Christian Desmoulins a sûrement acquis de son enfance au Maroc cet attrait pour les civilisations étrangères. Un goût qu'il cultive aujourd'hui, en s'intéressant aux arts premiers, mais aussi à l'occasion de ses voyages d'affaires. Et ceux-ci ne manquent pas. Actia Group, dont il préside le directoire, est en effet implanté dans 15 pays, du Mexique à l'Inde, en passant par la Chine ou le Brésil. Beaucoup d'opportunités, pour lui, de «comprendre les cultures». Ce qui est une force pour qui aime construire, comme le rappelle l'épisode de la Tour de Babel. Christian Desmoulins est né il y a 59ans à Safi, sur la côte atlantique du Royaume chérifien, alors sous protectorat français, où ses grands-parents étaient arrivés en même temps que le Maréchal Lyautey. L'enfant ne connaîtra de la métropole que le Béarn, à l'occasion des vacances chez sa famille éloignée. «C'était pour moi la zone la plus septentrionale imaginable. Au delà: la banquise et les ours polaires!» Ses humanités, il les fait à Casablanca. «J'étais un élève médiocre, c'est pourquoi j'avais beaucoup de copains.» Cependant un jour son père s'abonne à «Clarté», une revue scientifique. C'est la révélation: le jeune Christian la dévore chaque mois. Dès lors, «mes professeurs de maths et de physique étaient désespérés: je survolais les cours sans prendre de notes. J'ai aussi peut-être la chance d'être un petit dormeur.» Cette passion naissante n'est pas sans s'accompagner chez lui d'une certaine inclination pour la compétition. «Il y avait en classe un génie des mathématiques: cela m'a stimulé.» Après Maths Sup, il «monte» à Paris où il est admis dans toutes les grandes écoles. C'est en 1971, il choisit Polytechnique. Il finira dans le peloton de tête puis enchaînera sur l'École des Ponts et Chaussées.
Les grands projets
1976. Christian Desmoulins débute sa carrière d'ingénieur comme chef d'arrondissement de la DDE. C'est l'époque du Plan de rigueur de Raymond Barre. La reconstruction de la France d'après-guerre est achevée et c'est la crise pétrolière. «Nous entrions dans une nouvelle ère, celle de l'énergie», avait-il pressenti. En 81, il devient chef de division à la Drire de Paca. Il planche sur de grands projets: des barrages hydrauliques, la pétrochimie de l'étang de Berre, la centrale nucléaire de Cadarache. En 86, il est nommé directeur en Auvergne. Michelin va mal et la région souffre de sa mono-industrialisation. Il réfléchit alors à la création de fonds de redéploiement et à la promotion industrielle pour accueillir des investissements internationaux. Des ponts à l'énergie, de l'énergie à l'innovation, le parcours de Christian Desmoulins suit un fil directeur: la gestion de projets. Avec un talent certain. Si bien qu'en 1991, alors qu'il avait envisagé de poursuivre sa carrière dans le privé, son téléphone sonne. C'est Roger Fouroux, ministre de l'Industrie. «Il me demande de créer l'École des Mines d'Albi.» Il faut monter un laboratoire, un programme et tout construire à partir de rien. Un an plus tard cependant, l'école ouvre ses portes...
Envergure internationale
En 1998, il travaille pour le ministère de l'Économie et un an plus tard dirige la recherche technologique au CEA. Il lance près de Grenoble la plate-forme Minatec dédiée aux micro et macro-technologies. C'est un chantier pharaonique: 3.000 personnes y travaillent pour un budget de 1milliard de francs. Mais Christian Desmoulins n'en reste pas là. En 2003, il prend la tête du directoire d'Actia Group. Il avait rencontré Louis Pech (qui, en 1986, avait acquis l'entreprise), en 1992. Celui-ci, qui est l'actuel président du conseil de surveillance, se souvient: «Nous avions travaillé ensemble sur des dossiers insolites. Je me suis dit: voilà quelqu'un d'? anormal'' comme moi et avec deux ?'anormaux'', on peut faire quelque chose!» Ce «quelque chose» deviendra cette société toulousaine d'envergure mondiale, au capital de 15M€ et dont le chiffre d'affaires consolidé était en 2007 de 212M€. Aujourd'hui, Actia Group est spécialisé dans les équipements électroniques destinés aux marchés des véhicules de moyenne série (autobus, poids lourds, véhicules agricoles, etc.) mais aussi dans les télécommunications. L'entreprise emploie 2.300 personnes dont 430 dans la recherche et le développement. Son actualité: la reprise d'une nouvelle activité télématique élaborée en Suède. Elle sera désormais produite par son site tunisien. L'occasion, pour Christian Desmoulins, d'aller régulièrement se ressourcer dans le Maghreb de son enfance.
Président du directoire d'Actia Group et directeur d'Actia Automotive, président du Comité régional des CCEF, administrateur d'Oséo, de centres de recherche et d'écoles supérieures: Christian Desmoulins est engagé dans de multiples mandats. Retour sur un parcours éloquent.
Gaël Morandeau