Et si la création d'entreprise était aussi une affaire de couple ? Dans une étude publiée en 2008, l'Agence pour la création d'entreprises (APCE) révélait que près de 14% des dirigeants vivant en couple déclaraient diriger leur entreprise avec leur conjoint tandis que 28% d'entre eux avaient mis en place ce projet entrepreneurial avec cette même personne. Entreprendre en couple est donc une aventure qui n'est pas rare. Pourtant, s'engager de concert dans la création d'une société ne s'improvise pas, sous peine de grosses désillusions professionnelles, mais aussi personnelles. Et il faut parfois imposer des frontières strictes : certains consultants estiment d'ailleurs qu'il n'est pas contradictoire, au début du projet de création, de voir l'un des conjoints conserver un temps son statut de salarié dans l'entreprise qui l'emploie avant de rejoindre lui-même l'aventure. «Pendant que l'un des conjoints amorce le projet, l'autre peut, de son côté, continuer à percevoir un revenu extérieur. Cela limite la tension au démarrage de l'activité.
En se lançant tout deux têtes baissées, le risque est de ne pas voir les inconvénients par rapport à la vie de couple ou bien encore vis-à-vis du statut qu'ils souhaitent adopter au sein de leur entreprise», note Caroline Goetz, consultante en développement de réseaux de franchise dans la région Rhône-Alpes. Bien plus que deux personnes travaillant ensemble, la création d'entreprise en couple doit prendre des allures de tandem équilibré et stable. «Il est primordial de savoir si le couple monte son entreprise autour d'un projet commun réfléchi ou bien s'il s'agit d'un projet par défaut, après, par exemple, une période de chômage avec l'espoir de se relancer. On se dirige alors plus vers un projet subi qui ne peut qu'échouer», insiste Xavier Lafont, expert-comptable et commissaire aux comptes pour le réseau Baker Tilly France.
Éviter la création «par défaut»
Cette situation de « création par défaut » est malheureusement fréquente: dans l'étude de l'APCE, 39% des entrepreneurs ayant choisi de monter une structure en couple étaient demandeurs d'emploi de courte et de longue durée. Et pour 4% d'entre eux, la création s'est imposée comme seul moyen de retourner sur le marché du travail en raison de l'absence d'activité professionnelle. Dans ces cas-là, des précautions s'imposent. « Si l'un des conjoints est plus impliqué que l'autre, cantonné dans un rôle de suiveur, il y a fort à parier, que des problèmes surviendront à terme. Ce projet professionnel doit être avant tout un projet de vie », recommande Caroline Goetz. Un conseil complété sous forme de question par Didier Goutman, consultant et auteur de l'ouvrage « Trouver sa place au travail »: « Il faut bien réfléchir en amont, car le couple n'est pas le terrain d'association le plus naturel. Or la question est rarement posée correctement parce qu'elle devient ainsi aussitôt très affective. Il faut pourtant, plus encore qu'avec n'importe qui d'autre, se poser les vraies questions. Pourquoi veut-on faire cela tous les deux ? Où est-ce que l'on veut aller ensemble ? Sommes-nous vraiment un couple ou bien une simple paire d'associés ? Ce n'est déjà pas simple entre associés "ordinaires". Tout cela demande beaucoup de maturité, afin de tenter de mettre l'affectif à distance et lancer le projet sur des bases qui ne soient pas seulement émotionnelles ».
Alors, la création d'entreprise en couple, terrain miné ? Peut-être, mais pour ceux qui arrivent à bien analyser et cadrer leur projet, l'épanouissement semble au rendez-vous. « Si vous jugez votre couple suffisamment solide pour résister aux périodes de tension et de stress qui accompagnent la vie du dirigeant d'entreprise, il ne faut pas hésiter une seule seconde», témoigne Sabine Vankeerberghen, présidente et actionnaire avec son mari d'Atout Forme, un centre de remise en forme dans la métropole lilloise.