Le décret d'installation du Comité national d'orientation de la Banque Publique d'investissement (BPI) fraîchement paru (11/04), la vice-présidente et porte-parole de la nouvelle institution, Ségolène Royal, est venue prêcher le 19 avril dernier la bonne parole dans l'hémicycle du Conseil régional. Une visite qui intervenait dans un contexte tendu avec en toile de fond les propos du directeur général de la BPI Nicolas Dufourcq au sujet du dossier Petroplus (lire page 9). Quelques jours plus tôt, alors que le tribunal de commerce de Rouen avait douché les derniers espoirs des salariés concernant une reprise du site par un industriel du raffinage, le représentant de la BPI avait indiqué qu'en tout état de cause la banque publique n'aurait pas eu vocation à investir dans ce dossier. Passée la mise au point et les condamnations unanimes tant de Ségolène Royal elle-même que du député Guillaume Bachelay, accessoirement rapporteur du texte de loi portant création de la BPI, chacun s'est efforcé de rappeler l'enjeu de la création de ce nouvel outil. Pas si nouveau que cela, à vrai dire, puisqu'il consiste en un rapprochement d'entités publiques bien connues des entreprises telles que Oseo, le FSI Région et CDC Entreprise (groupe Caisse des dépôts). Des structures, certes habituées à travailler ensemble, et qui ont désormais vocation à devenir « le bras armé du redressement industriel de la France », dixit Guillaume Bachelay.
Un regroupement d'outils préexistants
« La BPI est l'outil qui doit permettre au tissu économique de reprendre confiance », explique la présidente de la région Poitou-Charentes. « Une banque qui n'est pas là pour faire du business, souligne Ségolène Royal, mais qui sera vigilante sur l'utilisation de l'argent des Français ». Pour Jérôme Rousseau, directeur régional d'Oseo et nouveau délégué régional de la banque publique en Haute-Normandie, la BPI en région est déjà en mode opératoire. Avec un atout de poids : « 90 % des décisions seront prises en région », assure le banquier, avec à la clé un délai d'instruction rapide. « Ce sera dans les gènes de la BPI ! », prévient-il. Dans ses champs d'intervention, la loi prévoit le financement de l'innovation et la garantie des prêts, deux compétences « maison » d'Oseo, le cofinancement, l'investissement en fonds propres et en quasi-fonds propres ainsi que le soutient à l'export. Bref, « toute la palette des interventions à tous les stades de la vie de l'entreprise », résume Jérôme Rousseau. Reste la question de l'articulation de la BPI avec ses homologues du privé, voire même avec le fonds régional NCI, dont les deux régions normandes sont des souscripteurs historiques, au même titre que la Caisse des dépôts. Du côté du Crédit Agricole Normandie Seine, on ne « conteste pas l'utilité générale » du dispositif, selon l'expression prudente de son directeur général Frédéric Thomas. « Nous faisons déjà des choses ensemble et nous allons continuer », assure-t-il. Même tonalité chez Joël Chassard (Caisse d'Épargne) qui en appelle dans le même temps les pouvoirs publics « à aider les banques à faire leur métier » dans un contexte particulièrement difficile.
S'appuyer sur des fonds privés
« Il va falloir gérer les complémentarités », lâche pour sa part Gérard Lissot, le président de NCI. « On voit bien que les besoins de financement des entreprises sont supérieurs aux moyens dont va disposer la BPI ». Et si la future banque publique dispose d'une vraie expérience -à travers Oseo- dans l'amorçage, par exemple, « elle n'aura pas vocation à accompagner le développement et la transmission qui nécessitent de s'appuyer sur des fonds privés », estime Gérard Lissot. « Mais nous pourrons intervenir en co-investisseurs ». Quand au risque d'un désengagement des souscripteurs publics historiques de NCI, « je n'y pense pas, et en tout état de cause ce serait une erreur ! »
Guillaume Ducable
Le 19 avril dernier, Ségolène Royal venait présenter à Rouen les atouts de la Banque Publique d'Investissement (BPI) devant un aréopage d'acteurs économiques régionaux et d'élus.