Après avoir posé des jalons au Pirée, à Djibouti et en Italie, Pékin ne cesse d’étendre son influence à travers des prises de participations dans des sociétés gestionnaires d’infrastructures.
Afin d’éviter toute prise de contrôle du port de commerce de Toulon adossé à la base navale, site hautement stratégique, les autorités au premier rang desquelles les Préfectures du Var et de Méditerranée ont réagi en créant une société portuaire afin de conduire la Route de la Soie à une impasse.
Une nouvelle gouvernance publique est en passe de voir le jour pour affirmer la souveraineté française, protéger le territoire. Deuxième élément clé, la Marine Nationale se prépare à réquisitionner une partie du foncier de Brégaillon (connecté au réseau ferré national) afin de construire les infrastructures nécessaires à l’accueil du futur porte-avions.
De Toulon Provence Méditerranée à la SA " Ports de Toulon-La Seyne "
Officiellement fondée au 1er janvier 2026, "Ports de Toulon-La Seyne" a pour actionnaire la métropole Toulon Provence Méditerranée (52 % du capital), la CCI du Var (25 %), la Région Sud (15 %), et le Conseil départemental du Var (8 %). Elle deviendra propriétaire du port pour les 40 prochaines années. "Nous créons une société portuaire avec la métropole, le conseil départemental, la chambre de commerce, suite aux inquiétudes exprimées par la Préfecture maritime, que des Chinois viennent sur le Port de Toulon, d’où l’importance d’affirmer notre souveraineté maritime qui permettra de développer le transport de passagers, de marchandises. Rappelons que le port de commerce de Toulon est adossé au port militaire avec un impact direct sur la construction du futur porte-avions. C’était un enjeu national, ça restera local. Il est important de protéger l’outil. C’est la fin des concessions", a déclaré Renaud Muselier.
"Une dizaine de sociétés demandent à être protégées"
"Cette société portuaire est une dérogation à la mise en concurrence. C’est notre volonté pour des raisons de sécurité nationale. Les Chinois manifestent une volonté particulièrement agressive de percer nos secrets militaires et technologiques. Nous avons déjà été exposés à ce type de menaces. Nous devons garder la main sur ce bien commun au service de l’intérêt général et le mettre à l’abri des prédateurs", confiait le 10 décembre, Basil Gertis, président de la CCI du Var.
Et l’élu consulaire de rappeler que Toulon est la première rade militaire d’Europe et la première rade scientifique marine d’Europe. "Ce port peut être réquisitionné par les armées. Le porte-avions nouvelle génération va générer des travaux titanesques. Beaucoup de sociétés duales ont grandi dans le sillage de Naval Group. Une dizaine de sociétés demandent à être protégées", confie encore Basil Gertis.
Un nouveau modèle de gestion portuaire à Toulon
Dès le 1er janvier prochain, l’actuel contrat de concession de la CCI du Var sera transféré de Toulon Provence Méditerranée à la société portuaire.
La CCI du Var à l’origine de cette initiative de création de SA à conseil d’administration, conservera la gestion et l’exploitation du port jusqu’en 2027 durant une année de transition. Christine Rosso, directrice du port de Toulon, reste maintenue dans ses fonctions jusqu’à fin 2026 aux côtés des 130 salariés de la CCI qui travaillent directement sur le port de Toulon.
Au 1er janvier 2027, la gestion et l’exploitation se feront directement par la SA Ports de Toulon-La Seyne. Toulon Provence Méditerranée est propriétaire et responsable de l’aménagement, de l’entretien et de la gestion du port de Toulon depuis 2017. Ce modèle de société portuaire, déjà en place à Bayonne et Brest, pourrait être élargi à d’autres ports décentralisés.