Chrystèle Gaillac : Une douce rigueur

Chrystèle Gaillac : Une douce rigueur

Présidente du Club de la Communication de Midi-Pyrénées depuis deux ans, Chrystèle Gaillac dirige également les Éditions du Sénéchal. Elle mène de front ces deux activités avec énergie et conviction. Marie Lepesant

Certains la surnomment Miss Process. D'autres lui reprochent à demi-mot d'être parfois «un peu trop droite dans ses bottes (de motarde !)». Mais pour Chrystèle Gaillac, ce qui importe c'est le professionnalisme et l'efficacité. Il ne faut donc pas s'y tromper: si son visage et sa voix inspirent la douceur, elle sait ce qu'elle veut. Entière et rigoureuse, elle ne s'encombre d'ailleurs pas de carcans. Féminine, elle pratique la boxe française et roule en moto. Au cours de sa carrière, elle s'est retrouvée immergée dans un univers scientifique qui lui était totalement étranger. L'occasion pour elle d'acquérir une double compétence: le graphisme et une sensibilité au monde de la recherche sur lequel elle pose un regard neuf.




À l'image de...

Chrystèle Gaillac affiche d'emblée ses origines modestes. «Mon grand-père était mineur de fond. Ma mère, originaire de Lille, était institutrice. Quant à mon père, aveyronnais, il s'est fait tout seul. À 16 ans, il relevait les compteurs EDF. À la fin de sa carrière, il était directeur adjoint de l'Union nationale des coopératives agricoles d'approvisionnement (devenue aujourd'hui le groupe coopératif InVivo, ndlr)», raconte-t-elle, admirative. Ce milieu ouvrier, elle le revendique presque et se réjouit d'avoir gardé en elle «cette rage de vivre» familiale. Outre cette «niaque», ses parents lui ont transmis un goût immodéré pour l'art. «Avant ma naissance, mon père réalisait des caricatures pour le quotidien Centre Presse. Ma soeur et moi avons eu très tôt des crayons et des pinceaux dans les mains», se souvient Chrystèle Gaillac. Alors à l'école, si elle reste polie avec ses professeurs, elle préfère créer des liens avec ses camarades plutôt qu'étudier. «Je ne sais pas si j'ai poursuivi des études ou si ce sont elles qui m'ont poursuivi», sourit-elle. Et pourtant, son bac en poche, elle intègre l'École Estienne à Paris pour y suivre une formation en communication visuelle. «Je suis sortie major de ma promo», se rappelle-t-elle fièrement.




Le temps de l'exploration

Si elle travaille pendant deux ans comme graphiste free lance à Paris, la Ville rose, où elle a vécu ses années lycée, lui manque. C'est alors qu'elle est retenue pour une mission de trois mois au sein d'un laboratoire mixte du CNRS à Toulouse. Dans cette unité de recherche, qui travaille notamment en partenariat avec la société Matra Marconi Space (intégrée aujourd'hui au sein d'EADS Astrium, ndlr), elle se retrouve, seule graphiste, dans un monde composé essentiellement d'ergonomes et d'informaticiens. «Lors d'une réunion, on m'a demandé une DA. Pour moi, cela voulait dire une directrice artistique mais pour eux, c'était une demande d'achats !», se rappelle-t-elle, en esquissant un sourire. Six mois d'adaptation ont été nécessaires, notamment pour comprendre un jargon technique émaillé de nombreux anglicismes. Elle se souvient pourtant avec joie de cette «période merveilleuse». «Participer à la conception d'outils de formation pour les astronautes ou encore travailler sur l'ergonomie des bancs de test d'Ariane 5 m'a permis de rencontrer des pointures internationales.» Devenue ingénieur d'études, Chrystèle Gaillac décide de quitter le CNRS pour intégrer le service édition et publications de Matra Marconi Space. Elle participe alors à la conception des supports de communication autour des appels d'offres portant sur les programmes Astra, Méteosat, Spot5...




L'accomplissement

«Quand j'ai eu 30 ans, j'ai voulu revenir à mon premier métier, le graphisme.» Après un passage de trois ans chez Sinergy'Com/Map Système (société créée par deux anciens de chez Matra Marconi Space), Chrystèle Gaillac décide de s'émanciper. Elle fait le grand saut en 2001 en créant les Éditions du Sénéchal. Sept ans plus tard, elle prend la tête du Club de la com', dans lequel elle s'investit depuis 2002. Si elle consacre beaucoup de temps à ce mandat pourtant bénévole, c'est parce qu'il représente pour elle un challenge qui la pousse à prendre des risques qu'elle ne prendrait pas forcément dans son entreprise. «Ses journées comptent facilement 20heures, le samedi et le dimanche inclus», constate Carole Shiff, chargée de communication à la CCI de Toulouse et amie de longue date. «Le grand luxe pour moi aujourd'hui, c'est de prendre mon temps et je n'en ai pas souvent l'occasion», confirme l'intéressée.