Jean-Sébastien Bessière s’apprête à écrire le troisième grand chapitre dans l’histoire d’Arkolia. En 2009, il cofonde le producteur d’énergies renouvelables (250 salariés, CA 2023 : 190 M€), basé à Mauguio (Hérault) près de Montpellier, aux côtés de son associé Laurent Bonhomme. En 2021, après le décès de ce dernier, il lui succède comme président, formant un nouveau tandem de direction avec Katia Sigaud, nommée directrice générale. Puis, en fin d’année 2024, il acte le passage de l’entreprise dans le giron de deux nouveaux actionnaires majoritaires : les fonds Mirova, branche de Natixis Investment Managers dédiée à l’investissement durable, et BNP Paribas Asset Management. La transaction se monte à 200 millions d’euros.
"Notre croissance imposait de trouver de nouveaux partenaires pour accompagner plus substantiellement notre plan stratégique. C’est, de plus, un signal fort que nous envoyons au marché. Mirova est le pionnier de l’investissement renouvelable en Europe depuis 20 ans. Et de son côté, la BNP vient à peine de créer son fonds, qui réalise son premier investissement chez un énergéticien avec Arkolia", commente Jean-Sébastien Bessière.
Une nouvelle capacité à faire
Les actionnaires sortants (Bpifrance, Société Générale et les occitans Irdi et Soper) avaient injecté environ 15 millions d’euros dans Arkolia en 2018. L’arrivée de Mirova et de la BNP, quant à elle, se traduit par une capacité d’investissement de 100 millions d’euros mise à disposition de l’entreprise. Celle-ci, munie d’un nouveau business plan à 10 ans, prévoit de doubler tous ses indicateurs de performance, à terme. Elle projette ainsi de dépasser les 500 millions d’euros de chiffre d’affaires et d’intégrer plus de 350 collaborateurs dans les années à venir. À l’horizon 2028, elle vise le seuil d’un gigawatt de puissance installée (contre 750 MW à ce jour), sur la foi de sa croissance actuelle : après avoir livré plus de 500 projets d’énergie verte en 2024, elle devrait en construire 700 en 2025. "La capacité à délivrer 600 ou 700 projets par an nécessite de franchir un cap. Au-delà des moyens d’investir, nous avons dû également nous réorganiser pour rendre nos process plus efficaces. Un grand plan de digitalisation, mobilisant 2 millions d’euros d’investissement, nous a permis de changer d’ERP et d’installer de nouveaux outils d’automatisation et d’intelligence artificielle", souligne Jean-Sébastien Bessière, précisant que ce plan est encore en cours de déploiement.
Un poids lourd du solaire en toiture
En s’adossant à ses nouveaux partenaires, Arkolia entend d’abord consolider sa position de deuxième producteur indépendant d’électricité pour le photovoltaïque en toiture sur le marché français. "Nous délivrons 180 MW par an sur ce segment, contre 80 à 100 MW en moyenne chez nos concurrents", précise le dirigeant.
Jusqu’ici, Arkolia s’est concentrée sur les bâtiments neufs, mais l’entreprise pivote de plus en plus vers les bâtiments existants, ciblant par exemple les infrastructures industrielles, les bases logistiques des grands comptes et de la GMS, ou encore les exploitations agricoles. Elle est aidée en cela par l’évolution réglementaire, comme la loi sur les énergies renouvelables de 2023, qui impose notamment à la GMS l’installation de panneaux photovoltaïques sur les grands parkings extérieurs d’ici 2028.
Des contrats de long terme rémunérateurs
Un autre axe de croissance pour Arkolia réside dans les contrats de long terme d’approvisionnement en électricité (CPPA en anglais). En 2023, l’entreprise, soutenue par Bpifrance, a signé le premier du genre en France avec le groupe Bonduelle : elle fournit 13 GWh d’électricité renouvelable aux sites français de l’industriel avec un prix garanti sur 20 ans. En 2025, Arkolia vient de signer un nouveau CPPA avec un grand opérateur télécom, pour "un contrat de plus grande ampleur" que Bonduelle, dont les contours seront dévoilés sous peu.
Le potentiel du biogaz
Au global, les actifs de l’énergéticien se répartissent entre les projets qu’il développe pour son propre compte (80 % du portefeuille) et ceux qu’il construit pour des clients extérieurs (20 %). "C’est un ratio que nous voulons garder à l’avenir. Il est important d’avoir un volet de clients qui nous font remonter leurs besoins, car il nous faut rester compétitifs en termes de prix", fait valoir le président d’Arkolia. À noter que si le solaire se taille la part du lion dans son activité, l’éolien accuse aujourd’hui un passage à vide. "Il faudra être réaliste en 2025, car on voit l’opposition des élus se durcir sur le sujet", admet Jean-Sébastien Bessière.
Pour sa part, le biogaz progresse bien, au point qu’Arkolia investit, depuis 2013, dans ses propres brevets pour installer des unités de ce type (15 à ce jour, 2 de plus en développement en 2025). "Depuis 2024, nous exploitons nous-mêmes ces unités de biogaz. Nous proposons même la mixité d’offre avec le solaire, car il est vital de piloter toute notre production pour mieux opérer sur le marché de l’énergie", souligne le dirigeant.
Les vertus de l’autoconsommation
Par ailleurs, le nouveau tour de table permet à Arkolia de progresser aussi sur les sujets d’innovation. Depuis 2 ans, l’entreprise travaille avec la PME tarnaise Sirea, spécialiste de l’électricité industrielle, pour développer de nouveaux systèmes de stockage d’énergie à destination des petites centrales solaires et des clients en autoconsommation. "Nous utilisons des batteries de seconde main qui n’ont pas passé les tests de l’industrie automobile", précise Jean-Sébastien Bessière. Ce partenariat avec Sirea a aussi permis à Arkolia de remporter un appel à manifestation d’intérêt auprès de la Région Occitanie pour son nouveau siège social de Mauguio. Implanté au sein du Parc Industriel Or Méditerranée (PIOM) près de l’aéroport, il dispose d’un système de redistribution construit autour d’une grande ombrière de 600 KW : le surplus d’énergie produit par Arkolia peut profiter, dans une boucle d’autoconsommation collective, aux entreprises voisines du PIOM, y compris dans des bornes de recharge pour véhicules électriques. Encore en test, le dispositif sera opérationnel cet été.
Élargissement du FCPE
Le fait de s’appuyer sur le fonds Mirova n’est pas un choix anodin pour Jean-Sébastien Bessière, qui confie une vision commune avec Mirova. "Ce fonds n’est pas qu’un investisseur : il finance plusieurs actions dans la RSE, ce qui nous a plu en tant qu’acteur du renouvelable", insiste-t-il. Bien que Mirova et la BNP soient devenus majoritaires au capital, le FCPE (fonds commun de placement en entreprise) ouvert en 2021 au profit des salariés est maintenu et élargi. Si 80 % des effectifs y ont souscrit à ce jour (et restent actionnaires, tout comme le fondateur lui-même), une nouvelle collecte va s’étendre jusqu’à l’été 2025 pour en faire bénéficier les dernières recrues intéressées.
La panne des énergies vertes
Cette culture de la RSE s’observe jusque dans les murs du nouveau siège, qu’Arkolia a réceptionné en juillet 2024. Fruit de 10 millions d’euros d’investissement, le bâtiment de 3 100 m2 est issu d’un process de conception atypique. "Il résulte de la consultation de tous les salariés. Certains d’entre eux ont été désignés pour former l’équipe projet qui a proposé divers équipements, comme des espaces de travail très ouverts. Ou encore la création d’une agora, où nous tenons des "coffee meetings" (discussions matinales, NDLR) sur des sujets tels que l’énergie nucléaire ou le covoiturage", illustre Dorothée Pizzagalli, directrice de la communication d’Arkolia.
Le nouveau siège est, en effet, un enjeu d’image à plus d’un titre pour l’entreprise. D’une part pour attirer de nouveaux talents. D’autre part pour porter un message clair dans un débat de plus en plus tendu autour des énergies vertes, alors que des députés proposent de supprimer l’Ademe ou que Donald Trump promet un nouveau boom pétrolier. "Il semble que le débat autour de la décarbonation s’oriente vers les réacteurs de type EPR. Mais si notre ambition collective est d’assurer notre indépendance énergétique, cela passera aussi par les acteurs comme Arkolia qui, dans les territoires, proposent des solutions pour être toujours plus autonomes", espère Jean-Sébastien Bessière.