Élue «Femme de l'année» en 1991, Sylvie Brunel est l'auteur de plusieurs ouvrages réalisés autour des questions de développement et en particulier sur la problématique de la famine. Parmi ses axes de réflexion, l'enseignante à Paris IV-Sorbonne s'intéresse au développement durable et à ses dérives, et notamment le business qui en procède. «Faites un geste pour la planète est le nouveau mot d'ordre de tous les acteurs de la mondialisation: un slogan aussi devenu un business profitable qui joue sur l'industrie de la peur. Si le développement durable profite aux ONG, aux entreprises et aux pays riches, la réciproque n'est pas évidente pour les pauvres du Nord et du Sud. La croissance verte est un enjeu industriel de premier plan. Il ne s'agit pas de stigmatiser, mais de se rendre compte de ce discours instrumentalisé par les sociétés industrielles».
Quand le développement est devenu durable
C'est au sommet de Rio en 1992 que naît la notion de développement durable, correspondant à l'émergence de nouveaux concurrents du Sud: «Le Brésil, la Chine, aspirent alors à imiter nos modes de production et de vie. C'est le moment où l'on parle de démocratie participative, et celui de la mise en place de grands textes qui vont régler la coopération internationale». Les problèmes de réchauffement climatique se posent à ce moment avec acuité et voient naître deux conceptions: celle de l'atténuation ou adaptation du monde industriel pour limiter les rejets de CO2 et celle de l'adaptation qui vise à préparer les sociétés aux conséquences du réchauffement climatique. «C'est l'époque où la Chine est montrée du doigt alors qu'elle est l'un des pays phare en matière de technologies vertes et que chacun a le droit de revendiquer le droit à ne pas vivre dans la misère». Sylvie Brunel insiste sur les trois volets incontournables du développement durable: produire, répartir et préserver, en rappelant que: «Trois milliards d'hommes n'ont pas accès à l'eau potable. Il y a nécessité d'une solidarité entre riches et pauvres». Selon elle, le développement durable trouve son épanouissement dans les sociétés à fort niveau de développement: «Il ne faut donc pas opposer de barrières à ceux qui veulent nous imiter, c'est un mauvais calcul à long terme».
S.C
Invitée par la Chambre de commerce et d'industrie de Fécamp-Bolbec, la géographe et économiste Sylvie Brunel a proposé son regard différent sur le développement durable.