Pierre Gattaz en est convaincu : l'avenir de l'agriculture française actuellement en pleine crise passe par l'élaboration d'un plan stratégique « à cinq ans, au moins » et non par le maintien de subventions permanentes. « Ce qui se passe dans l'agriculture et les IAA est le reflet de ce qui se passe dans toute l'économie française », a expliqué le président du Medef, lors d'une visite de terrain en Bretagne qui s'est terminée à Rennes, au siège de la Banque Populaire de l'Ouest, devant un large parterre de dirigeants.
Pas de « perfusion permanente »
« Nous avons des coûts du travail trop élevés, des marges trop faibles, une fiscalité décourageant l'investissement intelligent… Je suis contre les subventions. D'accord si elles permettent de franchir un passage difficile de deux ou trois ans. Mais à rester sous perfusion permanente, vous vous endormez ! », a-t-il ajouté.
Des outils de production plus grands, sur le modèle allemand
S'il se désole des désastres humains provoqués par les crises qui touchent plusieurs secteurs de production et s'il convient qu'il faut aider les agriculteurs en difficulté à passer le cap, Pierre Gattaz estime qu'il faut retrouver, ici comme ailleurs, de la compétitivité, la redistribution des marges ne représentant à ses yeux qu'une « mesure de court terme ». Vantant la méthode allemande au moment de la réunification, il estime que la filière doit élaborer un plan stratégique s'appuyant notamment sur des outils de production plus grands, capables de rivaliser avec la concurrence étrangère, avec une véritable volonté de jouer à l'export. « Il faut être compétitif sur la France mais la France, c'est trop petit comme marché. Il faut voir plus loin » : l'Europe mais aussi la Chine ou l'Afrique.
Goodyear : la loi doit s'appliquer
Ces visites hebdomadaires dans les territoires sont l'occasion pour le "patron des patrons" de prendre le pouls de ses troupes et de vérifier l'adéquation des thèmes qu'il porte au plan national avec la réalité du terrain. Et il a pu constater, à Rennes comme ailleurs, que les sujets qui fâchent comme la pénibilité, la fiscalité ou la réforme du code du travail restent d'actualité. Interrogé sur les manifestations organisées le jour même en soutien aux syndicalistes de Goodyear condamnés à de la prison, Pierre Gattaz a été très ferme : « C'est vraiment n'importe quoi ! Il est fondamental que la loi s'applique. C'est un principe de respect des valeurs démocratiques ». Au risque de voir les patrons à leur tour se croire autorisés à séquestrer leurs délégués syndicaux !