Les artisans du bâtiment que représente la Capeb se mobilisent, ce mercredi 17 décembre, dans toute la France pour faire part de leur exaspération. Comment va se dérouler cette mobilisation ?
Des représentants de la Capeb ont obtenu une soixantaine de rendez-vous dans des préfectures. Dans le même temps, une quarantaine de Capeb départementales organiseront des conférences de presse et une trentaine se mobiliseront devant les préfectures. On voulait être reçu par l’État sur l’ensemble du territoire pour faire preuve de nos doléances.
Cela fait de longs mois que le secteur du bâtiment est dans le dur. Pourquoi vous mobiliser aujourd’hui ? C’est lié au vote du Budget ?
Bien sûr que le vote du Budget 2026 est important pour les artisans du bâtiment et nous avons quelques revendications à ce sujet. Cette semaine, le ministre de la Transition énergétique devrait aussi faire un point sur la gestion des déchets, la REP (responsabilité élargie du producteur, NDLR), suite au moratoire engagé par Agnès Pannier-Runacher. Cela nous laisse une fenêtre de tir assez courte pour dire à l’État, aux députés et aux sénateurs, que l’artisanat du bâtiment est un élément essentiel de structuration de la société. Et que cela fait plus de deux ans qu’on fait face à une baisse d’activité.
Comment se matérialisent ces difficultés ?
En France, on a détruit à peu près 40 000 emplois dans les entreprises de moins de 10 salariés de l’artisanat du bâtiment depuis deux ans. On a détruit à peu près 15 000 entreprises. On ne peut pas continuer à dire : "circulez, il n’y a rien à voir !". L’artisanat du bâtiment est en train de vivre un plan social, qui ne se voit pas. On ne demande pas de dilapider les finances publiques, mais on demande que des décisions soient vraiment arbitrées. Entre la dissolution, les censures et les remaniements, ces décisions n’ont pas été tranchées et cela joue en défaveur des petites entreprises que nous représentons.
"La difficulté de nos hommes politiques à prendre des décisions favorise une perte de confiance des consommateurs et dégrade le marché"
Certes, le secteur de la construction est en crise du fait de l’effondrement du logement neuf. Mais, nous sommes en train de fragiliser le secteur de l’artisanat. Il est constitué de TPE qui devraient perdurer malgré les crises, parce que le segment de l’entretien-rénovation devrait être dynamique et celui de la rénovation énergétique devrait être très dynamique. Mais, la difficulté de nos hommes politiques à prendre des décisions favorise une perte de confiance des consommateurs et dégrade le marché. Il nous faut donc recréer un climat de confiance sur des éléments simples, sans que cela coûte à l’État.
L’une de vos demandes concerne l’accès au marché, avec les aides à la rénovation énergétique versées par l’État aux consommateurs, MaPrimeRénov'. Qu’attendez-vous de l’État à ce sujet ?
Revenons à un financement simple et cohérent. Les changements permanents déstabilisent les consommateurs et fragilisent les entreprises. À partir de janvier par exemple, l’isolation des murs et les chaudières biomasse ne seront plus prises en compte, ce qui est catastrophique pour les artisans.
Il faut aussi que MaPrimeRénov' s’inscrive dans un parcours de travaux sur plusieurs années — 4 ou 5 ans -, un laps de temps suffisant, qui permet aux ménages de s’organiser sur le plan financier. Aujourd’hui, beaucoup de ménages n’ont pas les moyens financiers pour être éligibles à ce dispositif, qui doit être un accompagnement financier et pas une prise en charge totale des travaux de rénovation énergétique.
Au niveau des traitements des déchets, les artisans se plaignent d’un dispositif payant qui ne fonctionne pas…
Sur la REP, le traitement des déchets du bâtiment, on veut revenir à la loi Agec, c’est-à-dire un bon maillage territorial de points de collecte et de la gratuité. On l’a redit au ministre : la loi Agec implique un maillage territorial, pas de déchetteries sauvages et de la gratuité puisqu’on a déjà payé l’impôt. Et là on nous explique, qu’on va supprimer les maillages et remonter l’impôt parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour pouvoir traiter les déchets ! On a déjà engagé un travail avec le ministre pour faire un état des lieux territoire par territoire.
Vous demandez aussi des mesures contre le statut de micro-entreprise, comme l’abaissement de seuil de franchise de TVA à 25 000 euros (contre 37 500 euros aujourd’hui) et la limitation du régime de la microentreprise à deux ans. Pourquoi ?
Dans le bâtiment, la déclaration d’Urssaf moyenne est de 7 000 euros, ce qui veut dire que beaucoup d’entrepreneurs sous le statut de micro-entreprise sont précaires, avec peu de droits à la retraite, etc. Nous voulons un statut fiscal et social qui les protège au mieux et qui leur permette de faire une vraie carrière. N’oublions pas que la Capeb a été créée après-guerre pour lutter contre le tâcheronnage, notre vocation est de protéger les petits. Or là, nous avons la sensation de revivre cela : nous sommes en train de créer des jeunes précaires. C’est une vraie bombe à retardement !
Cela crée aussi une distorsion de concurrence entre ceux qui appliquent la TVA et ceux qui en sont affranchis…
Entre 5, 10 et 20 % de décalage de marges. Ce n’est pas négligeable ! Il faut donc accompagner la transformation de la micro-entreprise vers un régime de droit commun.