Fédérer l'ensemble des acteurs de la filière bois du département, des forestiers aux industries de seconde transformation, pour produire du bois séché aux normes européennes et réduire ainsi les importations massives d'Allemagne et de Scandinavie... Sur le papier, le projet porté par le Pôle Bois du Haut-Forez est louable et simple. Mais la réalité du terrain est toute autre! En activité depuis le début 2009, la société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) Pôle Bois du Haut-Forez est aujourd'hui dans le rouge. Placée en redressement judiciaire courant octobre, avec une période d'observation de six mois, la SCIC de Noirétable affiche des résultats inquiétants. Le chiffre d'affaires 2009, qui dans le business plan devait atteindre 1,9M€, est finalement ressorti à 520.000€, engendrant un résultat net négatif de 523.000€.
La crise fait chuter les prix
Labellisé «pôle d'excellence rural», l'aventure avait pourtant démarré par un investissement total des acteurs publics et privés qui n'ont pas hésité à mettre 3,8M€ dans le projet (ndrl: 1,7M€ de l'État, la Région et le Département, et 1,3M€ de la Communauté de communes des montagnes du Haut-Forez). «Le problème, c'est que rien n'a fonctionné comme prévu. Le Pôle Bois a été complètement impacté par la crise. Nous avons travaillé sur un business plan dans lequel le prix de vente du bois permettait au Pôle Bois de fonctionner. Quand la crise est arrivée, ce prix a chuté brutalement, passant de 320 à 240€ le m³. À 320€, le Pôle fonctionnait. À 240€, il perd de l'argent», explique Pascal Chazal, directeur général délégué du Pôle Bois du Haut-Forez.
Le principal client à la peine
Autre conséquence de la crise, Ossabois qui devait servir de ?pompe d'amorçage? n'a pas pu honorer ses engagements. «Nous aurions dû être le principal client du Pôle Bois et lui assurer environ 50% de son chiffre d'affaires en phase de lancement», confirme Pascal Chazal, président du directoire d'Ossabois. C'était sans compter sur l'effondrement du marché des résidences de tourisme (voir l'interview). «Nos volumes ont considérablement baissé et sont aussi devenus beaucoup plus compliqués à gérer», explique le dirigeant. Et de poursuivre: «Quand on vendait des résidences de tourisme, il s'agissait d'opérations d'une centaine de logements qui nous permettaient de travailler avec du bois standard. Quand la crise est arrivée, on s'est tourné vers des marchés publics avec des opérations plus petites, d'une dizaine de logements, pas forcément conçus avec des bois standards».
Un mal plus profond
Problème, le Pôle Bois du Haut-Forez avait été justement pensé pour développer la standardisation. «On avait imaginé travailler avec des bois standards avec lesquels nous savons faire nos maisons. Des bois que le Pôle Bois peut passer en commande aux scieries, et que les scieries peuvent commander aux forestiers. Tout ceci dans un cycle qui permet de développer un peu les stocks pour limiter les problèmes de délais d'approvisionnement», argumente Pascal Chazal. Pas dimensionné pour produire des bois non standards dans des délais limités, le Pôle Bois du Haut-Forez reflète finalement assez bien les difficultés rencontrées par l'ensemble de la filière bois en France. Beaucoup trop de parcelles privées et de petites tailles (ndlr: 95% de parcelles privées de moins de 1 hectare sur Noirétabe) qui rendent l'approvisionnement des scieries compliqué, un manque de volonté politique pour développer la forêt de production... Le noeud de difficultés français n'est pas étranger à l'échec du Pôle Bois du Haut-Forez. Et ce n'est pas la recapitalisation envisagée de la SCIC ou le retour à la normale de l'activité d'Ossabois, qui suffiront à pérenniser ce formidable outil qu'est le pôle bois. «Il faut qu'il y ait de la part de la filière amont, je pense aux scieries et aux forestiers, une prise en compte de ce pôle et un investissement plus fort», lance Pascal Chazal. L'appel sera-t-il entendu?
Lancé début 2009, le Pôle Bois du Haut-Forez devait fédérer l'ensemble des acteurs de la filière bois du département autour d'un objectif: produire un bois local de qualité et limiter ainsi les importations.Octobre2009, le Pôle Bois est placé en redressement judiciaire.