Apprentissage : Les Bac+3 et Bac+5 aussi
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Apprentissage : Les Bac+3 et Bac+5 aussi

Formation Un nouveau Campus des métiers en construction à Brest, un site internet sur l'alternance en Bretagne*, l'apprentissage a le vent en poupe. Et il n'est pas forcément réservé aux BEP et CAP. De plus en plus, on forme ainsi des ingénieurs et managers.

«Le Finistère se caractérise par un nombre d'apprentis de niveau Bac+2 ou Bac+3 plus élevé [que dans les autres départements bretons]», note Monique Le Cam, dans une analyse de la Direccte Bretagne sur l'apprentissage. Signe que le département a pris le virage de la mutation de l'apprentissage. Celui-ci n'est en effet plus seulement réservé aux CAP, BEP ou brevets professionnels. Depuis quelques années, les diplômes d'ingénieur ou de management par apprentissage connaissent un certain succès. Dans les services, l'apprentissage se fait de plus en plus, même là où on l'attend moins. Dans la banque, par exemple, le Crédit agricole, le 17mars dernier, organisait un job dating dans quatre villes bretonnes pour recruter 200 apprentis pour la rentrée 2012. À la clé: des formations en alternance sur les métiers commerciaux et bancaires en bac+3, 4 et 5. «En 2011, 26% des 243 embauchés en Bretagne étaient issus de l'alternance», précise la banque verte. «À l'ESC Bretagne Brest, c'est quelque chose que nous faisons depuis longtemps. 1996 pour être exact», explique Philippe Le Glas, directeur de l'école. Il concerne 80% de leurs étudiants en dernière année d'étude. «Nous recevons environ 200 offres d'entreprises, beaucoup plus que nous n'avons d'apprentis potentiels.» Le système séduit les PME et PMI du territoire en leur permettant de "s'offrir" un jeune diplômé, de le former au métier et l'esprit de leur entreprise. C'est pour continuer à les intéresser que l'ESC entretient avec soin son réseau.






Autonomie

Parmi ces sociétés, Vehco France, (ex-Elomobile). La société brestoise d'informatique embarquée fait régulièrement appel au réseau d'écoles locales: l'ESC, mais aussi l'Enib, Telecom Bretagne, l'Ensta Bretagne, etc. «Un apprenti permet de faire un travail sur le long terme», indique Frédéric Serre, le dirigeant. Deux apprentis, l'une de l'ESC pour le marketing, l'autre de l'Ensta pour l'informatique, travaillent en ce moment dans l'entreprise. «On ne leur fait pas faire de petites tâches. Ils sont autonomes. Par exemple, la tutrice de notre apprentie en marketing a quitté l'entreprise. C'est moi qui aie pris le rôle de tuteur, mais elle a géré le service seule en attendant le remplacement à la tête du service marketing», raconte Frédéric Serre.




Besoin d'apprentis en agro

«En Finistère, il y a encore du retard sur les Bac +3 par rapport à d'autres régions», prévient cependant Lionel Modeste, chef du service concerné à la Région Bretagne. Mais la progression est, sur deux ans, de+48%. Pour les Bac +4 et +5, l'évolution est de+19% sur deux ans, avec un tassement cette dernière année. «Simplement parce qu'il y avait eu beaucoup de créations de places dérogatives en 2009 ? 2010. Cela se normalise la seconde année», explique Lionel Modeste. Celui-ci note aussi que, dans le Finistère, «le gros des troupes en apprentissage sont les ingénieurs». Sans oublier l'agroalimentaire. L'Ifria à Quimper, l'organisme de formation spécialisé, avec ses licences pro en production et logistique notamment, est un pourvoyeur d'apprentis. «Mais ce n'est pas vraiment dans la tradition de ces industries», fait remarquer Lionel Modeste. Pourtant, Philippe Faure, responsable formation chez Monique Ranou à Quimper, aimerait, lui, trouver plus d'apprentis. «C'est très dur. Même en revoyant le salaire des apprentis à la hausse», regrette-t-il. Un manque d'intérêt qui s'explique sans doute par l'image peu valorisante de l'agroalimentaire. «On aimerait former des gens en brevet professionnel. On a des postes à pourvoir sur les lignes.» Mais quid des formations plus valorisantes en bac +3 ou ingénieurs? «On aimerait créer un vivier. Parmi les gens que l'on a formés, trouver ceux qui peuvent évoluer vers ce genre de diplômes», explique Philippe Faure. «On n'en est malheureusement pas encore là», précise-t-il. Car l'apprentissage est un équilibre entre offre et demande, comme l'explique Philippe Portal, directeur de L'Ifac, à Brest. «Contrairement à l'enseignement continu, on répond d'abord aux besoins des entreprises.» *www.bretagne-alternance.com

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