Au fond d'une allée discrète de la campagne de Bondues, à côté d'une ferme, se niche la société des Billards Toulet. Le meuglement des vaches accueille le visiteur. C'est bien là que l'un des trois derniers gros fabricants français de billards opère encore de manière artisanale. De ces ateliers presque anonymes, sur 4.000m², sortent chaque année quelque 800pièces uniques.
Un savoir-faire depuis 1857 Fondée en 1857 par Louis Toulet, un menuisier qui voulait diversifier sa fabrique de meubles, la maison lilloise n'a pas changé beaucoup de mains en un siècle et demi. Dans les années 1950, le premier repreneur Jacques Magnies crée l'usine de Bondues. Il la transmettra à son fils Olivier qui, lui-même, a cédé l'affaire l'an passé à Marc-Alain Deledalle. Cet entrepreneur trentenaire, passionné de billard, vit son rêve. Entré dans l'entreprise en l'an 2000 en tant que commercial, Marc-Alain Deledalle en connaissait parfaitement les rouages pour pouvoir dépoussiérer la vieille dame en perte de vitesse. Aujourd'hui, il réalise le même chiffre d'affaires qu'au moment de la reprise (1,5M€) mais il a embauché deux personnes et il dégage 25K€ de résultat repassant en positif. Il ambitionne une croissance annuelle de 10% et passé le seuil des 1.000pièces, il investira, c'est promis.
Fabrication artisanale Le jeune repreneur a fait le pari de vendre une fabrication «100% française», à la main. Il a fait le ménage dans ses sous-traitants pour limiter au maximum l'impact des importations de pièces nécessaires à la fabrication. Aujourd'hui, seuls certains pieds de tables proviennent de Belgique et le fond du billard en ardoise d'Italie. Des accessoires, comme les porte-queues, les chaises et minibars, sont désormais produits dans l'atelier maison. Idéal pour assortir le bois du billard à son environnement.
Virage marketing Les Billards Toulet ont aussi pris un virage marketing radical. Marc-Alain Deledalle, «artisan intelligent», féminise le billard, devenu un objet de décoration à part entière qui séduit une nouvelle clientèle rajeunie.
Le billard devient table Sa recette? Adjoindre un plateau au billard qui permet de le transformer facilement en table de salle à manger. L'espace habitable est devenu trop précieux et trop cher pour en gaspiller le moindre mètre carré. À tel point que 80% des billards Toulet vendus dans la capitale sont des billards-tables. La clientèle potentielle double en un tour de main. Fini aussi l'aspect uniquement rustique! Le design fait son entrée. Quitte à choquer, comme il le dit, Marc-Alain Deledalle relooke le billard, prenant ainsi des allures contemporaines.
Cap à l'international L'objectif du repreneur désormais est d'exporter ce savoir-faire, recentré sur le moyen et le haut de gamme. Pour atteindre une part d'export de 30% d'ici 4 à 5ans, il compte mettre en place du volontariat international en entreprise (VIE) et vise les pays nordiques, la Russie et les Émirats Arabes Unis, dans un premier temps: des pays riches ou des territoires où les nuits hivernales sont longues. Joueur, Marc-Alain Deledalle vient aussi de créer en avril la Toulet Academy, sorte d'école pour apprendre dès le plus jeune âge les rudiments du billard.
Renforcer la vente directe En France, la vente aux particuliers représente 65% du business et doit encore s'accentuer face à la désaffection des cafés. Marc-Alain Deledalle veut également «développer de plus en plus la vente directe». Ses équipes livrent et installent d'ailleurs les billards dans toute la France. La vente aux entreprises demeure, quant à elle, plus anecdotique surtout en période de crise. À moins que le billard masqué sous la table de réunion trouve sa clientèle.
Géry Bertrande
À Bondues, il y a tout juste un an, Marc-Alain Deledalle, 30ans, reprenait la société Toulet, l'un des derniers fabricants français de billards. Ce jeune entrepreneur a su bien s'entourer pour redonner un second souffle à l'enseigne artisanale fondée en 1857. Aujourd'hui, il innove avec ses billards-tables et son académie.