Les CCI de la région engagent un bras de fer avec l'État. Dans les Pays de la Loire, à la demande des organisations patronales (Medef, CGPME et UPA), les représentants des entreprises annoncent qu'ils coupent tous les ponts avec l'État. « Nous arrêtons toutes nos actions avec les services de l'État. En France, pour se faire entendre, il faut faire ce genre de chose », indique Jean-François Gendron, président de la CCI de Nantes Saint-Nazaire. « Au nom de l'intérêt de la France, nous devons hurler », ajoute Bruno Hug de Larauze, président de la CCI des Pays de la Loire. Une façon pour ces chefs d'entreprise d'exprimer leur colère à l'encontre d'un gouvernement accusé de vouloir mettre à genoux les chambres de commerce et d'industrie françaises. Au niveau national, « je tiens à préciser que nous avons fait un certain nombre d'efforts sur le plan financier. Et que nous sommes de nouveau prêts à faire des efforts, et des efforts conséquents », indique Jean-François Gendron. En rognant sur leurs fonds propres et en abaissant la taxe qu'elles perçoivent (la taxe pour frais de chambres), « on propose de reverser à l'État 1,2 milliard d'euros entre 2014 et 2017 », poursuit le Nantais. Cette somme correspond pour les chambres à une année de ressource fiscale.
6.000 emplois menacés
Sauf que l'État ne l'entendrait pas de cette oreille. « Apparemment, cela ne suffit pas », souffle le Nantais. Pour lui, l'État voudrait deux fois plus, tout en entretenant le flou sur ses objectifs. « L'État ne nous répond pas. Il n'y a pas de dialogue sur ce sujet », regrette Jean-François Gendron, qui rappelle que les CCI ne coûtent rien à l'État : « La moitié de notre budget provient de la taxe pour frais de chambres que paient les entreprises. L'autre moitié émane de nos produits propres et de subventions versées par les collectivités locales ». Si l'État réduit de façon trop drastique les ressources financières des chambres, les représentants des CCI assurent que les conséquences pourraient s'avérer économiquement désastreuses. Ils estiment que les CCI françaises devraient supprimer 6.000 de leurs 26.000 emplois, que des centres de formation des apprentis fermeraient - les CCI en forment 100.000 par an aujourd'hui - et que des infrastructures gérées par les CCI, comme des aéroports ou des ports, pourraient être menacées.
Subordination
En faisant pression sur leurs ressources financières, l'État chercherait, selon François-Xavier de Bouard, élu à la chambre de Nantes Saint-Nazaire, à museler les CCI : « La vraie question, c'est la prise de contrôle des chambres ». Une analyse partagée par Christophe Desarthe, président de la CGPME des Pays de la Loire : « L'État nous met en situation de subordination. Comment voulez-vous faire adhérer des chefs d'entreprise à une institution qui n'a aucune marge de manoeuvre ? ». « Cela fait trente ans que certains rêvent de nous supprimer », ajoute Jean-François Gendron. Il y a quelques mois, les CCI craignaient par exemple d'être mises sous la tutelle des conseils régionaux. Un projet avorté. Mais depuis, un rapport explosif des services de l'État leur reproche une situation financière trop « confortable ». Un rapport « à charge » pour Jean-François Gendron, qui conseille aux pouvoirs publics de commencer par « balayer devant leur porte ». Déterminés, les représentants de la CCI de la région ne comptent pas courber davantage l'échine. « Si l'État ne veut pas renter dans une logique de construction avec nous, cette action ne sera qu'un début », promet ainsi Christophe Desarthe.
Pour protester contre un gouvernement qu'elles jugent « autiste », les CCI de la région coupent les ponts avec les services de l'État.