Berger-Levrault : La piste du déménagement se précise

Berger-Levrault : La piste du déménagement se précise

Une décision est attendue avant la fin de cette année quant au transfert possible de Berger-Levrault de la rue Curie vers le futur quartier Innométro. Avec 400 salariés, Labège constitue le plus gros site de l'éditeur de logiciels pour le secteur public et la santé.

Chez Berger-Levrault, classé 11e au Truffle 100- le palmarès des éditeurs de logiciels français-, il ne reste a priori pas grand-chose de Nicolas Levrault, imprimeur officiel de la Grande Armée de Napoléon. Pas plus que de Frédéric Guillaume Schmuk, libraire à Strasbourg, fondateur de la maison qui édita, entre autres, les mémoires du général De Gaulle. Et pourtant, à bien y regarder, «notre métier n'a guère changé: nous sommes toujours des délivreurs de données, qui agrégeons du contenu pour le diffuser au plus grand nombre!», sourit Christophe Gabette, directeur délégué du groupe.

L'entreprise a en tout cas su tirer profit de sa proximité historique avec l'État pour se forger une expertise dans la connaissance de la réglementation publique. «En 1981, nous avons par exemple été les premiers à proposer aux mairies des logiciels de gestion», indique Christophe Gabette. Une activité qui était encore marginale, comparée à l'édition d'imprimés et d'ouvrages administratifs- type carnets de santé- qui faisait alors la notoriété de Berger-Levrault. Mais avec la cession de la branche graphique de l'entreprise en 2000, une page s'est tournée.

Un positionnement affirmé au fil de rachats
Primée en mars dernier aux European Software Excellence Awards pour sa solution «e.enfance», Berger-Levrault revendique la place de «premier éditeur multicanal d'information et de solutions de gestion en Europe». Un positionnement qui s'est affirmé au fil d'opérations de rachat de PME éditrices de solutions de gestion pour le secteur public- ici un logiciel de comptabilité pour maisons de retraite, là une solution de paye pour conseils généraux, etc.- jusqu'à atteindre son périmètre actuel de 1.000collaborateurs sur une dizaine de sites.

«Pour des raisons administratives, notre siège social est installé à Paris mais le gros de nos troupes (presque 400 salariés, ndlr) est ici, à Labège», indique Christophe Gabette. Un «bastion» qui correspond à l'ancienne implantation de l'entreprise Magnus, entrée dans le giron du groupe Berger-Levrault il y a une quinzaine d'années.

Comme toutes les autres sociétés rachetées, devenues filiales dans un premier temps, Magnus a disparu en 2009 au profit d'une entité unique, baptisée Berger-Levrault SA, qui adresse deux grands marchés : les administrations publiques locales et déconcentrées de l'État (80 % de l'activité) et les établissements de santé et d'action sociale. « Nous comptons aujourd'hui plus de 60.000 clients, qui vont des structures de très petite taille aux grandes métropoles», précise le directeur délégué, pour qui l'une des clés de la réussite de Berger-Levrault est «la proximité. Malgré notre taille, nous avons choisi de ne pas externaliser la production de nos logiciels et de conserver nos plates-formes hotline en France.»

Autre ingrédient du succès: «l'innovation. Sur nos 1.000 collaborateurs, environ un quart sont des développeurs informatiques, auxquels s'ajoutent des experts métiers. Pour conserver notre place, nous devons sans cesse nous remettre en question.» Au 1er janvier dernier a d'ailleurs été mis en place un comité de l'innovation (lire interview ci-dessous). L'initiative «BL2020» en est une autre illustration. «Il y a 18 mois, nous avons décidé de travailler avec l'ensemble de nos collaborateurs sur l'entreprise de demain. Une dizaine de séminaires ont permis de les réunir par grands métiers et de leur poser à tous une même question : "Comment imaginez-vous Berger-Levrault en 2020?" Il s'agissait pour eux de réfléchir aux évolutions prévisibles au niveau de nos clients, de nos produits et services mais aussi de leur propre façon de travailler.»

Mieux prendre en compteles attentes des citoyens
De ce brainstorming géant, qui s'est achevé en février dernier, sont ressorties près de 3.000 idées, «quelques unes loufoques mais la plupart très sérieuses, admet Christophe Gabette. L'une des conclusions a été que les outils de gestion fournis par Berger-Levrault continueraient de s'adresser aux agents de l'administration publique mais seraient aussi- et de plus en plus- utilisés directement par les citoyens. Cette tendance, nous la constatons déjà dans le domaine de la petite enfance par exemple. Désormais, grâce à notre solution "e.enfance", les familles peuvent se connecter à tout moment à une application, portée par la collectivité, leur permettant de réserver une place en crèche, de consulter les menus de cantine, d'éditer leur facture, etc.»

Une évolution qui implique, pour Berger-Levrault, de «faire évoluer une partie de notre activité vers du B to C. Même si la mission de service public reste définie par notre client direct qu'est l'État ou la collectivité, nous devons prendre en compte les attentes des citoyens, usagers, patients, etc. et être force de proposition.»

Une expérience de télétravail
Autre conclusion : «l'entreprise de 2020 sera multimodale. C'est déjà vrai aujourd'hui et ça le sera encore plus demain, avec des collaborateurs qui aspirent à travailler différemment, depuis chez eux ou dans des lieux de coworking par exemple.» Depuis octobre, une quarantaine de collaborateurs expérimentent le télétravail jusqu'à deux jours par semaine. «Nous souhaitons aller beaucoup plus loin», annonce Christophe Gabette, pour qui «tout cela impliquera probablement de repenser l'entreprise physiquement.» Un paramètre important à prendre en compte alors que le bail de l'immeuble de Labège (5.700m² de bureaux) arrive à son terme. Si la direction de Berger-Levrault se refuse à confirmer ou infirmer l'information, un projet de déménagement de la rue Pierre et Marie Curie vers le futur quartier Innométro est très probable. «Une décision sera prise d'ici à la fin de cette année», conclut Christophe Gabette.

Berger-Levrault


(Paris) Directeur général : Pierre-Marie Lehucher Environ 1.000 collaborateurs (dont 400 à Labège) CA 2011 : 94,8 M€ www.berger-levrault.fr