L'Eurométropole en partenariat avec Brownfields, vient de lancer le programme de reconversion de l'ancienne raffinerie Petroplus, à Reichstett, où va naître une nouvelle zone d'activité de 82 hectares : l'Eco Parc Rhénan. Un chantier chiffré à quelque 40 millions d'euros pour la dépollution du site, la démolition des installations et l'aménagement de la future zone qui devrait disposer d'ici à huit ans de 350.000m² de bâtis pour l'implantation d'activités artisanale, logistique et industrielle. Les premières livraisons sont attendues pour 2017. Ce projet représente une bouffée d'oxygène pour l'agglomération strasbourgeoise « qui ne dispose actuellement plus que de sept hectares pour l'implantation d'activité industrielle », indique Jean-Luc Herzog, vice-président de l'Eurométropole en charge des parcs d'activité. Mais aussi pour l'Alsace, à l'échelle de la future grande région. Les grands terrains (supérieurs à 5ha) à disposition de l'activité industrielle et logistique se comptent ici sur les doigts d'une main, là où ils sont légion chez nos voisins lorrains et champenois. Neuf lots dans le Bas-Rhin (au Port de Lauterbourg, sur le parc d'innovation d'Illkirch, au Port autonome de Strasbourg, sur la plateforme d'activité de Brumath...) et une quinzaine dans le Haut-Rhin (parc d'activité économique de Rouffach, zone de Ensisheim-Riedisheim, Parc d'activité de Thann-Cernay, Technoparc de l'EuroAirport...). Et, malgré quelques projets encore dans les cartons notamment la reconversion de friches, sur ce territoire à forte densité bloqué entre un fleuve et une montagne, les possibilités de nouveau foncier disponible seront plus limitées.
Un enjeu politique
« Ce n'est cependant pas un élément discriminant, estime Philippe Choukroun, directeur général de l'Agence d'attractivité de l'Alsace (AAA). Il n'y a en Europe quasiment plus de projets d'implantation industriels de la taille de ceux que l'on a connus au siècle dernier. Les gros investissements se font aujourd'hui ailleurs ». L'enjeu est donc de valoriser l'espace encore disponible afin de favoriser le développement des entreprises déjà présentes sur le territoire ou d'attirer des projets de moindre importance. Et des offres à moins de 5ha, il y en a encore beaucoup, comme le confirme Vincent Froehlicher, directeur général de l'agence de développement économique du Bas-Rhin (Adira), qui fusionnera en janvier avec son homologue du Haut-Rhin (Cahr). « L'argument du terrain à lui tout seul n'est rien sans une offre plus globale et sophistiquée : des zones bien équipées, et accessibles, connectées, etc », modère-t-il. L'enjeu relève de la sphère politique.
Un frein aux nouveaux projets ?
Or, dans le cadre d'ACAL, l'Alsace sera en concurrence avec deux autres territoires. « La loi NOTRe rebat les cartes avec un schéma où la Région arbitrera à l'échelle d'un territoire plus vaste et où le rôle des intercommunalités va monter en puissance », reconnaît Vincent Froehlicher, qui ne s'aventure pas plus avant sur le sujet, précisant simplement que l'Adira « qui a déjà en interne des compétences dans l'ingénierie foncière, devrait disposer d'une cellule forte d'accompagnement des collectivités. Cela est inscrit dans notre contrat d'objectif ». Un établissement public foncier local - projet inscrit au programme de Philippe Richert, président de Région Alsace et candidat à la présidence de la future grande région - pourrait voir le jour et permettrait d'optimiser les infrastructures existantes et de structurer les projets. Le budget réduit à peau de chagrin des conseils départementaux constituera sans doute un frein au développement de nouvelles plateformes départementales et la plupart des communautés de communes ne sont pas outillées techniquement et financièrement pour porter la création de nouvelles zones d'activité.
Un écosystème attractif
Le directeur général d'AAA Philipe Choukroun reste cependant confiant. « L'Alsace est et restera attractive dans le cadre de la grande région grâce à son écosystème : ses domaines de compétences, en matière d'innovation et dans des champs comme le médical par exemple, la présence d'universités et d'un vivier de chercheurs, une main-d'oeuvre qualifiée parlant plusieurs langues, sa proximité à l'Allemagne ou encore son ouverture à l'international... ». Reste à trouver l'adéquation entre les volontés politiques et les besoins immédiats des entreprises. Malgré l'offre foncière encore disponible, beaucoup de zones restent vides alors qu'un certain nombre d'entreprises ayant un projet de développement peinent à trouver terrain à leur pied, bien souvent pour des raisons de situation géographique. « La localisation constitue un enjeu dans une optique de valorisation du foncier et des sites particuliers, ceux disposant de noeuds intermodaux intéressants par exemple », pointe Olivier Schmitt, directeur aménagement du territoire de la CCI Sud-Alsace.
Enquête réalisée par Lucie Dupin et Adelise Foucault
La future zone d'activité de 82 ha sur l'ancien site de la raffinerie de Reichstett apportera une bouffée d'oxygène à l'Alsace qui dispose de peu de foncier disponible pour des projets industriels et logistiques, contrairement à ses voisins lorrains et champenois.