Avec l’agrément du CNES, le site meusien de LGM Group s’ouvre les portes du spatial
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Avec l’agrément du CNES, le site meusien de LGM Group s’ouvre les portes du spatial

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Le site meusien du groupe LGM vient d’obtenir du Centre national d’études spatiales, le CNES, l’agrément de savoir-faire en câblage manuel de cartes électroniques. Une reconnaissance qui propulse l’usine de Marville, historiquement tournée vers la défense, sur le marché du spatial.

Pour réussir à recruter 40 salariés répondant aux exigences spécifiques de LGM ces trois dernières années, les équipes de Marville ont fait passer 500 entretiens d’embauche. L'activité du site de Marville, tournée à 95 % vers la Défense, est en croissance — Photo : Sébastien Lelièvre

Parfois, la machine ne peut pas tout faire. Sur le site LGM de Marville, dans la Meuse, des opérateurs sont amenés à souder à la main des fils d’or, quatre fois plus fin qu’un cheveu, sur des cartes électroniques qui iront dans l’espace. Un savoir-faire à mi-chemin entre l’artisanat et l’industrie, qui vient d’être reconnu par le Centre national d’études spatiales, le CNES.

"Un permis de câbler"

Pour le groupe d’ingénierie LGM, basé à Vélizy-Villacoublay dans les Yvelines, cette certification marque un tournant stratégique. Le groupe, qui affiche 170 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et s’appuie sur 1 600 collaborateurs, dispose déjà d’une activité dans le spatial orientée vers le conseil et la gestion de projet, pesant 11 millions d’euros. Désormais, il passe à la vitesse supérieure en accédant aux produits de vol. "L’agrément de savoir-faire, c’est un permis de câbler. Comme on peut avoir un permis de conduire, nous avons décroché un permis de câbler des cartes électroniques de vol", illustre Guillaume Petit, le directeur industriel du site de Marville. En France, seules onze entreprises, dont sept PME, appartiennent à ce club très fermé capable de câbler des cartes électroniques répondant aux exigences du CNES.

250 000 euros investis spécifiquement pour l’agrément

L’obtention de ce précieux sésame n’a rien d’une formalité. Elle couronne deux années de travail et un investissement en fonds propres de 250 000 euros de la part de l’entreprise. "L’agrément de savoir-faire concerne uniquement l’usine de Marville, puisqu’il reconnaît un savoir-faire local", précise Guillaume Petit. LGM a dû acquérir des fers à braser de haute précision, capables de monitorer les températures au degré près, de nouveaux binoculaires et bâtir une cabine pour vernir afin de protéger les composants du vide cosmique.

Des milliers de pages d’instruction

Le processus exigeait de soumettre des "cartes de test" à des épreuves extrêmes simulant la vie d’un satellite : des vibrations calquées sur le décollage d’une fusée et des cycles thermiques allant de -80°C à 150°C pendant deux mois. À l’issue, le CNES procède à des découpes des cartes pour les scruter au microscope et traquer la moindre fêlure au cœur de la soudure. Sur les 67 catégories de boîtiers électroniques initialement proposées par le site, 55 ont validé ces critères draconiens. En parallèle, l’équipe LGM de Marville a formalisé sa liasse documentaire : "Nous avons dépassé le millier de pages d’instructions. C’est notre trésor de guerre".

Des millions d’euros investis et à investir pour transformer le site de Marville

Fleuron industriel français dont les origines remontent à la création de la société Meusonic en 1978, connue localement sous le nom d’Arelis et propriété de LGM depuis 2021, le site de Marville est en pleine mutation. En 2022, le site réalisait un total de 8 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’exercice en cours devrait permettre d’atterrir sur un volume d’activité compris "entre 22 et 24 millions d’euros" estime Guillaume Petit. Actuellement, l’activité du site de Marville est tournée à 95 % vers la Défense.

Les équipes de LGM et du CNES ont salué l’obtention de l’agrément — Photo : LGM Group
40

Et pour suivre la cadence imposée par les grands donneurs d’ordres, il a fallu recruter : "Nous avons intégré 40 ETP en trois ans, et nous prévoyons de continuer à ce rythme, soit 40 ETP sur les trois prochaines années", fixe le directeur industriel de LGM. Pour pouvoir installer son personnel, LGM a prévu de construire un bâtiment de 800 m2, pour agrandir de "25 % la surface industrielle de Marville", précise Guillaume Petit.

Sur les trois dernières années, le groupe a déjà dépensé 1,6 million dans les bâtiments et s’apprête à remettre 1,9 million d’euros sur les trois prochaines années. Autre poste d’investissements, les outils liés à la production et les machines. "Nous avons injecté 2,5 millions d’euros les trois dernières années, et nous avons programmé 3,7 millions d’euros dans les trois prochaines", détaille Guillaume Petit.

"Nous embarquer dans des affaires New Space"

L’agrément délivré par le CNES ressemble à un sésame commercial et devrait encore accélérer la croissance de l’activité à Marville. Pour Guillaume Petit, "le retour économique est quasiment immédiat". Avant même la validation finale, la réputation de cette démarche rigoureuse et l’engagement du groupe LGM ont suscité des marques d’intérêt, notamment de la part de donneurs d’ordre belges. De plus, l’essor du New Space, soit le secteur spatial opéré par des acteurs privés finançant leurs propres risques, offre un relais de croissance. "Nos prospects nous disent qu’ils savent que nous sommes capables, donc ils veulent nous embarquer sur des affaires New Space", se réjouit Pierre Guillaume.

"Aujourd'hui, ce sont des métiers très peu mécanisables. On est sur de l'artisanat électronique"

Grâce à l’agrément, LGM peut désormais répondre directement aux appels d’offres des maîtres d’œuvre et équipementiers pour des programmes de satellites de télécommunication, d’observation ou d’exploration. Pour le directeur industriel du site de Marville, "c’est une nouvelle cour de récréation qui s’ouvre à nous".

L’excellence des "mains d’or" meusiennes

Au-delà des investissements matériels, ce succès repose intégralement sur le capital humain, l’usine de Marville cultivant une véritable culture de la microélectronique de niche en salle blanche. "Aujourd’hui, ce sont des métiers très peu mécanisables. On est sur de l’artisanat électronique", insiste Guillaume Petit. Face à la rareté de ces profils en France, soit seulement entre 200 ou 300 opérateurs, le site a créé sa propre filière de formation interne. Pour recruter ses 40 derniers salariés, l’entreprise a examiné 500 candidatures en trois ans, transformant des profils issus de la coiffure, du commerce ou de la logistique en spécialistes après 6 à 9 mois d’apprentissage.

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