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Bluestar Silicones : « Vers une nouvelle révolution industrielle »
Interview Lyon # Chimie # Innovation

Bluestar Silicones : « Vers une nouvelle révolution industrielle »

Chimie des silicones. Avec 130 chercheurs concentrés à Saint-Fons, l'usine lyonnaise de production de silicone est très orientée innovation. Son dirigeant, Frédéric Jacquin, prépare déjà son entreprise à entrer dans la révolution de l'impression 3D.

Le Journal des Entreprises : À quoi ressemblera l'usine de Saint-Fons dans quelques années ?

Frédéric Jacquin : Peut-être qu'il en sera fini des usines qui produisent des élastomères ! Nous imaginons que, d'ici quelques mois, ou plus sûrement quelques années, la production pourrait être délocalisée chez le client à cause d'un paramètre assez simple : l'arrivée dans l'industrie de l'impression 3D. Il sera alors question d' une nouvelle révolution industrielle. Au lieu de produire dans des usines à distance de nos clients, de stocker puis d'expédier les produits, le client achètera une solution clé en main, une recette, une expertise process et un produit prêt à l'emploi et le fabriquera lui-même à partir d'ingrédients et de technologie digitale que nous lui auront vendu. Cela induit la naissance de nouveaux acteurs notamment issus du digital qui maîtrisent la partie logicielle de l'impression 3D. Pour les fabricants de matériaux que nous sommes, ceci nous amènerait à repenser complètement la chaîne de valeur.

Le risque n'est-il pas énorme pour Bluestar ?

F.J. : a peur n'évite pas le danger. Soit on y va avec l'envie d'être pionnier dans cette aventure et on lance des pilotes pour accompagner le changement, soit on construit des murs. L'impression 3D va remettre en cause un certain nombre de nos business models.

Quels types de produits pourraient être fabriqués directement chez vos clients ?

F.J. : Il s'agira de « désintermédier » plusieurs étapes dans le processus de fabrication. Au lieu de fabriquer la matière première dans notre usine à Saint-Fons puis fabriquer des mélanges prêts à l'emploi dans des centres proches du client, de nombreuses étapes de transformation disparaîtront pour aller plus directement vers le produit fini mis au point chez le client.

Quels sont vos axes de recherches ?

F.J. : Nos équipes R & D planchent sur l'aspect technique afin de trouver les matériaux qui peuvent être imprimés en 3D et sur une solution d'intégration. On travaille avec les fabricants de machines et avec les entreprises de logiciels de façon à apporter une solution totalement intégrée et non une poudre de perlimpinpin. Car Bluestar Silicones sera partie prenante du résultat obtenu par nos clients.

Ces recherches représentent un investissement important, de quel ordre ?

F.J. : Confidentiel ! Chez Bluestar notre ADN, est l'innovation et notre actionnaire nous suit à 100 %. Nous préférons tester des idées même s'il y aura des choix technologiques qui n'iront pas au bout, avec des pertes en lignes inévitables. Mais nous choisissons d'être dans la course plutôt que de regarder les trains passer.

À quelle échéance interviendront ces bouleversements ?

F.J. : C'est impossible de prévoir la vitesse du progrès mais en général, cela va toujours plus vite que ce que l'on prévoit. Dans les mois qui viennent nous observerons l'émergence des premières expériences industrielles d'impression 3D à haute valeur ajoutée. Au fur et à mesure de la progression de la technologie induisant des gains de productivité, l'accélération se fera sur de plus gros volumes.

Des rapprochements sont-ils dans les tuyaux ?

F.J. : Ils seraient confidentiels. Néanmoins, pour rester dans la course, Bluestar travaille avec des acteurs français membres de pôles de compétitivité. Ces PME ou grands groupes maîtrisent parfaitement la technologie digitale notamment. Ainsi nous développons en partenariat et sans être en concurrence des solutions intégrées.

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