À Crailsheim, en Allemagne, le spécialiste japonais des engins de chantier Yanmar (21 500 salariés) fermera les portes de son site de production fin 2025. Sur les 340 emplois concernés, 50 seront relocalisés sur le site de services et de formation de Rothenburg, en Allemagne. Les 290 salariés restant seront licenciés. Pour maintenir son niveau de production, Yanmar s’apprête à relocaliser une partie de son activité sur son site de Saint-Dizier, en Haute-Marne.
En Haute-Marne, l’entreprise fabrique des mini-pelles. L’industriel y est installé sur un site de production de 54 000 m² où près de 18 machines sont assemblées par jour par 480 salariés. Le haut-marnais, qui réalise 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, compte un second site logistique de 23 000 m², situé à Marnaval, près de Saint-Dizier. À Crailsheim, l’industriel fabrique des chargeuses sur pneus, des pelles sur pneus et des midi-pelles, un type de pelleteuses de taille intermédiaire. Il s’agit des deux seuls sites de production européens du japonais, qui appartiennent à la filiale Yanmar Compact Equipment Europe. Ces derniers, de taille équivalente, produisent à 80 % pour l’Europe et à ses frontières au Moyen-Orient, en Turquie ou encore en Israël. L’entreprise commercialise ensuite ses produits à travers un réseau de distributeurs, mais également en vente en direct auprès de grands comptes.
Restructurer l’outil industriel européen
Pour évoquer l’opération, l’entreprise préfère évoquer une "restructuration", plutôt qu’une relocalisation. "Cette consolidation nous permettra d’exploiter notre capacité industrielle de manière plus efficiente, en concentrant les opérations sur un site unique. Saint-Dizier dispose d’infrastructures adaptées, d’un espace suffisant et de bonnes capacités de stockage", explique Stéphane Lampaert, directeur du site Yanmar Compact Equipment de Saint-Dizier. "Cette évolution stratégique s’inscrit dans la volonté de Yanmar Compact Equipment de renforcer sa présence sur le marché européen, identifié comme un levier de croissance clé pour le groupe", vise Yanmar, dans un communiqué.
70 créations d’emplois en Haute-Marne ?
"C’est concret, c’est massif : 70 emplois supplémentaires, un site renforcé, et la Région Grand Est qui devient la base industrielle européenne du groupe japonais", explique sur ses réseaux sociaux Franck Leroy, le président de la Région Grand Est. Sur les 70 postes, 40 concernent la production, 20 la R & D et 10 pour les fonctions support. "Ce chiffre pourrait évoluer en fonction des perspectives de marché dans les années à venir", anticipe le groupe. "L’intégralité de l’activité de prototypage revient à Saint-Dizier. Pour certains profils ingénierie, nous sommes conscients que le recrutement sera plus difficile. Mais pour la main-d’œuvre, nous ne sommes pas très inquiets", lance le directeur de site Yanmar de Saint-Dizier.
Le rapatriement doit permettre la création de 70 emplois à Saint-Dizier, mais n’est pas synonyme de 70 recrutements. Une majorité des postes sont d’abord ouverts en interne, et permettront en effet à des salariés du site haut-marnais d’évoluer sur de nouveaux postes. L’entreprise procédera ensuite à des recrutements en externe, en plusieurs phases. "L’augmentation de l’activité est une excellente nouvelle pour le site de Saint-Dizier. Cela dit, nous recevons cette annonce avec un sentiment partagé, car elle implique des conséquences humaines importantes, notamment pour nos collègues du site de Crailsheim", regrette le directeur de site.
6,5 millions d’euros pour une extension
Pour faire face au rapatriement d’une partie de la production, le site Yanmar de Saint-Dizier va être agrandi de 13 000 m² en surface terrain, et 7 000 m² en surface de bâtiment. En effet, le Haut-Marnais récupère une ligne de production de chargeuses sur pneus. "La ligne d’assemblage des chargeuses sera installée là où est situé actuellement notre magasin. Nous préparons donc la création d’un nouveau magasin", décrit Stéphane Lampaert. Quant aux pelles à pneus, elles seront désormais produites en sous-traitance, sous la supervision de l’entreprise. Le site haut-marnais reprend également les activités de finition des midi-pelles produites au Japon.
Les travaux sont déjà lancés, et doivent prendre fin d’ici début janvier 2026 pour permettre l’entrée en production de la réalisation en série des chargeuses à Saint-Dizier. Les opérations prévoient encore la réorganisation des halls de production, l’aménagement de nouveaux espaces, bureaux et installation dédiés au renforcement de R & D notamment.
Un potentiel d’extension supplémentaire
"Après l’annonce de la fermeture du site de Crailsheim, nous n’avions que quelques mois devant nous pour faire les travaux nécessaires. Concernant les équipements, nous restons à l’identique par rapport au site de Crailsheim : nous n’avons pas le temps de faire la révolution", poursuit le directeur de site. À pleine puissance, le site devrait produire 4 chargeuses par jour. "Historiquement, nous étions plutôt à 7, mais cela dépend de l’évolution du marché", ajoute Stéphane Lampaert.
Pour prévoir une future reprise du marché, "le site est dimensionné pour accompagner notre croissance jusqu’en 2030 et au-delà, avec un potentiel d’extension supplémentaire", poursuit le directeur de site.
Une activité cyclique
Yanmar Compact Equipment Europe a connu une baisse de son chiffre d’affaires de 40 % en 2024. En 2024, les deux sites européens de Yanmar ont réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, contre 500 millions d’euros en 2022. "La baisse d’activité a commencé en 2023. Elle est liée à la baisse de l’activité économique. Dans notre secteur, du fait de l’incertitude, nos clients, qui sont par exemple des maçons, attendent pour commander. Cela donne des cycles très marqués. Quand l’activité redémarrera, alors tout le monde commandera en même temps", décrit Stéphane Lampaert.