Depuis la loi pour l'initiative économique du 1eraoût 2003, entrée en vigueur en mai2005, le Contrat d'appui au projet d'entrepreneur (Cape) offre une base juridique claire aux rapports entre le porteur de projet et la structure qui l'accueille. Désormais, l'entrepreneur peut tester son activité en couveuse, tout en conservant son statut antérieur et ses revenus sociaux, et sans avoir à s'immatriculer. Un mode de fonctionnement adapté au public traditionnel des couveuses d'entreprises: les demandeurs d'emplois et les bénéficiaires de minimats sociaux. «Ce sont souvent des personnes éloignées culturellement et techniquement de la création d'entreprise, et qui hésitent à passer à l'acte, estime Frédéric Olive, directeur de l'Adije, l'une des quatre couveuses des Bouches-du-Rhône labellisées par l'Union des couveuses de France. Chez nous, il s'agit à 60% de femmes, ce qui peut trouver deux types d'explications. Tout d'abord, nous ne pouvons pas héberger d'activités commerciales ou de bâtiment, qui sont traditionnellement masculines. Et d'autre part, le dispositif "couveuse" est semble-t-il mieux ressenti par les femmes, qui comprennent davantage son intérêt». Ainsi, en 2008, l'Adije, présente à Marseille, Salon-de-Provence, Vitrolles, Aubagne et Martigues, a hébergé juridiquement et a accompagné près de 150 projets, principalement dans les secteurs des services et du conseil. Dans le même temps, la structure a enregistré 85 sorties, dont 75% se sont révélées «positives». «Ce que nous considérons comme "positif", ce sont les créations d'entreprises en sortie de couveuse, ou le retour à l'emploi», précise Frédéric Olive.
Couveuses généralistes ou thématiques
À l'instar de l'Adije, certaines couveuses présentent un profil généraliste. Tandis que d'autres sont plus spécialisées, comme, par exemple, Cado (entreprises et activités culturelles), mais aussi Inter-Made. Créée en 2001, cette couveuse marseillaise, qui évolue dans le secteur de l'Économie sociale et solidaire, et qui héberge en priorité des structures associatives (85%) et des coopératives (15%), a accueilli une cinquantaine de projets depuis 2002. Dans tous les cas, l'objectif de la couveuse reste le même: permettre à un public a priori éloigné de l'emploi de tester sa propre activité en conditions réelles, dans un cadre sécurisé, conçu pour lui apporter un hébergement juridique, mais aussi un cycle de formation complet. «Les porteurs de projets ont besoin d'être accompagnés dans leur démarche, explique Alexandre Fassi, directeur d'Inter-made. Ils se posent des questions liées à la nature même de leur activité, mais aussi à leur stratégie. Ils cherchent avant tout à vérifier la viabilité de leur projet...»
Cycles de formation
D'où l'importance des processus d'accompagnement mis en place au sein des couveuses, mais aussi des cycles de formation collective et individuelle. «En la matière, nous sommes pragmatiques, confie Frédéric Olive. Nous délivrons des messages vulgarisés sur la création d'entreprise, basés sur le partage des connaissances et l'acquisition de l'autonomie, qui est évidemment notre objectif». Structuré en plusieurs phases (pré-test, couveuse, et suivi post-création), l'accompagnement est de durée variable selon les structures. La phase de "couveuse" proprement dite peut ainsi nécessiter entre 9 et 18 mois pour Inter-Made, de 8 à 10 mois pour Interface, un maximum de 13 mois pour l'Adije, et jusqu'à deux ans pour Cado. Néanmoins, dans toutes ces structures, l'accompagnement des activités reste conditionné à la validation du projet initial.
Tester son activité en conditions réelles, au sein d'un lieu d'apprentissage et d'encadrement collectif: voilà l'objectif des couveuses d'entreprises, qui, outre un hébergement juridique - et parfois physique - des sociétés en création, proposent un accompagnement et une formation au métier de chef d'entreprise. Dans les Bouches-du-Rhône, il existe ainsi quatre couveuses labellisées par l'Union des couveuses de France: l'Adije, Interface, Inter-Made et Cado. Enquête sur ces structures associatives qui offrent à des publics souvent éloignés de l'emploi de tester leur activité dans un cadre sécurisé avant de voler de leurs propres ailes.