Le Journal des Entreprises : L’économie bretonne se porte-t-elle mieux ?
Joël Chéritel : Les situations sont variables d’un secteur à l’autre, d’une entreprise à l’autre, mais on peut considérer que la situation s’est légèrement améliorée. C’est le cas dans le numérique. Le secteur de la propreté envisage plutôt une hausse des chiffres d’affaires dans les mois à venir. Dans le transport routier, l’activité semble plutôt bonne mais des inquiétudes demeurent avec la hausse récente du prix du gazole dans un contexte où un tiers des entreprises sont considérées comme fragiles par la Banque de France elle-même. Dans le bâtiment, la situation reste très contrastée d’un secteur à l’autre, d’un territoire à l’autre, mais globalement la situation tend à s’améliorer grâce notamment au secteur « logement ».
Quels secteurs restent à la traîne ?
J.C. : Les TP restent dans une situation assez morose : le volume d’activité de la commande publique est toujours à un niveau bas au troisième trimestre 2016 et la commande privée ne compense pas. La visibilité des carnets de commande étant insuffisante (trois mois en moyenne), la confiance et la sérénité ne sont toujours pas au rendez-vous, ce qui induit des prix toujours à un niveau bas et des marges en « berne ». Si nous attendons des administrations et des collectivités qu’elles rationalisent leurs dépenses de fonctionnement, il est important qu’elles maintiennent un niveau satisfaisant de dépenses d’investissement.
Que répondez-vous à ceux qui critiquent le CICE ?
J.C. : Selon les entreprises, le CICE sert à baisser les coûts de production pour rester compétitifs, à reconstituer les marges pour investir, à faire de l’innovation. Le CICE a permis à nombre d’entreprises fragilisées par la difficile conjoncture de ces dernières années de préserver l’emploi, dans le BTP notamment. Dans le numérique, les marges étaient tellement faibles que sans le CICE, le secteur aurait été amené à supprimer des emplois.
Les mouvements sociaux ont-ils affecté les entreprises privées ?
J.C. : Bien sûr, ces grèves ont affecté sous différentes formes les entreprises, comme en atteste la révision à la baisse de la croissance de 1,5% à 1,2%, en partie liée aux grèves et aux manifestations. Les entreprises qui travaillent dans le centre de Rennes ont été particulièrement affectées avec des fermetures de chantier obligatoires certains jours de grève, sans compensation. De même, les commerces ont fait l’objet de nombreuses dégradations, sans parler de la désertion des centres-villes par les consommateurs les jours de manifestation.
Les entreprises bretonnes doivent-elles craindre les accords de libre-échange type CETA ?
J.C. : Jusqu’à preuve du contraire, l’économie de la France, comme celle de toutes les démocraties occidentales, est une économie de marché qui a vocation à échanger avec les autres économies du monde occidental, ce qui suppose des accords multilatéraux ou bilatéraux. Voici le principe.
Le Canada est un pays au développement comparable aux pays les plus développés de l’Union européenne. Ce traité vise à développer les échanges commerciaux qui profiteront aux économies du Canada et de l’Union européenne, en supprimant notamment l’essentiel des droits de douane. Ce type d’accord profite aux économies les plus compétitives, ce qui montre toute la nécessité de procéder aux réformes structurelles dont la France a besoin. Quant à la qualité des traités, on ne peut réellement en juger qu’après plusieurs années d’application et d’échanges commerciaux. À ce titre, celui signé avec la Corée du sud, il y a cinq ans, a permis le développement des échanges commerciaux au bénéfice des deux parties.
Que va apporter la LGV ?
J.C. : La LGV c’est LA bonne nouvelle qui va forcément booster l’économie bretonne. Il va être plus facile d’attirer des cadres de bon niveau, plus rapide d’aller voir des clients parisiens… Nous allons bénéficier de TGV plus nombreux, avec des rames à double étage équipées du WiFi. La LGV, ce sont aussi 11 projets de pôles d’échanges multimodaux avec une nouvelle gare pour Rennes et Lorient. Au total, plus d’un million et demi de voyageurs supplémentaires est attendu. Avec des temps de parcours réduits en moyenne de 32 minutes pour Rennes mais aussi 47 minutes pour Brest et Quimper. C’est à la fois un risque mais aussi une formidable opportunité de développement du centre EuroRennes pour attirer des entreprises et développer l’attractivité économique et touristique de la Bretagne.