C’est à plus de 6 000 kilomètres de la France, en Inde, que se trouve Benjamin Parent lorsqu’il nous raconte l’aventure qu’il mène depuis 2023. Il vient alors tout juste d’arriver à New Delhi. "Il y a une densité de population incroyable et une pollution tellement dense qui prend directement aux bronches, détaille-t-il d’emblée. C’est l’aventure !"
Déjà plus de 5 000 kilomètres parcourus
A 36 ans, le fondateur de Trees on the Way effectue un tour du monde à la rencontre d’entrepreneurs à impact, tout en alliant un défi sportif de taille. Fin 2024, il a déjà pédalé sur plus de 5 300 kilomètres et rencontré une dizaine de patrons œuvrant pour la planète.
Le coup d’envoi de son aventure a été donné à Skema, à Sophia Antipolis, en 2023. L’école de commerce dont il est diplômé est l’un de ses partenaires, aux côtés de la Fondation Sophia Antipolis ou du Rotary.
Benjamin Parent avait déjà parcouru nombre de kilomètres dans sa vie avant d’entamer ce drôle de périple. À la fin de ses études, avec "dans les tripes cette envie de voyage", il s’envolait alors pour l’Australie dans l’idée de trouver du travail dans une ferme, après avoir vu un reportage sur M6. L’expérience se passe mal, il y est "exploité". Mais pas de quoi pour autant reprendre l’avion dans l’autre sens. Il travaillera dans un club de tennis, un restaurant français, au zoo de Melbourne, comme voiturier dans un hôtel… Des petits boulots ouverts aux étrangers pour gagner suffisamment d’argent afin de découvrir du pays et vivre "un vrai roadtrip avec des péripéties incroyables".
À Dubaï, les premières interrogations sur le développement durable
Après deux ans à l’autre bout du monde, il rentre en France et cherche du travail. À 24 ans, il peut encore postuler à un VIE (Volontariat International) et "repartir à l’étranger". Il poursuivra finalement son chemin à Aix-en-Provence, recruté par Tesla. L’entreprise d’Elon Musk est alors quasi inconnue en France en 2015. Elle est idéale pour le passionné d’automobile qu’est Benjamin Parent, et dont l’intérêt pour l’écologie n’a cessé de grandir depuis ses 18 ans, "marqué par le documentaire "Une vérité qui dérange" d’Al Gore". Idéal en théorie. "L’ambiance y était extrêmement toxique, les employés pressurisés, avec un management par la peur pour faire toujours plus de chiffre. J’y ai vu des gens prêts à vraiment tout pour être promus, qui n’ont que l’argent comme boussole. L’horreur."
Benjamin Parent y travaillera pourtant plusieurs années, à Bordeaux, puis à Dubaï comme responsable du développement commercial. "C’est là où je me suis vraiment interrogé sur ce qu’était le développement durable, le sustainable development que vendaient alors toutes les boîtes. Comment faire du profit et être durable à la fois ? Je me suis beaucoup renseigné, informé encore et encore." Il démissionne finalement en 2019 et rentre se ressourcer dans sa Bourgogne natale. "J’avais besoin de voir la nature, les arbres."
Interviews, livre et documentaire
Déjà envisagé quelques années plus tôt dans un coin de sa tête, son projet de tour du monde commence peu à peu à prendre forme dans son esprit. Alors qu’il doit s’associer dans une start-up de mini-frigo sans fluides polluants, le projet tombe à l’eau à cause du Covid. Il devient capitaine de bateau pour une entreprise hollandaise, navigant entre Marseille et Gênes, et peut ainsi mûrir et préparer ce futur périple à vélo. "Il a fallu trouver des financements (crowdfunding, sponsors et partenaires… NDLR) et faire face à beaucoup de questionnements pour arriver à un projet cohérent : aller à la rencontre d’entrepreneurs à impact que j’avais identifiés, réaliser leur interview pour en faire un livre et un documentaire. Pour savoir comment combiner écologie et économie, viabilité financière et impact."
Innovations made in Italie, Grèce ou Albanie
Entrepreneuriat et voyage, Trees on the Way lui aura enfin permis de tout conjuguer. Ainsi, en Italie, il rencontre le fondateur d’une entreprise qui crée des véhicules modulaires électriques, "qui peuvent s’emboîter comme des Lego. C’était super intéressant." En Albanie, celui d’une entreprise qui travaille au recyclage et à la stérilisation de matériel médical. "Dans ces pays-là, tout est rejeté dans la nature sans aucun traitement, explique celui qui a pédalé entre des décharges à ciel ouvert sur le bas-côté de nombreuses routes. On se retrouve alors avec des seringues qui viennent polluer les nappes phréatiques."
"On ne fait que réinventer la roue en permanence ! Je me rends compte que plus on se rapproche de la nature, plus l'entreprise est cohérente."
En Grèce, une société de nanomatériaux qui développe et commercialise des vitrages solaires à transparence variable pour l’agriculture. En Turquie, une autre qui plante des graines dans les zones difficiles d’accès grâce à ses écoDrones. D’autres encore qui utilisent l’aquaponie sur des parkings de centres commerciaux pour en alimenter directement les restaurants ou créent du cuir végétal à base de chutes d’olives. "En fait, on ne fait que réinventer la roue en permanence ! Je me rends compte que plus on se rapproche de la nature, plus l’entreprise est cohérente. C’est vraiment ce que je peux dire après ces rencontres et des années de recherche sur le sujet."
Benjamin Parent a ainsi identifié 21 entrepreneurs à impact positifs qui incarnent autant de solutions concrètes à la transition écologique. Et tous les 21 kilomètres parcourus, grâce à une pépinière devenue partenaire, un arbre est collecté pour être planté à son retour. D’où le nom de Trees on the Way, littéralement "les arbres sur le chemin".
Mais ce sera après avoir bouclé ses trois étapes. Les deux prochaines le conduiront en Asie du Sud-Est et au Japon, puis sur le continent américain.
D’ici là, il compte bien s’accorder une semaine dans un ashram indien pour "faire un peu de méditation et de yoga" histoire de reprendre des forces et de se ressourcer.