La marque de maroquinerie flotte encore dans l'inconscient collectif des Marseillais comme un repère, une référence. Presque une madeleine de Proust. Et pourtant, de l'aveu même de celui qui l'a reprise en 2009, Chabrand n'était à l'époque plus que l'ombre de son illustre passé. « Elle avait perdu de son aura, confirme Julien Lin. Peu à peu, elle commençait à s'endormir... » Cette marque, fondée au milieu du 20 e siècle, a en effet vécu plusieurs vies. Et aujourd'hui, elle rêve d'une renaissance.
Des mallettes de notaires aux sacs de jeunes
À l'origine, Chabrand est née de la volonté de Pierre Chabrand, un Marseillais qui fabriquait des produits de maroquinerie professionnelle : des sacoches de médecins, des mallettes de notaires, des cartables d'avocats... « Le succès était tel qu'il a rebaptisé sa boutique, auparavant nommée "Les Grandes Marques", du nom de "Chabrand" », rappelle Julien Lin. Puis, années après années, la marque s'est installée dans le paysage marseillais. En changeant parfois de mains et en négociant de savants virages, comme lors de la décennie 1980, qui hisse Chabrand au rang de marque incontournable dans la Cité phocéenne. « À l'époque, Renée Pierdet, qui avait repris la société, nourrissait de fortes ambitions, explique Julien Lin. Elle a injecté énormément d'innovation et de créativité dans les gammes et les modèles ». De traditionnelle et conformiste, Chabrand s'est alors muée en ligne audacieuse et résolument moderne. « C'était la marque repère de la jeunesse dorée de Marseille », résume Julien Lin.
Une nouvelle aventure
Pourtant, l'âge d'or n'a duré qu'un temps.
Après avoir flirté avec les marchés nationaux en se développant sous forme de franchises dans le grand Sud-Est, mais aussi à Paris, Chabrand s'est, selon Julien Lin, « repliée sur Marseille ». Mais si le business n'était pas aussi florissant qu'auparavant, la marque, elle, restait présente dans le coeur des Marseillais. C'est d'ailleurs ce qui a décidé Julien Lin à faire le pari d'une reprise, en 2009, via sa société Cailin Diffusion. « Auparavant, j'étais moi-même client de Chabrand », sourit-il. Un client B to B, puisque le maroquinier, qui gère quatre magasins, se fournissait alors - entre autres - en produits Chabrand. « C'est une toute nouvelle aventure, pour moi, confie-t-il. Chabrand a une bonne image et une bonne notoriété, c'est vrai, mais il a fallu rebâtir beaucoup de choses. Mon objectif est d'en faire une marque moyen à haut de gamme ».
Relocaliser la production
Aujourd'hui, si la création des quelque 200 produits qui constituent les vingt lignes de la marque est réalisée à Vitrolles, la production, elle, est externalisée en Asie. Quant à la distribution, elle est assurée par un réseau d'une centaine de maroquineries partenaires, principalement en Paca, mais aussi sur le site web et dans les quatre boutiques du groupe, qui, pour le moment, ne sont pas estampillées au nom de "Chabrand". « Cela fait partie des challenges à venir, explique Julien Lin. Mais dans un premier temps, cela se fera probablement sous forme de "corners" dédiés chez des revendeurs. Par ailleurs, en 2013, nous souhaitons relocaliser dans la région une partie de notre production. C'est notre prochain défi ».
Alexandre Léoty
Chabrand(Cailin diffusion)
Vitrolles Julien Lin 26 salariés (groupe) CA : 3M€ www.chabrand.net