièces, dont celles nécessaires à la réparation des presses à balles : "Depuis ce centre de gravité situé à Hamm, en Allemagne, il est possible d’expédier n’importe quelle pièce dans le monde en 24 heures", décrit Cédric Zimoch.

45 tonnes de pression pour former une botte de paille

Autre phénomène, les sécheresses de plus en plus courantes à l’échelle de l’Europe ont imposé de transporter de la paille d’une région agricole à une autre : "Pour nos clients, l’idée est de maximiser le coût de transport de son camion. Donc le camion doit rouler avec un maximum de tonnage de paille", explique Cédric Zimoch. Un constat qui amène à mettre au point des machines toujours plus puissantes, pour compresser la paille au maximum. Chez Claas, certaines machines sont capables de mettre 45 tonnes de pression sur les bottes. Ce nouveau cahier des charges imposé par le changement climatique débouche donc sur de nouvelles orientations pour l’usine de Woippy : moins de presses à balle rondes d’entrée de gamme au profit de presses à balles carrées toujours plus puissantes et plus complexes.

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