Comment définissez-vous les Premières Sud Côte d’Azur ?
Nous sommes un incubateur-accélérateur. Nous n’avons pas d’hébergement mais nous avons un gros niveau d’accompagnement, proposant à la fois formation et suivi sur la durée. Nos programmes s’étendent en moyenne sur 12 mois. Il y en a pour découvrir la création d’entreprise, pour tester la viabilité de son idée, pour développer son chiffre d’affaires, pour accélérer sa croissance ou encore pour reprendre une entreprise.
Quels sont les critères incompressibles sur lesquels vous choisissez les profils accompagnés ?
Nous faisons toujours attention à deux éléments : l’innovation au sens large, une approche différenciante, et la création d’emplois. Nous sommes sur des profils qui vont, à terme, créer des emplois. Souvent, elles sont en microentreprise et nous les accompagnons justement pour changer d’échelle et pouvoir.
Quelle est votre force par rapport à d’autres accompagnements ?
La sororité est importante. La plupart des femmes ont besoin d’être entourées d’autres femmes pour se booster, partager sur les mêmes freins mais aussi les mêmes motivations. C’est ce que beaucoup recherchent. Elles se sentent rassurées dans un monde de femmes entrepreneures.
Constatez-vous toujours le même frein à l’entrepreneuriat féminin : elles-mêmes ?
Toujours ! Le syndrome de l’imposteur touche peut-être 100 % des femmes. C’est systématique. L’ambition est tout de même assez faible car elles n’ont pas confiance en elles. Beaucoup n’osent pas. L’homme et la femme ne voient pas les risques de la même façon. C’est pour cela d’ailleurs, et c’est ce que l’on rappelle aux investisseurs, que les entreprises gérées par des femmes sont rentables plus rapidement, car elles sont dans la prudence, dans la raison. Elles prennent moins de risques sur les investissements, les recrutements…
Comment lever ces barrières ?
C’est une des forces de notre accompagnement : dans tous nos programmes, nous avons une coach, qui travaille avec chacune. Selon une méthode précise, elles vont identifier puis travailler ensemble " les creux et les pleins " pour améliorer les premiers et s’appuyer sur ses talents, les valoriser.
Et cela fonctionne ?
Avec les premières Sud, nous avons suffisamment de recul pour l’affirmer oui. En 2024, par exemple, les entreprises accompagnées en région Sud ont généré 8,7 millions d’euros de chiffre d’affaires, créé 213 emplois directs, plus de 200 indirects, et obtenu 7,5 millions d’euros de financement, dont 5 millions d’euros en levées de fonds.
Au sein des Alpes-Maritimes, nous avons accompagné une cinquantaine d’entrepreneures en un an parmi lesquels Talentcoin, AMK Biotech, Mycellium Technologies, La Pousseraie, Petit Cuistot, Kheops, Pearcode, Native Spaces… des profils variés.
Les Alpes-Maritimes ne manquent donc pas de candidates à l’entrepreneuriat ?
Le terreau Sud et Côte d’Azur est très bon. On mène des actions communes et complémentaires avec WHAT 06 (Women Hackers Action Tank, NDLR), Bouge ta boîte, les Femmes Chefs d’Entreprise…
Mais les entrepreneures ne prennent pas forcément conscience de la nécessité d’être accompagnées. Je trouve que le monde de l’accompagnement est très lié aux start-up. Mais lorsque l’on a créé une entreprise dans un modèle différent de celui d’une start-up, on se lance souvent seul. Comme s’il y avait un trou dans la raquette, entre la start-up très tech et le commerce et l’artisanat. Et c’est là que nous souhaitons agir, que nous avons un rôle à jouer.