Axens et Michelin veulent industrialiser le "pétrole vert" de la chimie
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Axens et Michelin veulent industrialiser le "pétrole vert" de la chimie

Michelin et Axens s’apprêtent à unir leurs forces pour accélérer l’industrialisation du 5-HMF, une molécule biosourcée appelée à remplacer certains dérivés du pétrole dans la chimie. Derrière ce partenariat se dessine une ambition plus vaste : faire émerger un standard mondial de la chimie verte, en misant sur une technologie française et un déploiement industriel à grande échelle.

Une première unité de production doit entrer en service début 2027 sur le site Michelin de Péage-de-Roussillon — Photo : DR

Et si la prochaine molécule stratégique de la chimie mondiale ne venait plus du pétrole, mais du sucre ? C’est le pari de Michelin et d’Axens. Les deux groupes français sont entrés en négociations exclusives pour industrialiser le 5-HMF (5-hydroxyméthylfurfural), un intermédiaire biosourcé développé par ResiCare avec IFP Energies nouvelles (IFPEN) promis à devenir l’un des piliers de la chimie décarbonée.

Une première unité de production, d’une capacité d’environ 3 000 tonnes par an, doit entrer en service début 2027 sur le site Michelin de Péage-de-Roussillon (Isère). En décembre dernier, le manufacturier clermontois avait annoncé 45 millions d’investissement conjoints pour le démonstrateur Dragonfly, première étape d’industrialisation du 5-HMF.

Industrialiser le 5-HMF

Au-delà de cette usine pilote, l’objectif est de vendre la technologie sous licence afin de multiplier les unités dans le monde.

C’est le groupe parisien Axens (605 M€ de CA en 2024 ; 2 200 salariés), spécialiste des procédés et du licensing pour l’industrie chimique et énergétique, qui prendra en charge la diffusion industrielle de cette innovation à l’échelle internationale. Une répartition des rôles classique : l’un invente, l’autre transforme l’innovation en standard industriel.

"Nous sommes convaincus que le 5HMF a vocation à devenir une molécule plateforme de référence pour la chimie durable. Notre projet de partenariat avec Axens constitue un levier déterminant pour accélérer son déploiement à l’échelle mondiale et répondre à une demande croissante en solutions biosourcées performantes", déclare Laurent Lemonnier, président de Michelin ResiCare.

Substitut aux dérivés pétrochimiques

Le 5-HMF pourrait devenir à la chimie ce que le SAF (carburant alternatif issu de matières premières durables) est à l’aérien : une brique essentielle de la décarbonation. Produite à partir de biomasse, cette molécule peut remplacer plusieurs dérivés pétrochimiques, notamment le formaldéhyde, dans la fabrication de résines, d’adhésifs, de solvants ou de polymères. Elle ouvre également la voie au PEF, un plastique biosourcé considéré comme l’un des candidats les plus crédibles pour succéder au PET dans les emballages alimentaires, les bouteilles ou les fibres textiles.

Le 5-HMF pourrait devenir à la chimie ce que le SAF (carburant alternatif issu de matières premières durables) est à l’aérien : une brique essentielle de la décarbonation — Photo : JDE

Pour Axens, l’opération s’inscrit dans une stratégie de diversification. Historiquement positionné sur le raffinage et les procédés pétroliers, le groupe accélère son développement dans les technologies bas carbone, le recyclage chimique et les molécules biosourcées. En devenant le partenaire industriel du 5-HMF, il se place sur un marché appelé à croître sous l’effet des réglementations environnementales et de la demande des industriels pour des matières premières renouvelables.

Michelin, expert en chimie des matériaux durables ?

Pour Michelin, ce partenariat illustre aussi la mutation d’un manufacturier qui valorise désormais son savoir-faire en chimie des matériaux bien au-delà du pneumatique. Avec ResiCare (une cinquantaine de salariés), le groupe cherche à faire émerger de nouvelles activités à forte valeur ajoutée dans les adhésifs et les matériaux durables. Comme il le fait notamment en rachetant début 2026 des entreprises américaines spécialistes des composites polymères, comme Tex Texh Industries ou Cooley Group. Ou en s’associant au CNRS pour inventer le caoutchouc de demain.

Au-delà de l’annonce, le succès dépendra désormais d’un facteur clé : la capacité du 5-HMF à atteindre un coût compétitif face aux molécules fossiles.

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