Nantes
Après une décennie à peaufiner son concept, Bat'Ipac veut cartonner le milieu du bâtiment
Nantes # BTP # Start-up

Après une décennie à peaufiner son concept, Bat'Ipac veut cartonner le milieu du bâtiment

S'abonner

Fondée en 2012, Bat'Ipac propose un matériau en carton pour construire des murs de maisons et de bâtiments tertiaires avec une empreinte carbone très faibles. Après plus de dix ans de tests, l’entreprise commence à obtenir la reconnaissance du monde du bâtiment. Elle cherche à lever 3,5 millions d’euros, dont un million d’euros est déjà sécurisé, pour dupliquer son modèle et passer à des marchés de masse.

Alain Marboeuf, dirigeant de Bat’Ipac, cherche à lever 3,5 millions d’euros dans les mois à venir — Photo : Benjamin Robert

La maison est en carton, pirouette, cacahuète… Cet air de comptine connu de tous a peut-être de beaux jours devant lui ! Car c’est sur le carton qu’a misé l’entreprise nantaise Bat’Ipac pour construire des maisons individuelles, des surélévations d’immeubles, ou encore des bâtiments tertiaires comme des écoles. Fondée en 2012, l’entreprise basée à Saint-Aignan-Grandlieu compte aujourd’hui 6 salariés et 17 000 m² de bâtiments installés. "Avec un recul de dix ans, nous avons aujourd’hui la preuve de concept que notre matériau en carton recyclé, baptisé IPAC, n’induit pas de freins architecturaux, et répond à toutes les normes. Nous sommes d’ailleurs certifiés par SMABTP, le leader des assurances de la construction", s’enthousiasme Alain Marboeuf, dirigeant et fondateur de Bat’Ipac.

IPAC permet de bâtir des murs avec du simple carton alvéolé — Photo : Benjamin Robert

Lauréate Start West en 2024, l’entreprise souhaite aujourd’hui démocratiser son modèle, et peser sur des marchés de masse. Pour ce faire, elle souhaite lever 3,5 millions d’euros, avec d’ores et déjà un million d’euros sécurisés. "Avec cette somme, nous embaucherons une trentaine de personnes, notamment pour faire le suivi des marchés, et former les bureaux d’études et charpentiers à la mise en œuvre de ce nouveau matériau", ajoute Alain Marboeuf.

Bat’Ipac peut déjà produire sur sa ligne jusqu’à 200 logements par an en carton — Photo : Benjamin Robert

Les avantages du carton face au parpaing

La matière première est fournie par DS Smith Packaging, une entreprise britannique. Mais surtout, cette matière ne semble pas manquer pour accompagner l’entreprise dans sa conquête du monde du bâtiment. "En France, six millions de tonnes de carton par an sont recyclées, soit 35 à 40 %. À l’échelle mondiale, c’est seulement 15 %. Le reste va à l’enfouissement ou l’incinération. Il y a donc encore une grande marge de manœuvre sans avoir besoin de déforester. De plus, le matériau est recyclable 25 fois sur lui-même", analyse Alain Marboeuf. Ce dernier explique aussi avoir misé sur le carton plutôt que sur d’autres matériaux biosourcés comme la paille ou le chanvre, car la chaîne de recyclage existe déjà. De plus, grâce à ses facultés d’isolant, l’IPAC remplace à la fois les parpaings et la laine de verre dans les murs. "Cela aboutit à des murs moins épais. Sur un bâtiment de 10 mètres sur 10, il est possible de gagner environ 7 m² supplémentaires avec notre solution", appuie le dirigeant. De plus, IPAC est moins lourd qu’un parpaing, ce qui facilite les travaux de surélévation de certains bâtiments pour les ouvriers. Au niveau du prix, IPAC se veut dans la même gamme qu’une construction classique.

Les épaisseurs de matériaux IPAC peuvent varier en fonction du nombre de couches de carton — Photo : Benjamin Robert

Une dimension sociale forte

Afin de créer son matériau IPAC avec les planches de cartons reçues de son fournisseur, Bat’Ipac a créé une ligne de production qui se revendique low-tech. Les planches de carton sont simplement assemblées les unes aux autres avec de la colle. Leur nombre délimite ensuite l’épaisseur voulue du matériau. "Il n’y a aucun système d’automatisation. Nous faisons appel à des structures d’insertion, comme des ESAT, ou travaillons avec des prisons pour faire de l’insertion professionnelle auprès des prisonniers. Les tâches sur la ligne sont simples. Avec 10 personnes, une ligne de production peut produire 200 logements en une année", prévoit le dirigeant, qui a reçu le label de l’association Ruptur. Dans un monde du bâtiment en crise, Bat’Ipac se tourne aujourd’hui vers les bailleurs sociaux, sensibles à sa démarche sociétale. L’entreprise travaille notamment avec Brest Métropole Habitat, et Domanys à Auxerre. "En 2025, nous devrions installer une seconde ligne de production directement au sein d’un ESAT dans le centre de la France. Nous avons également des contacts pour en installer d’autres dans le Nord, en Normandie, et près de Limoges. Nous disséminerons plusieurs lignes à travers le territoire pour produire au plus proche des chantiers", prévoit le dirigeant. À l’heure où des giga-factorys peuvent montrer des problèmes de résilience, miser sur une myriade de mini-factorys semble une pirouette (et cacahuète) pertinente.

Nantes # BTP # Bâtiment # Start-up # RSE # Créations d'emplois # Transition écologique # Infrastructures