Face aux accidents du travail, les Cram (Caisses régionales d'Assurance-maladie) assurent différentes missions auprès des entreprises. Outre la gestion des cotisations liées à ces sinistres, elles participent à prévenir les risques professionnels. Éclairages avec Christian Prat, ingénieur-conseil à la Cram Pays de la Loire.
Que revêt la notion de prévention pour la Cram? Comment s'organisent ses actions sur le terrain?
Aider les entrepreneurs à offrir le maximum de sécurité est notre préoccupation. Toute activité humaine comporte des risques, issus de la juxtaposition du danger et de l'homme. Il s'agit non de les supprimer mais de les maîtriser. C'est ainsi que les entreprises pourront atteindre le «zéro accident». En France, seize caisses agissent à échelle régionale. Travaillant aux côtés des autres structures de prévention (médecins du travail, branches professionnelles, INRS, etc.), chacune est centrée sur une ou deux thématiques. Les Pays de la Loire sont notamment très actifs sur les risques routiers. Informant et conseillant, nous encourageons les employeurs à voir dans l'évaluation des risques - une obligation pour eux - un outil propice à bâtir un solide plan d'actions.
Au niveau national, l'indice de fréquence des accidents de travail avec arrêt a été divisé par trois en 50 ans mais la baisse stagne depuis. Comment décryptez-vous ces deux phénomènes?
La diminution est à attribuer d'abord à la meilleure prise en compte des risques professionnels par les entreprises. Autre facteur: la désindustrialisation des emplois. Les personnes sont forcément moins exposées dans un bureau que dans une fonderie. Concernant la stagnation, la Cram ne veut pas croire qu'il y ait un taux incompressible. Mais chercher à réduire la fréquence des accidents du travail, c'est un peu comme... courir le 100m! Plus on progresse, plus il est difficile de s'améliorer. La conjoncture économique, enfin, joue sans doute. Quand elle est favorable, les employeurs font davantage appel à la main-d'oeuvre extérieure. Or les intérimaires, connaissant souvent peu l'entreprise pour laquelle ils interviennent, sont aussi moins bien formés face aux risques professionnels. D'où des accidents du travail les touchant hélas régulièrement.
Sur quels terrains la Cram compte-t-elle avancer?
Nous voulons désormais inciter les entreprises à privilégier un management intégrant aussi bien le souci de la qualité, de l'environnement que celui de la sécurité. Donner davantage de place à la maîtrise des risques professionnels durant la formation initiale est aussi une priorité. Mais il faut aller plus loin encore en prenant les risques à leur source. La dimension sécurité peut, par exemple, être intégrée dès la conception des lieux de travail. Quand la Pyramide du Louvre fut érigée, tous saluaient sa splendeur architecturale. Mais personne ne savait... comment la nettoyer.
Enfin, si vous aviez un message à adresser aux employeurs, quel serait-il?
Que la prévention constitue un acte de gestion à part entière de l'entreprise!