Pour la première fois, l'équipe de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a réalisé une étude sur l’évolution des salaires du privé dans la région du Grand Est. Portant sur l’année 2022 par rapport à 2021, en se basant sur l'ensemble des déclarations sociales nominatives des entreprises, l’étude illustre une baisse générale des salaires dans les entreprises privées de 1 % en moyenne pour toute les catégories socioprofessionnelles, en euros constants, c’est-à-dire en tenant compte de la hausse générale des prix, à savoir l’inflation. Les cadres sont la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée avec une baisse moyenne de 1,3 % en euros constants, pour un salaire mensuel net moyen atteignant 3 970 € en 2022.
Cette situation s’inscrit dans la dynamique nationale. Dans la région Grand Est, le salaire moyen net mensuel atteint 2 360 € contre 2 380 € pour la "France de province", c’est-à-dire la France sans compter la région Île-de-France, où les salaires sont en moyenne beaucoup plus élevés.
Les salariés "en place" évitent la baisse des salaires
Contrairement à la dynamique générale dans la région, les salariés qualifiés par l’Insee de "personne en place" n’ont pas vu leurs salaires diminuer en 2022. Cette catégorie correspond aux "personnes occupant le même poste et réalisant le même nombre d’heure entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2022". Représentant 56 % des effectifs en équivalent temps plein des salariés du privé dans la région, ces travailleurs ont perçu une augmentation moyenne de 1,1 % de leur salaire sur la période. Les cadres "en place" ont même vu leur salaire net mensuel augmenter de 1,7 % en moyenne en 2022 par rapport à 2021.
Les principaux salariés touchés par cette baisse générale des salaires sont donc les nouveaux entrants sur le marché du travail et les personnes nouvellement nommées à leur poste, notamment pour les cadres. Ces salariés remplacent généralement des salariés partis à la retraite, qui percevaient des rémunérations plus importantes, notamment du fait de leur ancienneté dans l’entreprise. Les nouveaux entrants, généralement plus jeunes, perçoivent donc une rémunération moins importante.
Des différences de salaires marquées selon les zones d’emplois
Autre enjeu de l’étude, l’illustration des différences de niveau de salaire selon les zones d’emplois (ZE) dans le Grand Est. La région en comporte 26 au total. L’Insee révèle que les salaires sont globalement plus élevés en Alsace que dans le reste du Grand Est. Seules trois zones d’emplois font exception dans l’ouest de la région : la ZE d’Épernay, qui est celle avec le plus haut salaire net mensuel moyen (2 582€), la ZE de Reims et celle de Romilly-sur-Seine, avec un salaire moyen compris entre 2 400 et 2 500 euros.
"Ces écarts s’expliquent en partie par des différences de composition sectorielle et de répartition des CSP selon les territoires […] Ces disparités structurelles expliquent en moyenne 60 % des différences de salaires", précise les auteures de l’étude. Par exemple, dans la zone d’emploi d’Épernay, 39 % des salariés du secteur privé travaillent dans l’industrie.
Si dans les ZE d’Épernay, de Strasbourg et de Saint-Louis, le salaire net mensuel moyen est supérieur à 2 500 €, a contrario dans les zones d’emploi de Chaumont, Saint-Dié-des-Vosges et Remiremont, le salaire moyen net mensuel ne dépasse pas 2 200€.
Les travailleurs frontaliers gagnent beaucoup plus que leurs homologues français
Autre sujet tout aussi concernant pour le Grand Est : la question des travailleurs frontaliers. Pour la première fois, un économiste de l’Insee s’est penché sur les écarts moyens de salaires entre les salariés du privé en France et ceux qui vont travailler dans les pays frontaliers. Que ce soit en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg ou en Suisse, les travailleurs frontaliers gagnent en moyenne plus que leurs homologues en France : + 26 % en Belgique, + 47 % en Allemagne, + 58 % dans le canton de Bâle en Suisse et même + 65 % au Luxembourg. "Ce premier travail expérimental sur les salariés frontaliers marque l’ouverture d’un champ à explorer plus en profondeur dans la région Grand Est", conclut l’auteur de l’étude.