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Dans les Hauts-de-France, la "Vallée de l’IA" s’esquisse
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Dans les Hauts-de-France, la "Vallée de l’IA" s’esquisse

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Habituée aux "méga-projets" depuis que la vague des implantations liées à la "Vallée de la batterie" est passée par les Hauts-de-France, la région se rêve en "Vallée de l’IA". Et affiche encore une fois, des ambitions fortes. Reste à voir si les entreprises suivent.

Manuel Davy, le dirigeant de Vekia, est le président de la Cité de l’IA, une association qui depuis 2019, fait de l’évangélisation autour de l’IA auprès des entreprises régionales — Photo : Jeanne Magnien

On prend (presque) les mêmes et on recommence : après la batterie, les Hauts-de-France se préparent à l’arrivée de l’IA... dans la discrétion, pour le moment. "Tous les acteurs de la région sont mobilisés ensemble pour faire advenir la Vallée de l’IA", assure ainsi, en conférence de presse, Philippe Hourdain, le président de la CCI Hauts-de-France. "Ce sont des projets très complexes, qui demandent du terrain, et des ressources en eau et en électricité importantes. Il y a plusieurs dossiers très ambitieux qui sont en cours de négociations avancées, on pourra en dire plus dans quelques mois."

Difficile donc, d’en savoir davantage. Reste que sur la carte publiée par le gouvernement à l’issue du Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle, qui s’est tenu en février, 8 projets d’implantation sont comptabilisés en Hauts-de-France. Soit, 25 % des 35 projets annoncés, ce qui ferait de la région la première destination de ces nouvelles infrastructures.

La Cité de l’IA, précurseur en France

Mais si les Hauts-de-France devraient bientôt être à la pointe niveau infrastructures, qu’en est-il des usages ? Depuis 2019, la Cité de l’IA, lancée par le Medef Lille Métropole, rassemble une vingtaine d’acteurs au service du déploiement de ces outils dans les entreprises régionales. L’association compte 150 entreprises adhérentes et 800 membres qui assistent à ses conférences et ateliers thématiques.

"On s’est lancés bien avant qu’on ne parle de ChatGPT", s’amuse Manuel Davy, le président de la Cité de l’IA et le dirigeant de l’entreprise lilloise Vekia. "Au-delà des infrastructures, nous avons de sérieux atouts dans la région : des incubateurs solides et de beaux labos de recherche, dont sont sortis beaucoup de projets de start-up", souligne le dirigeant. Lui-même ancien chercheur, il s’est appuyé sur ses travaux pour lancer Vekia, qui met l’IA au service de l’optimisation de la supply chain des entreprises. "En termes d’adoption par les entreprises, on n’est peut-être pas les premiers, mais on est clairement bien placés parmi les régions françaises, poursuit-il. La Cité de l’IA en tout cas, fait figure de précurseur, notre organisation intéresse beaucoup. Et sur le terrain, on sent une montée en puissance, le sujet devient vraiment d’actualité."

Ne pas se tromper d’outil

Avec bien sûr, beaucoup d’interrogations : selon une étude réalisée par la Banque de France, 25 % des entreprises régionales ont déjà recours à l’IA générative. A contrario, selon des chiffres établis par la CCI Hauts-de-France, parmi les entreprises qui n’utilisent pas l’IA, 31 % estiment qu'elle est incompatible avec leur activité. Une idée que justement, la Cité de l’IA s’efforce de battre en brèche. "La publicité actuelle autour des IA génératives ne doit pas masquer le fait que pour les entreprises, elles n’ont pas un intérêt démentiel. Les IA spécialisées en revanche, sur des sujets de production ou de supply chain, peuvent leur permettre de valoriser les données qu’elles collectent au quotidien, quel que soit leur secteur d’activité. Elles sont un trésor en termes de compétitivité", insiste Manuel Davy. Qui alerte d’ailleurs, sur un risque de sur-investissement, au vu des annonces récentes. "Des infrastructures, il en faut. Mais attention à ne pas trop miser sur les puces GPU, dédiées aux robots conversationnels. Ils ont clairement leurs limites. Le vrai progrès pour l’IA, notamment pour les entreprises, viendra sans doute d’une autre technologie, le quantique, qui monte en puissance. Et les besoins d’investissement actuellement portent plutôt sur les logiciels, qui permettront aux acteurs européens du Cloud d’être vraiment compétitifs". Gare à l’emballement, donc.

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