Lyon
Bruno Bonnell : Des robots plein la tête
Lyon

Bruno Bonnell : Des robots plein la tête

Le charismatique fondateur d'Infogrames développe dans la discrétion une société spécialisée dans les robots, à Villeurbanne.25 ans après ses débuts dans l'entrepreneuriat, c'est avecla même passion énergiquequ'il porte ce nouveau projet. Claire Pourprix

Un zest de provocation, une pincée d'humour, Bruno Bonnell affirme tout sourire qu'il a adoré son aventure Infogrames mais qu'il ne se souvient de rien... Une façon de dire qu'il ne vit pas dans le passé, mais bien dans l'instant présent. En août2007, alors qu'il avait quitté depuis quelques mois la direction du groupe de jeux vidéo qu'il avait cofondé en 1983, il apprend que son jeune fils est atteint de leucodystrophie métachromatique, une maladie rare qui handicape progressivement les jeunes enfants.




Vivre l'instant présent

«La vie m'a rattrapé. Mon système de valeurs a été bouleversé. Ma priorité numéro un est le confort de Balthazar», confie Bruno Bonnell. Pour le bien-être de son fils, il décide de se réinstaller à Lyon. Robopolis, une boutique de robots dans laquelle il avait investi à Paris en 2006, emménage à Villeurbanne. «J'ai décidé d'orienter Robopolis en structure de distribution de robots et de développement de logiciels spécialisés sur plate-forme robotique», résume ce passionné, convaincu que les robots vont prendre une place majeure dans notre vie. Robopolis se focalise sur les logiciels d'entertainment, d'éducation, de services à la personne. Visionnaire, au risque d'avoir un temps d'avance par rapport au marché, Bruno Bonnell avait décrit, dans un ouvrage rédigé avec Christophe Sapet, au début des années 80, ce que serait l'informatique à la maison. L'ordinateur familial est aujourd'hui banalisé. La robotisation de notre quotidien ne fait que démarrer: «À horizon de 15 ans, il y aura plusieurs robots dans chaque foyer.» «L'ordinateur est un amplificateur de l'imagination et de la créativité. Le robot apporte une nouvelle dimension des capacités humaines», assure-t-il. La technologie en général est sa passion, et Bruno Bonnell mêle sans hésitation des scénarios futuristes aux usages quotidiens. S'il a un temps été tenté par une carrière de producteur de cinéma, son choix s'est finalement porté sur l'autre côté de l'écran: il préfère vivre des histoires plutôt que les raconter. Dans ses bureaux villeurbannais, Robopolis n'a pas de femme de ménage. C'est Rumba, le robot aspirateur, qui s'en charge.




L'ère quaternaire

Au-delà de l'anecdote, il en va selon Bruno Bonnell de la révolution de nos modes de vie. «Ici, je n'ai pas de bureau. Je n'ai pas d'horaires non plus: s'il fait beau je préfère me promener au parc avec mon fils et travailler la nuit!» Ce qu'un chef d'entreprise averti peut se permettre n'est pas forcément accessible au commun des mortels. Il en convient... quoi que. «Jusqu'à présent, c'est la taylorisation du travail qui a prévalu: les gens ont été traités comme des briques de legos et le mur s'est écroulé... La crise, je n'y crois pas: nous vivons une transformation du corps social et économique, par soubresauts. Nous payons en ce moment la fracture numérique car les entreprises n'ont pas su prendre le virage. Cela crée des mouvements de panique, douloureux, mais aussi très exaltants! Plus que jamais, nous sommes dans le siècle des entreprises. Nous entrons dans une phase de renaissance.La seule chose que je crains c'est que cela crée un climat de néoguerre, avec pour victimes les gens au chômage, sans habitation...» La technologie doit selon lui être actrice de cette transformation; la robotique est «le grand secteur de l'ère quaternaire», celle d'un travail plus éthique, plus humain. Plus humain, c'est en tout cas ce qui caractérise Bruno Bonnell depuis qu'il a été «rattrapé par la vie». On le dit moins attaché au business: il est redescendu sur terre sans perdre de son charisme ni de sa faculté à fédérer naturellement les énergies autour de lui.

Lyon