« Derrière l'augmentation des autorisations de construire, +12 % sur les huit premiers mois de l’année dans le département, se cachent des disparités importantes», analyse le président de la Fédération du BTP du Finistère. «Cette hausse de 12 % n’intéresse que le logement et plus particulièrement la maison individuelle, secteur qui ne représente que 30 % du chiffre d’affaires de la profession dans le département. Les autres secteurs sont en baisse, notamment le béton prêt à l’emploi (- 0,9 %), et le volume global des affaires est au plus bas. Les secteurs du non-résidentiel (équipements publics, investissements privés, investissements industriels), reculent encore de 5 % depuis le début de l’année». Selon la fédération du BTP du Finistère, le secteur de l’entretien-amélioration, qui représente 50 % de l’activité du secteur, ne décolle pas, stagnant à + 0,9 % sur les huit premiers mois de l’année. « Ce secteur ne peut donc pas compenser la perte d’activité dans le secteur du neuf».
Baisse des prix, allongement des délais de paiement...
Conséquence depuis la rentrée de septembre : « le nombre de dépôts de bilan des artisans et des PME repart à la hausse après une légère atténuation en début d’année. Les entreprises sont exsangues sur le plan de la trésorerie. Les délais de paiement s’allongent dangereusement, laissant loin derrière eux la loi LME et ses paiements à 45 jours. Les impayés s’accumulent. L’ensemble de ces facteurs continue de provoquer, dans un contexte de tarissement du marché, une inexorable baisse du niveau des prix, due à une concurrence acharnée et destructrice à un point tel qu’aujourd’hui très peu d’entreprises sont en capacité de faire face à leurs charges d’exploitation.
6 000 actifs en moins depuis le début de la crise
« Depuis 2010, le niveau de prix et le volume des affaires ont baissé de 30 % dans le département, condamnant les entreprises à une mort certaine », poursuit Jean-Charles Le Borgne. « Les destructions d’emplois se poursuivent, moins 300 emplois sur les six premiers mois de l’année 2016 dans le département, avec une estimation à moins 500 emplois d’ici la fin de l’année. Depuis le début de la crise, le département aura donc perdu 4 500 salariés et 1 300 entreprises, soit près de 6 000 actifs.
Le « fléau » des travailleurs détachés et des auto-entrepreneurs
« Le détachement constitue un véritable fléau dans notre département, champion de Bretagne à ce niveau avec 2.744 travailleurs détachés, présents sur le Finistère en 2015» détaille le président, s'appuyant sur des chiffres de la DIRRECTE. «À ce titre, le Finistère dépasse largement l’Ille-et-Vilaine (1.664 travailleurs détachés en 2015) où l’activité est deux fois supérieure. L’auto-entrepreneur provoque de véritables ravages dans le monde artisanal mais aussi aujourd’hui dans celui des PME. De surcroît, les fraudes au chiffre d’affaires et à la TVA non déclarée sont manifestes dans bon nombre de ces pseudo entreprises». La Fédération met ainsi en garde le secteur sur l’imminence de contrôles sur les chantiers, en lien avec la Direction Régionale du Travail et sa toute nouvelle section spécialisée mise en place au niveau régional.
Soutien à l'entreprise Marin
Le président en profite par ailleurs pour afficher le soutien du secteur à l'entreprise Marin, récemment mise en redressement judiciaire. Une situation qui « met en lumière le surcroît de difficultés rencontrées par une entreprise qui n’est pas en procédure de liquidation, pour obtenir des marchés publics. À ce titre, les autres entreprises patrimoniales du département, membres de la Fédération, entendent manifester leur solidarité vis-à-vis de l’entreprise Marin. A-t-on en effet le droit de condamner sans autre forme de procès, une entreprise et l’avenir des familles qui en dépendent ?»
Appel aux maîtres d'ouvrage publics et privés
En conclusion, le président de la Fédération du BTP du Finistère « avertit les maîtres d’ouvrage publics et privés sur le caractère gravissime de la situation actuelle. Le secteur du BTP risque de s’effondrer localement dans le département s’il n’est pas soutenu davantage en termes de niveaux de prix et d’accès à la commande publique et privée. Nos salariés et leurs familles en dépendent, que chacun prenne ses responsabilités. Les chefs d’entreprise et artisans du secteur expriment un sentiment de profonde exaspération face au climat des affaires actuelles. Beaucoup sont sur le point de jeter l’éponge, le moral est au plus bas! ».