Pour Cathrina Claas-Mülhäuser, la présidente du Comité des actionnaires du fabricant de machines agricoles allemand Claas, "les presses à balles de Claas sont de retour dans la course". Le groupe familial basé à Harsewinkel, en Allemagne, qui pèse 5 milliards d’euros de chiffre d'affaires et emploie 12 000 personnes dans le monde, vient d’inaugurer un investissement de 3,3 millions d’euros dans son usine de Woippy, en Moselle.
Sous la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires
Lancé en avril 2024, le chantier aura duré un peu plus de 20 semaines, soit la durée nécessaire pour reconfigurer totalement les deux lignes d’assemblage de l’usine. Dédié à la fabrication des presses à balle du machiniste agricole depuis 1961, le site de Woippy, au Nord de Metz, occupe un terrain de 11,5 hectares, dont 38 000 m² bâtis. Au cours des deux derniers exercices, le site, qui emploie 350 salariés, est passé sous les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 130 millions d’euros d’activité au cours de l’exercice 2023. En 2024, le site est tombé à 1 200 machines produites, soit la moitié de sa capacité.
"Il y a une période pendant laquelle nous avons sous-investi dans ce site. Maintenant, nous sommes en train de le récupérer."
Mais pour le directeur de l’usine de Woippy, Cédric Zimoch, les temps difficiles sont terminés : "2025 a encore été un moment difficile à passer, même si nous nous en sommes sortis correctement par rapport à la concurrence", retrace le dirigeant, en soulignant que l’année 2026 semble bien être celle de la reprise : "Nous avons déjà 30 % de plus en volume dans les carnets pour rapport à l’année dernière". Investissement après investissement, le machiniste allemand Claas redonne une nouvelle jeunesse à son site de Woippy, pour retrouver des couleurs sur le marché de la presse à balles.
L’atelier dédié aux prototypes pour commencer
"Pour être très honnête, il y a une période pendant laquelle nous avons sous-investi dans ce site. Maintenant, nous sommes en train de le récupérer", concède Martin von Hoyningen-Huene, membre du conseil d’administration du groupe Claas. La première brique de ce chantier a été posée début 2025, avec l’ouverture d’un atelier dédié au prototypage des futures presses à balles Claas. Après un travail préparatoire lancé à l’été 2023, le groupe a investi 1,6 million d’euros à Woippy, dans ce nouvel atelier de 700 m2, sorti de terre à quelques dizaines de mètres de l’usine.
Le toit de l’usine et la logistique
Après la reconfiguration des lignes d’assemblage pour 3,3 millions d’euros, le machiniste allemand étudie désormais la possibilité d’injecter 6 millions d’euros pour reprendre dès l’été 2026 les 22 000 m2 de toitures de son usine, afin de mieux l’isoler et de consommer moins d’énergie pour chauffer l’usine. Un chantier pour lequel l’aide des pouvoirs publics sera décisive. Ensuite, dans deux, voire trois ans, les équipes de Claas étudient la possibilité d’investir 14 millions d’euros dans un nouvel entrepôt logistique. Un bâtiment de 8 500 m2, de douze mètres de haut, permettant de stocker sur place toutes les pièces nécessaires à la fabrication des presses à balles.
Investir pour viser "l’excellence"
Ensuite, le groupe envisage de mettre 1,6 million d’euros dans une "zone d’audit produit". Cette zone devra permettre aux équipes de Claas de se mettre dans la peau de leurs clients et de réceptionner les presses sorties d’usine pour en repérer les moindres défauts. "Nos clients sont de plus en plus exigeants et nous devons être au rendez-vous sur la qualité", fixe Cédric Zimoch, en précisant que, pour l’instant, rien n’est validé. Précision confirmée par Martin von Hoyningen-Huene, qui indique cependant que l’intention du groupe est "d’améliorer le site de Woippy, pour devenir encore plus efficace, pour produire des volumes encore plus grands. Mais là, il y a encore des décisions à prendre", assure le dirigeant, en illustrant avec la stratégie menée dans l’usine de fabrication de tracteurs basée au Mans, usine dans laquelle "plus de 40 millions d’euros ont été investis en 6 ans pour atteindre l’excellence".
"Nous avons été obligés de limiter un peu les volumes pour la première année."
La confiance du groupe dans la pertinence des investissements est aussi portée par les premiers retours de son marché. Dans quelques semaines, le site de Woippy va livrer les premières presses à balles rondes de type Cerex : "Nous en avons déjà 150 à produire cette année dans les carnets", dévoile Cédric Zimoch. "Et nous avons été obligés de limiter un peu les volumes pour la première année, parce que nos clients en voulaient plutôt 200."
Autre machine produite dans l’usine de Woippy, la Cubix, une presse à balle carrée. Les premières livraisons interviendront dans le cours de l’année 2026, portées par une médaille d’or décrochée au salon Agritechnica 2025. Capable de ramasser 70 tonnes de foin à l’heure, cette nouvelle machine doit accompagner l’évolution des exploitations agricoles françaises : "En France, sur les dix dernières années, le nombre de petites exploitations a été quasiment divisé par deux. Mais une partie de ces exploitations ont été rachetées par d’autres exploitants agricoles pour faire des exploitations plus grandes. Et leurs besoins ont changé", décrit le directeur de l’usine Claas de Woippy.
Réinventer les flux de production pour accueillir les nouvelles machines
Pour permettre à l’usine de Woippy de s’inscrire dans l’avenir et de pouvoir produire les nouvelles presses à balles, les dirigeants du groupe ont fait un constat lucide : "Nous ne pouvions pas rester dans les conditions de production antérieures, parce que nous n’allions pas réussir à industrialiser les nouvelles machines", résume Cédric Zimoch. En avril 2024, décision est prise de reconfigurer totalement les flux de production de l’usine de Woippy, pour les adapter à l’arrivée de machines plus imposantes et plus complexes, nécessitant notamment plus de pièces.
"Désormais, nous devons gérer 16 000 pièces pour fabriquer nos presses à balles, soit une augmentation de 30 %", précise Lionel Catoni, chef de la production pour Claas à Woippy et chef de projet de la transformation de l’usine.
Accélérer la cadence
Sur les 38 000 m2 de l’usine, 10 000 m2 ont été concernés par le projet. Dès l’été 2024, un magasin de pièces de 1 800 m2 qui coupait en deux la ligne de production dédiée aux presses à balles rondes a été supprimé. Pour faire place à un banc d’essai pouvant mener l’ensemble des tests nécessaires pour garantir le zéro défaut sur les presses à balles de Claas. Désormais organisées en forme de U, les nouvelles lignes d’assemblage vont permettre d’accélérer la cadence. "Actuellement, nous sommes à sept presses à balles rondes. Mais nous pourrions aller jusqu’à 13 machines", affirme Lionel Catoni. Une montée en régime qui devra s’accompagner de nouveaux investissements, pour gagner en compétitivité. Des AGV ou véhicules à guidage automatique, pourraient faire leur apparition dans l’usine de Woippy pour permettre d’assembler plus efficacement les machines.