Le fait de passer d'un système de tarifs d'achat réglementés à un système d'appels d'offres, dans le solaire, a généré « un trou d'air » dans l'activité d'Armorgreen. « Notre CA 2014 lié à ce domaine va être divisé par deux par rapport à l'an passé et atteindra 20 M€. Or, le solaire représentait 95 % de notre chiffre d'affaires total jusqu'à fin 2013 », explique son dirigeant Pascal Martin. Le niveau du marché français a, lui, été divisé par trois passant de 1.500 à 500 Mégawatts de 2011 à 2013. La tendance ces prochaines années oscillera entre 500 et 1.000 MW. En cinq ans, de 2008 à 2013, l'activité d'Armorgreen est passée de zéro à 40 millions d'euros, « avec une rentabilité convenable ». Mais cette forte croissance va être stoppée en 2014 qui sera en stagnation, au même niveau que 2013. Le business perdu dans le solaire sera compensé par la méthanisation. Cette activité encore embryonnaire - premiers pas en 2011 - va passer de 2 à 20 M€ de CA en 2014. Malgré cette année stable en général, les perspectives sont « très positives » pour les années à venir. « Au premier semestre 2014, nous avons réalisé une excellente moisson en rentrant 20 MW de projets, soit 40 M€ de CA potentiel 2015-2016. »
Réajustements
Les perspectives sont donc assez positives. « Le solaire est en train de devenir une énergie compétitive en coût de revient. Nous savons produire à 0,15 €/kWh en Bretagne et 0,12€/kWh dans le Sud-Ouest. » Pascal Martin n'a qu'un regret : avoir dû se séparer de son équipe de pose (20 % de ses effectifs) cette année. En cause : la concurrence des salaires à bas coûts et l'accentuation du caractère cyclique de l'activité. « C'est un maillon de la chaîne de valeur que nous sous-traitons depuis à 80 %. » Armorgreen avait réussi à passer au travers des licenciements économiques jusqu'à maintenant, mais a été contraint d'y passer conservant tout de même 20 % de ses équipes de pose pour des tâches à haute valeur ajoutée.
Méthanisation : des projets en Bretagne, Gironde et Vendée
Concernant la méthanisation, Pascal Martin souligne : « Notre présence sur ce marché est accélérée par l'acquisition externe que nous avons faite avec AEB MethaFrance en 2013, année de restructuration. » Début 2014, AEB a été axée sur les installations agricoles en France et Armorgreen sur des grands projets territoriaux. Actuellement, le groupe mène trois projets significatifs : 11 M€ à Locminé, pour 1,6 MW installés, la plus importante de Bretagne qui va produire directement du GNV en 2015. Le chantier commence ce mois-ci. Le deuxième plus gros chantier (10 M€) se fera dans le Médoc en 2015-2016 pour 1,5 MW installés. Les dernières autorisations sont attendues. Enfin, en 2016-2017, le troisième projet se fera en Vendée : 8 M€ pour 1,2 MW.
Perspectives « contrastées »
Les perspectives sont pourtant « contrastées ». Le secteur de la méthanisation est encore fragile. « Nous sommes toujours en phase pionnière. Quatre confrères ont mis la clé sous la porte cette année. Nous avions un gros chantier de 3 M€ en Normandie, sur lequel nous travaillions depuis trois ans, qui représentait un tiers de notre CA en méthanisation agricole et pour lequel nous avions eu toutes les autorisations. La construction devait commencer ce mois-ci... Finalement, une commission de l'Ademe à Paris a dit non. Il sera donc reporté ou carrément annulé. Accrochez-vous bien, nous avons reçu un courrier de l'Ademe invoquant la proximité de la Baie du Mont-Saint-Michel (à 50 km !) et nous reprochant l'utilisation d'une technologie innovante non éprouvée (l'hydrolyse) que nous sommes en train de déployer en France et qui a fait ses preuves en Allemagne. En fait, il s'agit de prétextes de façades pour faire plaisir à des associations germanopratines traumatisées par l'affaire de la ferme des "1.000 vaches" en Picardie, dénonce Pascal Martin. Avec de tels louvoiements, je vous laisse imaginer que les 1.000 méthaniseurs annoncés par le gouvernement en 2020 ne sont pas près de voir le jour... On aura même du mal à atteindre la moitié de l'objectif. »
Rénovation énergétique, éolien, biomasse et international
Autre domaine d'activité qui porte Armorgreen, sa filiale Baoène enregistre de bons taux de croissance : + 50 % par an depuis sa création en 2011. Cette structure d'aide à la rénovation énergétique auprès des particuliers - « un modèle économique nouveau » - doit atteindre l'équilibre cette année avec un CA de 2 M€ et 70 projets depuis sa création. En éolien et biomasse bois, Pascal Martin continue d'explorer des pistes de croissance externe. « Nous avons aussi mis un pied dans le domaine innovant des énergies marines renouvelables (EMR). » L'international est une autre piste qui va occuper 80 % de son temps, pour le solaire et la méthanisation.
Énergie À La Mézière, Pascal Martin a développé la méthanisation pour faire face à « un trou d'air » dans son activité solaire, dont les règles ont changé. Le dirigeant d'Armorgreen mise désormais aussi sur l'international pour sa croissance, rendue compliquée en France.