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Comment l’entreprise Dejoie a réussi à se redresser suite à une crise de croissance
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Comment l’entreprise Dejoie a réussi à se redresser suite à une crise de croissance

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Après un parcours linéaire, l’entreprise Dejoie a connu un développement au début des années 2010 pour finir par une croissance forte, qu’il a fallu gérer sans dommage. Édouard Dejoie, succédant à son père, a donc dû structurer l’entreprise costarmoricaine de peinture intérieure et extérieure, durcir les règles et s’entourer de cadres.

Édouard Dejoie a pris la succession de son père à un moment délicat pour l’entreprise — Photo : Matthieu Leman

La carrière d’Édouard Dejoie n’a, jusqu’ici, pas été de tout repos. Celui qui a pris la suite de son père, Vincent, à la tête de l’entreprise Dejoie, ne s’attendait sans doute pas à ce que la forte croissance de la PME le mène à une situation compliquée.

Un prix comme premier boost de l’activité

L’entreprise Dejoie, créée en 1985 à Pleslin-Trigavou (Côtes-d’Armor) et spécialisée dans la peinture intérieure et extérieure pour la rénovation, a longtemps connu un parcours linéaire, avec une croissance limitée et un mode de fonctionnement familial. "Puis, en 2009, nous avons gagné le prix départemental Stars et Métier dans le domaine des ressources humaines, se souvient Édouard Dejoie. Ce prix a entraîné un premier développement de l’entreprise." Un coup de boost qui a été le signal d’une croissance qui s’est accélérée dans les années suivantes.

En 2012, la PME déménage sur un site plus visible, qui lui permet de développer sa notoriété. Un an plus tard, Édouard s’associe à son père à la tête de l’entreprise. Il rédige les devis, assure les réunions de chantier, occupe les postes de chargé d’affaires et de conducteur de travaux…

Des effectifs doublés en trois ans

L’activité continue de progresser, et la PME remporte de gros chantiers qui vont l’amener à recruter rapidement. "En 2020, le chantier d’un relais château à la Ville d’Auvray - le plus gros de notre histoire - nous a fait passer de 34 à 42 salariés en moins d’un an". Un autre gros chantier tombe, à Lorient. Les effectifs doublent en trois ans.

La même année, Vincent Dejoie, le père, qui occupait déjà parallèlement à la co-direction de l’entreprise des mandats professionnels, comme celui de président régional de la Capeb et celui de président national d'HandiBat, part à la retraite.

Édouard Dejoie, désormais seul à la tête de l’entreprise, se rend compte que plusieurs facteurs se sont mis à poser problème après une croissance si rapide. "J’avais recruté uniquement sur le terrain, pas dans l’encadrement. J’étais partout à la fois. Et on a perdu de l’argent sur le chantier de Lorient, à cause de dépassements de délais. La trésorerie en a pris un coup", retrace-t-il.

Avec une trésorerie mal en point - d’autant que l’entreprise a fortement investi dans du matériel entre 2021 et 2023 - et une baisse de la productivité, le dirigeant a dû réagir.

"Nous avons payé notre image de patrons sympas"

"Nous avons payé notre image de patrons sympas", analyse Édouard Dejoie, qui n’a pu que constater la baisse de l’implication sur les chantiers, notamment de la part des jeunes. "Lorsque j’arrivais, ils étaient souvent sur leurs portables, me disant qu’ils étaient en pause. Ça m’a déçu, surtout que la période du Covid avait été très fatigante. Je n’ai pas eu le choix que de mettre des règles car dans notre métier, plus de 80 % de ce que l’on vend est de la main-d’œuvre."

La première décision du dirigeant a donc été d’encadrer les pauses, désormais prises dans des plages horaires définies. Pour stimuler la productivité, l’entrepreneur met ensuite en place des contrôles. "Tous les salariés ont été équipés d’un téléphone professionnel avec un logiciel de suivi de chantier et de déclaration des heures, pour que l’évolution du travail effectué soit répertoriée", reprend le Costarmoricain. Dans le même ordre d’idée, les véhicules de chantier ont été équipés de puces GPS pour vérifier leur parcours et leur positionnement.

Cette reprise en main a entraîné une dizaine de départs. Une contrainte qui a toutefois permis de réduire la voilure et "d’orienter l’entreprise vers des chantiers plus locaux", précise le dirigeant, assurant que celui lui a aussi permis de se reconstituer une trésorerie.

Dans le même temps, le patron dote la PME d’un encadrement à la mesure de sa taille. "Un conducteur de travaux a rejoint l’équipe et un autre, venu du terrain, a été nommé. Deux chargés d’affaires, une métreuse, un responsable logistique, un assistant RH et un autre pour la comptabilité ont également rejoint le staff", pointe Édouard Dejoie, qui investit pour pouvoir rebondir.

Renouer avec la croissance

Et ça fonctionne. L’entreprise costarmoricaine, dont le chiffre d’affaires est passé de 4 millions d’euros en 2023 à 3,5 attendus en 2024, s’est relancée avec plus de deux millions de devis en cours ou signés pour les six prochains mois. "Nous avons dû reculer un peu pour mieux repartir. Avec cet encadrement, nous espérons désormais renouer avec la croissance", affirme le dirigeant, qui a récemment signé deux contrats prestigieux, l’un en cours, à la Villa Saint-Germain à Dinard (Ille-et-Vilaine) et le second au Logis Sainte-Catherine, au Mont-Saint-Michel.

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