Bordeaux : De syndicaliste à patron, le témoignage d'Alain Tesson
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Bordeaux : De syndicaliste à patron, le témoignage d'Alain Tesson

Comment passe-t-on du syndicalisme au patronat ? « De façon assez naturelle et par goût de l'action », répond Alain Tesson, ex-salarié Renault et ancien représentant syndical Force Ouvrière, aujourd'hui à la tête d'un petit garage au Taillan-Médoc.

« Je n'ai aucun regret et rien ne me déplaît dans ma nouvelle vie de patron », dit avec le sourire Alain Tesson. En 2010, à 54 ans, cet ancien commercial chez Renault au Bouscat, représentant syndical Force Ouvrière pendant 29 ans, a quitté ses habits de salarié pour se lancer dans l'aventure de l'entreprenariat. Il est aujourd'hui gérant d'un garage Renault au Taillan-Médoc et emploie quatre personnes. « J'ai toujours eu l'âme d'un chef de classe. J'aime être acteur, prendre les choses en main. Pendant toutes ces années de syndicalisme, j'ai appris beaucoup de choses et gravi tous les échelons jusqu'à être membre du comité de groupe monde. J'ai eu l'occasion de parler à Louis Schweitzer quand il dirigeait Renault, et à Carlos Ghosn aussi. J'ai également eu la chance de rencontrer André Bergeron, l'ancien secrétaire général de Force Ouvrière, qui est mon maître à penser. J'aimais sa vision de la revendication à savoir le consensus, le gagnant-gagnant. La politique de la terre brûlée, cela n'a jamais été mon truc. Toutes ces années, je me suis battu pour que les salariés que je défendais, soient respectés et considérés, aient une meilleure rémunération sans jamais moi-même arrêter de travailler. Je n'ai jamais voulu être détaché et faire carrière dans le syndicalisme. J'aimais mon job, j'aimais gagner de l'argent et attention, le syndicalisme, ce n'est pas le monde des Bisounours. Si les types décident de vous flinguer, vous êtes mort ! »

Me prouver que j'étais capable de le faire
« Vers la cinquantaine j'ai commencé à réfléchir à mon avenir. Il me restait encore quelques années à travailler mais je ne me voyais pas " vieillir " dans mon métier de commercial, être sous l'autorité d'un petit gars frais émoulu d'une école de commerce. Un jour j'ai eu une opportunité. On m'a proposé de racheter des parts dans un garage. Je me suis dit : est ce que je suis capable de le faire ? À ce moment-là, mes deux filles ont été une motivation, je crois que j'ai voulu leur prouver et me prouver à moi-même que oui, j'étais capable de mettre en oeuvre ce pour quoi je me battais depuis toutes ces années. J'ai donc décidé de sauter le pas. Je suis allé voir mon patron. Je lui ai expliqué mon projet. J'avais besoin d'argent pour racheter les parts. La direction de Renault a été très compréhensive, elle a reconnu mon travail et mon rôle en tant que syndicaliste, et elle a accepté un départ volontaire avec une prime. Au départ le plus compliqué n'a pas été d'endosser le costume de patron mais de gérer les relations avec mon autre associé. Il fallait se caler. Ce qui n'a pas été évident aussi, c'est de manager les hommes. Mais le côté positif, qui rattrape le reste, c'est cette liberté de prendre ses décisions et de ne pas en référer à qui que ce soit. C'est valorisant de diriger son équipe, de participer à quelque chose. Oui c'est plus risqué que le salariat. Il faut que ça tourne pour payer tout le monde. Il faut sortir du chiffre mais je n'en ai pas peur, je le vis à 100 %. J'aime l'idée que tout cela est à moi. »

*Alain Tesson a témoigné de son expérience lors de la conférence-débat " J'aime mon entreprise ! Et vous ? " organisée par le Centre des jeunes dirigeants le 22 juin au Rocher de Palmer.

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