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Comment Clauger transforme ses collaborateurs en créateurs d’assistants IA
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Comment Clauger transforme ses collaborateurs en créateurs d’assistants IA

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Chez Clauger, l’intelligence artificielle ne s’est pas imposée d’en haut : elle s’est diffusée métier par métier, à travers une stratégie artisanale et décentralisée. L’ETI lyonnaise a formé ses salariés à créer leurs propres assistants IA, adaptés à leurs besoins, faisant de chaque collaborateur un acteur de la transformation.

Paul F. Minssieux, directeur des services informatiques de Clauger — Photo : DR

Chez Clauger, l’IA s’invite partout, à petits pas.

Et si la révolution de l’intelligence artificielle en entreprise ne passait pas par des projets spectaculaires à six chiffres, mais par une myriade d’usages concrets, discrets, construits métier par métier ? C’est le pari qu’a fait l’ETI industrielle (750 M€ de CA en 2024 ; 3 000 salariés) spécialisée dans le froid et le traitement d’air, en misant sur une approche décentralisée et pragmatique de l’IA générative.

Le choix de la simplicité

Plutôt que de lancer une lourde transformation codéveloppée avec un prestataire informatique classique, le groupe lyonnais installé à Brignais a préféré une stratégie fondée sur des assistants IA personnalisés. Développés par les collaborateurs eux-mêmes, ils sont conçus pour leurs propres besoins.

"Pourquoi investir 80 000 euros dans un projet long et complexe, quand on peut créer en une heure un assistant qui fait gagner 5 minutes par jour à chaque salarié ?", interroge Paul F. Minssieux, directeur des systèmes d’information.

Dès début 2023, les managers de Clauger, emmenés par les frères Minssieux, des geeks assumés, commencent à utiliser ChatGpt au quotidien. L’expérience convaint "même si on en a aussi vu les limites", commente Paul F. Minssieux, qui confie s’être cassé les dents en confiant des calculs mathématiques complexes à l’IA.

Des dirigeants geek et une culture d’innovation

En décembre de la même année, "nous avons pris 300 licences Microsoft Copilot pour l’ensemble des services avec l’objectif d’avoir au moins une personne pionnière et ambassadeur sur l’utilisation de l’IA", raconte-t-il. Et le président de l’entreprise, Frédéric Minssieux donne lui-même l’impulsion en travaillant avec les juristes de la société sur un agent capable d’améliorer les contrats fournisseurs en listant des points de vigilance dans les documents existants. "Nous avions aussi l’avantage de nous appuyer sur deux prérequis essentiels pour la diffusion de l’IA : une culture d’innovation et une dynamique de changement portée par la direction",ajoute-t-il.

D’abord équipée de licences Microsoft Copilot, Clauger a rapidement étendu son arsenal. ChatGPT, Claude, Mistral… chaque plateforme est testée selon les usages. Un portail interne centralise désormais ces outils et en garantit la sécurité. Objectif : rendre l’IA accessible au quotidien, sans complexité technique.

Créer ses outils métier sur mesure

L’idée est simple : transformer des modèles d’IA grand public en outils métiers sur mesure. Chaque assistant est conçu comme un binôme intelligent, formé à une tâche précise, avec un ton adapté (pédagogue, directif, amical…), des consignes opérationnelles détaillées et des documents de référence. Une sorte de "stagiaire virtuel", prêt à assister les collaborateurs dans leurs routines professionnelles.

Pour accompagner cette diffusion, Clauger a structuré son déploiement en trois étapes. Primo, une acculturation large via des webinaires et le Clauger IA Live, une émission interne avec plateau TV où des experts maison vulgarisent l’IA et partagent des cas d’usage concrets.

Secundo, des interventions ciblées lors de formations métiers. Chaque regroupement métier est utilisé pour acculturer à l’IA. "Quand les assistantes se réunissent, quand les nouveaux arrivants sont en formation, on fait intervenir nos spécialistes IA pendant une heure. Ils montrent des cas d’usage spécifiques à leur métier, cela leur parle tout de suite plus", explique Paul F. Minssieux.

S’appuyer sur des ambassadeurs

Mais, le cœur du réacteur, repose sur la formation de "Makers", ces collaborateurs futurs ambassadeurs de l'IA.

"Le recrutement de nos premiers Makers s'est fait naturellement, par la démonstration concrète lors de réunions et d'ateliers. À chaque occasion, un collaborateur expérimenté identifiait des besoins ou problèmes à résoudre grâce à l'IA, et nous construisions ensemble le jour même les premiers assistants", résume le DSI de l'ETI.

Une fois "enrôlé", le candidat Maker débute par une réunion pratique d'une heure, muni d'un ou deux cas d'usage concrets. "Nous co-construisons alors ensemble leur premier assistant, en explicitant chaque étape et en montrant les possibilités et limites de l'IA générative. À l'issue de la séance, le nouveau Maker repart avec son assistant prêt à l'emploi, des astuces pour l'améliorer, et surtout l'accès à notre communauté, où il peut poser ses questions, partager ses découvertes, et s'inspirer des autres."

Pour faciliter encore la démarche,Clauger a développé un " super assistant " qui le guide sous forme de conversation dans la conception et l'intégration de son assistant sur le portail.

Ces "makers" étaient moins de dix en septembre 2024, ils sont aujourd’hui 200. Leurs créations, mutualisées, alimentent la plateforme Clauger HUB AI, une bibliothèque de plus de 250 assistants dont une cinquantaine seraient largement utilisés au quotidien par les équipes. En 2025, pour ordonner et sécuriser cette créativité IA, Clauger crée une équipe informatique dédiée pour intégrer et optimiser des solutions "que nous commençons même à proposer à nos clients et partenaires".

Vaincre les réticences

La démarche suppose certes un investissement pour les usagers en formation. "Au début, on met 3 à 4 heures à créer son premier assistant, puis avec l’expérience c’est plutôt 20 minutes", assure-t-il. Avec un retour sur investissement dans la semaine puisqu’en moyenne ces outils génèrent des gains de temps de 5 minutes par jour.

Mais certains salariés se sont montrés réticents à l'usage de l'IA. "Nous avons insisté sur la responsabilité individuelle : l'IA est un outil de soutien, mais c'est toujours le collaborateur qui garde la maîtrise et la responsabilité du résultat final, répond Paul F.Minssieux. De plus, l'objectif de l'IA est de libérer du temps sur les tâches à faible valeur ajoutée pour se concentrer sur des missions plus riches et valorisantes afin de faire monter en compétences."

Gains de temps, mais surtout de qualité

L’entreprise ne cherche pas uniquement à automatiser. "L’IA ne remplace pas, elle augmente", insiste Paul F. Minssieux, qui estime avoir gagné 20 % de productivité grâce aux agents IA. Le bénéfice réel se mesure aussi en qualité : des rapports mieux rédigés, des diagnostics plus fins, des propositions commerciales enrichies. Le temps gagné est réinvesti dans des tâches à forte valeur ajoutée.

Les développeurs délèguent une partie du code à l’IA pour se concentrer sur l’architecture ; les juristes automatisent la relecture des clauses pour affiner les négociations ; les ingénieurs consacrent plus de temps aux analyses complexes.

Calculer le retour sur investissement

La transformation touche jusqu’au fondateur de l’entreprise, Paul Minssieux, 82 ans, président du conseil de surveillance, qui utilise lui aussi l’IA pour préparer ses réunions et suivre des sujets techniques.

Reste qu'il est difficile de chiffrer précisément le retour sur investissement de l'IA générative. "Une montée progressive des investissements, auprès des collaborateurs motivés, permet de trouver un retour sur investissement très rapide. Les retours de nos collaborateurs sont unanimes sur les bénéfices apportés : gain de temps, amélioration de la qualité, confort de travail, montée en compétences et image d'innovation accrue en interne et en externe", répond le DSI de Clauger.

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