Le bâtiment freiné, l’économie aussi : la Fédération Française du Bâtiment (FFB) avertit le nouveau Premier Ministre Sébastien Lecornu et appelle le gouvernement à prendre les mesures nécessaires. "Nous avons un Premier ministre, très bien, mais il faut aller vite", commente Olivier Salleron, président de la FFB, réclamant un gouvernement resserré et efficace, capable de s’attaquer aux urgences du secteur. Parmi celles-ci, trois priorités, pointe le patron de la fédération du bâtiment : relancer le logement locatif privé, redonner de la visibilité à la rénovation énergétique et corriger le système de recyclage des matériaux.
Remplacer le Pinel et sauver la rénovation énergétique
Sur le logement, la FFB plaide pour la création d’un statut du bailleur privé. Ce mécanisme, censé succéder au Pinel, doit offrir un cadre fiscal incitatif pour relancer l’investissement locatif. "Sans alternative, pas de vente", rappelle-t-il, pointant le plongeon continu de la promotion immobilière. Deuxième attente forte : la rénovation énergétique, considérée comme le "cataclysme" de l’année. Les aides "instables et rabotées" ont découragé les ménages comme les professionnels. La fédération réclame un dispositif clair et pérenne.
Enfin, la FFB s’attaque à la REP PMCB (responsabilité élargie du producteur pour les matériaux de construction). Taxés de 0,5 à 3 % sur les matériaux neufs, les professionnels dénoncent des services de collecte inefficaces, couvrant à peine 7 à 10 % du territoire. "On paie pour rien", martèle le président de la fédération. Redoutant un retour des dépôts sauvages si rien ne change, il appelle à une refonte totale du dispositif.
Récession confirmée en 2025
La FFB constate que l’ensemble du secteur reste plongé dans le rouge. L’activité totale reculerait de 3,4 % en 2025, avec un logement collectif à -5,7 % et un non résidentiel à -8 %. Le marché reste atone, en dépit d’une légère reprise des permis et des mises en chantier.
Le seul signe positif vient de la maison individuelle : +10 % sur sept mois et +24 % sur trois mois. Une embellie liée au retour du prêt à taux zéro, effectif depuis avril, et à la stabilisation des taux d’intérêt autour de 3,5 %. Les ventes progressent de près de 40 %, permettant à de nombreux artisans de retrouver un peu d’activité.Mais la fédération relativise : après deux années d’effondrement de 70 %, le rattrapage reste limité.
Dans le collectif, la situation reste préoccupante. Si le plan de relance de CDC Habitat et Action Logement en 2024 a permis de sauver temporairement des projets, le président alerte sur le fait que ces organismes "ne feront pas le coup de pouce chaque année". La FFB pointe en outre l’absence d'"effet municipales", qui aurait pu entraîner une reprise de l’activité du bâtiment.
La rénovation énergétique en crise profonde
Autre sujet d’inquiétude, l’effondrement de la rénovation énergétique, moteur de la transition écologique. En 2025, l’activité reculerait de 0,8 % en volume. La FFB pointe la responsabilité des décisions politiques : "MaPrimeRénov' totalement instable" et des aides supprimées du jour au lendemain sur certains travaux (chaudières, isolation, fenêtres).
"L'instabilité a mis à terre beaucoup d'entreprises et beaucoup de salariés au chômage"
Résultat : des ménages déboussolés, des entreprises démobilisées, et un écart croissant avec les objectifs climatiques. Beaucoup de petites structures avaient misé sur ce marché, en recrutant et en formant du personnel spécialisé. Certaines se retrouvent désormais fragilisées, voire en cessation d’activité. "L'instabilité a mis à terre beaucoup d’entreprises et beaucoup de salariés au chômage", confirme Olivier Salleron.
Suppression de 30 000 postes
Si la fédération constatait depuis 2020 une croissance de l’emploi, celui-ci subit dorénavant lui aussi les conséquences de la crise. Pour la troisième année consécutive, il est en recul : "Sur le premier semestre 2025, 30 000 postes, dont 22 000 salariés ont été détruits dans le bâtiment". Les entreprises tentent néanmoins de limiter les licenciements, conscientes de la difficulté à recruter à moyen terme. "Nous continuons à embaucher et à former, car nous savons qu’un jour cela va redémarrer", souligne le président de la FFB.
Les défaillances, très nombreuses en 2024, marquent un léger ralentissement cette année, mais la situation reste fragile. De nombreuses TPE, notamment dans la maison individuelle ou la rénovation, n’ont pas survécu au manque de chantiers. "C’est un drame humain et économique", poursuit Olivier Salleron.
450 000 logements par an à construire
Au-delà de ces chiffres alarmants, la fédération veut alerter sur l’effet macroéconomique de la crise. Le logement reste le premier poste de dépenses des ménages, représentant près d’un tiers de leur budget. Rappelant que l’investissement dans la construction et la rénovation rapporte bien plus qu’il ne coûte – 20 milliards d’euros dépensés par l’État pour le logement génèrent environ 93 milliards de retombées fiscales –, la FFB appelle à "construire beaucoup plus et rénover avec force".
"Nos concitoyens ne peuvent plus se loger dignement"
Et la fédération de constater que, sans reprise du bâtiment, la croissance française restera bridée. Elle s’appuie en ce sens sur une étude récente sur les besoins en logement publié par le Service des données et études statistiques (SDES, service statistique des ministères en charge de l’énergie, des transports, du logement). Celui-ci chiffre entre 350 000 et 450 000 logements par an les besoins de construction jusqu’en 2030, quand la production actuelle plafonne à 250 000. "Nos concitoyens ne peuvent plus se loger dignement", insiste la fédération, rappelant que le mal-logement touche aujourd’hui "plus de 1,3 million de personnes". La FFB organisera le 16 octobre son Sommet de la construction, avec un objectif clair : remettre ces enjeux au cœur du débat politique, à quelques mois des municipales. En attendant, elle appelle l’exécutif à agir vite.