Nantes
"Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer que tous nos collaborateurs ne soient pas formés à l’IA générative"
Interview Nantes # Numérique # Ressources humaines

François Fleutiaux directeur général Euromed (France "Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer que tous nos collaborateurs ne soient pas formés à l’IA générative"

À l’occasion d’un déplacement à Nantes, François Fleutiaux, directeur général France d’Inetum, une entreprise francilienne de services du numérique (2,5 Md€ de CA, 28 000 collaborateurs) détaille la place stratégique de l’Ouest et de Nantes au sein du groupe : effectifs, recrutements, clients phares, IA générative et rôle du fablab local.

François Fleutiaux, directeur général France d’Inetum, une ESN très présente en France — Photo : David Pouilloux

On connaît assez peu les Entreprises de services du numérique (ESN), qui travaillent souvent dans l’ombre pour les PME, ETI, grandes entreprises et collectivités territoriales. Pouvez-vous nous présenter Inetum ?
Inetum est une entreprise de services du numérique. Elle est née en 1970 sous le nom GFI Informatique, devenu Inetum en 2020. Depuis 2022, Inetum appartient au fonds d’investissement américain Bain Capital. Nous réalisons 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et comptons 28 000 collaborateurs, principalement en Europe, avec des présences en Amérique du Nord et du Sud. La France pèse près de 40 % de notre activité, pour 8 000 salariés dans l’Hexagone. Nos métiers se structurent en conseil, gestion des systèmes d’information (maintenance applicative, infogérance d’infrastructures, développement), et intégration de solutions de marché (Microsoft, SAP, Salesforce…).

Combien de collaborateurs dans l’Ouest et à Nantes ?
Sur le Grand Ouest, nous sommes environ 1 700 collaborateurs. En Pays de la Loire, autour de 900. Nantes est l’un de nos sites clés. Nous avons environ 40 agences en France et plusieurs centres de services. À Nantes, des équipes travaillent pour des clients locaux et pour de grands comptes nationaux.

Quels clients servez-vous depuis Nantes ?
Des grands comptes nationaux (La Poste, SNCF…) via des plateaux de 20 à 50 personnes sur leurs applications. Et des clients régionaux comme Manitou et Fleury Michon. Nous opérons aussi pour une grande administration nationale en charge du traitement des infractions routières. Nantes nous permet d’attirer et d’agréger des compétences, au service de clients locaux et parisiens.

Pourquoi l’Ouest est-il stratégique pour vous ?
C’est notre deuxième région hors Île-de-France. Le vivier de talents y est excellent et la demande de services numériques reste soutenue. Actuellement, des grands donneurs d’ordres déplacent des centres de services en région : BNP Paribas installe par exemple 300 ingénieurs à Nantes, avec une montée visée vers 400 ou 450. D’autres banques explorent la place nantaise pour des raisons de coûts et de qualité de vie. S’installer à Nantes permet de réduire de 50 % ses coûts pour des bureaux par exemple (NDLR par rapport à Paris), et les collaborateurs des entreprises n’hésitent pas à déménager.

Les incertitudes politiques paralysent les investissements. Le ressentez-vous dans le secteur du digital ?
Oui, il faut le reconnaître, nous évoluons dans un contexte plutôt difficile : incertitudes macroéconomiques, ralentissement des projets de transformation numérique, tensions budgétaires dans le secteur public qui doit faire des économies. Mais certains segments accélèrent : l’IA, la data, le cloud, et la cybersécurité qui est gros sujet, dans un contexte international où les cyberattaques se multiplient.

Quel est votre bilan et votre cap RH dans l’Ouest ?
Sur la période 2024-2025, nous avons recruté environ 225 personnes dans la région Grand Ouest. L’année qui vient est une année de stabilisation des effectifs, compte tenu du contexte que je viens d’évoquer. Notre enjeu majeur reste la diversité : on compte seulement 26 % de femmes dans nos métiers, c’est insuffisant. Pour que ça change et que l’on fasse mieux, nous agissons avec Women in Tech, Elles bougent… et nous ouvrons nos fablabs aux collégiennes et lycéennes pour leur donner envie de venir dans le digital dans les années à venir.

Justement, que fait votre fablab de Nantes ?
Nos trois fablabs (Paris, Lyon, Nantes) sont des studios d’idéation avec les clients. On y co-construit des cas d’usage, souvent autour de l’IA générative, pour améliorer process et productivité. C’est une porte d’entrée vers des projets plus longs : on passe de l’idée, du prototype, de l’expérimentation à petite échelle au déploiement chez le client.

Comment l’IA transforme-t-elle votre offre et votre organisation ?
En interne d’abord : tous nos collaborateurs ont été formés à l’IA générative. On ne peut pas imaginer que ce ne soit pas le cas. Nous automatisons des tâches RH, comme la rédaction d’offres d’emploi, certains développements sont automatisés pour gagner en efficacité sans réduire les équipes. L’objectif est de libérer du temps utile pour faire autre chose. Côté clients, nous déployons des usages concrets : recherche en langage naturel dans des corpus documentaires publics, assistants métiers… L’IA n’est performante que si les données sont ordonnées et gouvernées : une grande part de notre travail est là. L’IA est un outil intéressant, mais elle doit être supervisée.

Votre message aux décideurs locaux ?
L’investissement numérique conditionne la compétitivité. Quand les budgets stagnent, les entreprises françaises perdent du terrain. L’Ouest montre qu’écosystème, talents et coûts maîtrisés peuvent accélérer les transformations. Nantes coche ces cases : nous y recrutons, y investissons et y installons des centres de services au bénéfice de nos clients régionaux et nationaux.

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