Les participants de la plénière organisée par le Centre des jeunes dirigeants de Marseille ont notamment pointé du doigt le particularisme de la Cité phocéenne en matière de conflits sociaux. Pour Patrick Huon, directeur des ressources humaines à la SNCM, « Marseille se caractérise par une conflictualité plus forte et plus visible. Ici, les passagers restent en rade et les poubelles s'amoncellent». « Nous avons un problème à Marseille. Nos problèmes sociaux sont toujours plus mis en avant, plus médiatisés qu'ailleurs, car dans l'inconscient collectif la grève est plus forte ici», ajoute de son côté Karim Zeribi, président de la Régie des transports de Marseille (RTM). «Il faut trouver une communication positive. Mais notre ville manque de projet industriel. Sans projet industriel de croissance, le dialogue social est forcément difficile. Les salariés s'interrogent, s'inquiètent. Quel est le projet de développement industriel du port ? Je ne le connais pas. En matière de transport, nous avons ici près de 30 ans de retard. Un projet industriel ramènerait une dynamique collective. Il faut savoir partager les victoires et assumer les défaites. Pour l'instant, patronat et syndicat sont simplement dos à dos», poursuit-il. Un avis conforté par Daniel Manca, secrétaire général CGT des dockers de Marseille: «Il n'y a pas de projet pour le port. On nous parle simplement des croisières, des passagers pour la Corse... Tout cela est gravissime. Depuis la réforme, les trafics de ports français s'effondrent: Fos -11%, LeHavre -17% ».
Une autre image des syndicats
«Il faut montrer une autre image du syndicat, une image responsable, de discussion», souligne Gérard Ciannarella, secrétaire général FO. « D'un autre côté, il y a sur notre territoire beaucoup de PME à la gestion paternaliste, dans lesquelles les salariés n'éprouvent pas le besoin de se syndiquer. Dans les PME, les rapports avec la direction sont plus directs, il y a plus facilement transparence...», précise Karim Zéribi. «Quand on aboutit à une grève, c'est que nous sommes en échec. Les deux partenaires doivent avoir confiance l'un dans l'autre pour réussir des négociations », reprend Gérard Ciannarella. « Ici, la grève est un préambule. Mettre la pression aux directions en prenant en otage les Marseillais, ce n'est pas du grand syndicalisme. La grève doit être le dernier recours. Il y a une responsabilité collective de cet état de faits: patrons, syndicats, mais également politiques. Ce sont aussi à eux de présenter un projet industriel crédible et fédérateur. Nous sommes dans la deuxième ville de France, au 21e siècle. Si nous restons en l'état, nous allons crever...», conclut Karim Zeribi.
Débat A l'occasion de sa plénière, à la Station Alexandre, le CJD Marseille a proposé une table ronde sur le thème : "Dialogue social, dialogue de sourd".