Le fabricant de véhicules de loisirs Antilope VAN (70 salariés, CA de 30 M€ en 2025) va vite, très vite. Lancée en 2021 par le groupe bretillien AAA Group Invest, l’entreprise basée à Coëtmieux (Côtes-d’Armor) a pris ce marché concurrentiel par surprise en développant des vans aménagés sur la base d’un Renault Espace version campeur, avec un positionnement audacieux : des prix bas pour des véhicules tout équipés. Et proposant une grande modularité.
Résultat, 450 vans vendus en 2024, 620 en 2025 et un objectif de 1 000 unités en 2026. Avec un carnet de commandes affichant complet pour les six mois à venir. Et une entreprise qui se déclare rentable.
Pas de méthode "Easy Jet" : tout est compris
"Nos concurrents appliquent un peu la méthode "Easy Jet" : on commence à 20 euros et on finit à 100 avec les options, raconte Sara Boggio, responsable marketing d’AAA Group Invest. Nos véhicules sont, eux, vendus tout équipés." Ils disposent ainsi de série de chauffage, de chauffe-eau, d’équipements de tente, de panneaux photovoltaïques de toit qui assurent 50 % de la consommation, d’un accroche vélo… "Un parapluie est aussi compris. Un parapluie tempête car nous sommes en Bretagne", sourit Jean-Luc Prod’Homme, responsable technique.
Quant aux prix, le Flex 5, van de cinq places sorti en 2023 et qui peut être utilisé comme un véhicule normal, affiche un prix de 62 400 euros. "Contre 70 000 euros au même niveau d’équipement chez nos concurrents", affirme le responsable. Une autre version, le Flex + affiche même un prix de 51 900 euros.
Internalisation de la conception à la fabrication
L’équation pour réussir cette offre prix – équipements tient à l’internalisation de la conception des équipements des vans et des étapes de fabrication. Un travail réalisé par le bureau d’études de la PME, qui va doubler le nombre de ses collaborateurs pour arriver à six personnes. "Tout ce qu’on met à l’intérieur des vans a été conçu en interne, jusqu’aux faisceaux électriques", souligne Jean-Luc Prod’Homme. Exemple avec les systèmes d’eau usée et d’eau propre. Le groupe est aussi mis à contribution puisque c’est une autre de ses filiales, Alpha Display (Calvados), qui réalise le stickage (apposer les autocollants de la marque) des véhicules.
Des sacs d’extérieurs signés Guy Cotten
Concernant la fabrication, la majeure partie est fabriquée dans l’usine de Coëtmieux, par les ateliers menuiserie, de préparation, carrosserie… La partie des 1 500 pièces qui composent l’aménagement des vans réalisée ailleurs est confiée à des fournisseurs proches, pour limiter le coût des transports. "60 % des matières viennent de Bretagne, 70 % de France", pointe Jean-Luc Prod’Homme. Exemples avec le bois, venant de forêts sarthoises gérées de façon durable, le contre-plaqué également produit dans la Sarthe, et le grand sac contenant les équipements extérieurs des vans qui vient des ateliers du finistérien Guy Cotten.
Une usine agrandie en 2024
Pour accompagner la montée en puissance des ventes, Antilope VAN a agrandi en 2024 l’usine qu’elle avait intégrée en 2021. L’outil s’étend désormais sur 5 000 m² contre 2 000 m² à sa sortie de terre. "L’investissement a été financé sans prêt par le groupe", pointe Sara Boggio.
La production a été rationalisée. La chaîne de montage a été pensée suivant le système du Takt time. "Les véhicules avancent de poste en poste suivant un temps donné, qui permet une répartition des tâches et un équilibrage de ligne", reprend le dirigeant.
Depuis le 1er janvier 2025, Antilope VAN s’est dotée de l’ERP de l’entreprise grenobloise Open-Prod. "Avec cet outil, nous ne produisons plus qu’à l’ordre de fabrication (document donnant l’ordonnancement de la production du véhicule, NDLR), qui est envoyé à tous les ateliers et tous les postes, apprécie Jean-Luc Prod’Homme. Le flux des composants et l’organisation sont optimisés."
Le déploiement commercial est en cours
L’objectif est de produire plus pour répondre à l’augmentation des ventes, d’autant que cette montée en charge s’accompagne d’un déploiement commercial accru. Si le site de Coëtmieux dispose d’un showroom, baptisé Antilope VAN center, d’autres espaces similaires ont ouvert à Rennes (2022), Nantes (2025) et début 2026, à Caen. Ces succursales entièrement dédiées aux quatre modèles de la marque réalisent 50 % des ventes. Parallèlement, les vans aménagés sont également distribués dans une quarantaine de concessions automobiles. La clientèle est constituée principalement des retraités et pré-retraités.
Du Made in Breizh en Allemagne
Antilope VAN distribue également ses véhicules à l‘étranger. "Nous sommes présents en Allemagne, qui est le premier marché européen, depuis le 1er janvier 2025, avec l’ouverture du premier Antilope VAN à Düsseldorf, annonce Sara Boggio. Le Gwenn ha du (drapeau breton) figure même sur les vêtements des vendeurs car la Bretagne est connue en Allemagne, grâce aux touristes qui viennent chez nous en vacances." Les véhicules se retrouvent également en Belgique et aux Pays Bas, via six points de vente de l’importateur B Rent, qui collaborait déjà avec le groupe. Devrait bientôt suivre le Luxembourg.
Des projets dans les cartons
Parmi les autres projets, figure le lancement d’une offre de location courte des vans de la PME costarmoricaine. "Il y a de la demande et cela pourrait servir d’essai pour des acheteurs", remarque la responsable marketing.
Antilope VAN est une filiale du groupe AAA Group Invest basé à Bruz, près de Rennes. Créé en 2000 et dirigé par Jacques Herlem, il comprend également Alpha Display, Altus Utilitaires (location longue durée) et Ecorent et Ecoplan Renting (location longue durée pour les professionnels de l’automobile), ainsi que la société immobilière Ad Fon.