Course aux nanos : Elle repart de plus belle

Course aux nanos : Elle repart de plus belle

On croyait déjà avoir atteint les limites des nanotechnologies il y a quelques années. Et voilà que la course aux nanos repart de plus belle avec l'appui des pouvoirs publics ! Avec des labos comme le Leti et des industriels tels que ST, Grenoble a sans doute une manne à faire fructifier.

«Nous sommes en train de passer à la vitesse supérieure, de changer de dimension! Il y a vraiment un coup à jouer pour Grenoble et la région», affirme Marie-Noëlle Semeria, directrice ajointe du Leti, laboratoire d'électronique et de technologie de l'information du CEA de Grenoble. La course au nanos fait bel et bien partie des choix stratégiques de la France et de l'Europe pour booster l'innovation industrielle. Dans le cadre du Grand emprunt, l'État investit directement un à deux milliards dans la micro-nanoélectronique. L'Agence nationale pour la recherche (ANR) vient aussi de retenir un équipement d'excellence, Equipex, intitulé FD SOI pour le 11nanomètres (nm). Soit un investissement de 12M€. «Cet équipement va nous permettre de tester de nouveaux design par exemple, explique Marie-Noëlle Semeria. En terme de recherche, il nous fait gagner deux à trois ans!» De même, l'Europe ne veut pas lésiner sur les moyens. Les nanotechnologies ont été identifiées comme une technologie clé avec la constitution d'un groupe d'excellence (high level group) présidé par Jean Therme, directeur du CEA de Grenoble. Et STMicroelectronics en fait aussi partie... Mais au fond, les nanos, c'est quoi? Le nanomètre n'est ni plus ni moins qu'une mesure, celle de l'infiniment petit puisqu'il correspond à un milliardième de mètre. «Quand on passe en dessous de 100 nm, on observe des propriétés qui changent, explique simplement Hélène Burlet, directrice adjointe du Liten, laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux du CEA. En terme de recherche, les nanos sont envisagées quand c'est nécessaire, quand elles apportent vraiment une différence.» Et en terme de marchés, les nanotechnologies apportent de nouvelles solutions dans la plupart des secteurs porteurs.




Diffusion dans les secteurs traditionnels

«Je distingue trois moteurs au développement de la nanoélectronique, analyse Marie-Noëlle Semaria. Il y a tout d'abord le marché des smartphones, en forte croissance grâce à l'explosion d'internet. Il y a aussi le marché des datacenters. Car il faut bien traiter des flux de données très importants. Et puis il y a un marché peut-être moins connu, celui de la diffusion des nanotechnologies dans les secteurs industriels traditionnels, comme l'automobile, l'automatisation des process dans l'industrie en général, la traçabilité dans l'agroalimentaire, la santé,etc.» Mais aussi dans l'imagerie avec des acteurs locaux comme Sofradir, Trixell, Fluoptics ou Microoled. Bref, les nanos sont au coeur de l'innovation dans la microélectronique mais plus seulement! Pour s'adapter à cette diversification des applications, le Leti est d'ailleurs en train de se réorganiser en interne. «On regroupe les équipes par métiers, par compétences, pour mieux répondre aux demandes des industriels», précise la directrice générale adjointe. Certaines études évaluent le ?nanobusiness? à 1.000milliards de dollars en 2015. Les produits intégrant des nanotechnologies représenteraient ainsi à terme 15% des produits commercialisés. Les défis de l'énergie semblent d'ailleurs ne pas pouvoir se passer des nanos. «Si on veut fabriquer des voitures électriques ou même hybrides, on est forcé d'utiliser des nanomatériaux, commente Hélène Burlet. En effet, à cette échelle-là, les matériaux ont des propriétés dont a besoin dans les batteries qui doivent être puissantes et garantir une bonne autonomie.Il serait au contraire dangereux d'utiliser du lithium cobalt, qui peut s'emballer thermiquement.Vendre des batteries nanostructurées répond donc à une vraie réalité industrielle. Elles sont par exemple utilisées dans la Prius de Toyota.» Les nanos répondent aussi à la volonté de rendre les cellules photovoltaïques plus performantes. Les transferts de technologies concernent également de plus en plus la santé. L'assistance des patients à domicile, le suivi de la médication et la chirurgie assistée par ordinateur sont autant de nouveaux défis auxquels les chercheurs peuvent apporter des solutions grâce aux nanotechnologies. À Grenoble, Clinatec, le centre de recherche biomédicale dédié aux applications des micro-nanotechnologies pour la santé, est en train de s'installer sur le site de Minatec pour une inauguration en septembre.