Aéroports : Y a-t-il trop de plateformes en France ?

Aéroports : Y a-t-il trop de plateformes en France ?

Sur 86 aéroports en métropole, 25 enregistrent une chute de trafic à deux chiffres sur cinq ans. Entre les plateformes, la concurrence est sans merci. La Cour des comptes pointe un gaspillage d'argent public.

86 aéroports en France métropolitaine, bientôt 87 si le projet de Notre-Dame des Landes aboutit. Gabegie ou nécessité ? Pour Yves Crozet, économiste des transports, professeur à Sciences Po Lyon, la réponse est claire : oui la France a trop d'aéroports. Des aéroports qui coûtent chers aux collectivités locales, indirectement aux contribuables, et génèrent souvent peu de trafic. Les statistiques de l'Union des aéroports français sont, sur ce point, éloquentes. Sur 86 aéroports en France métropolitaine, 25 enregistrent une chute de trafic à deux chiffres sur cinq ans. Sur 86 aéroports, 34 ne dépassent pas la barre des 10.000 passagers et 17 seulement accueillent plus d'un million de passagers, seuil au-delà duquel un aéroport est en général rentable.




Déficit chronique des petits aéroports

Dans un rapport publié dès 2008, la Cour des Comptes, avait pointé la situation. Elle relevait un déficit chronique des petits aéroports de province et des subventions des collectivités territoriales dépassant parfois un montant de 100 euros par passager. « Dans la quasi-totalité des cas, ces plateformes au faible trafic ne dégagent pas un autofinancement positif en l'absence de subventions d'exploitation », écrivait alors la Cour. « Sauf en cas de profil atypique, ce constat conduit à s'interroger sur le maintien en activités de certaines plateformes », concluait-elle notant au passage le manque de fiabilité des études sur les retombées économiques locales des plateformes.




Concurrence des aéroports

Les lacunes du système actuel français tiendraient au défaut d'implantation des aéroports, fruit de l'histoire et d'initiatives dispersées. « On a fait beaucoup trop de lignes ferroviaires en France à la fin du XIXe siècle ! On a eu, avec les aéroports, le même phénomène de surinvestissement », explique l'économiste Yves Crozet. Loin de se concerter, les gestionnaires des aéroports, proches parfois d'une cinquantaine de kilomètres, se livrent une bataille sans merci pour attirer passagers et compagnies à bas coûts. Et par un jeu de vases communicants, le trafic de l'un explose quand celui de l'autre s'écrase. Les aéroports de Dole et de Dijon en sont la parfaite illustration. Ces cinq dernières années, le premier enregistre la plus belle hausse de trafic de tous les aéroports français (+4.089 %), quand le second accuse la pire baisse de toutes les plateformes (-96 %). Dans une étude de 2015, la Chambre régionale des Comptes de Bourgogne-Franche-Comté déplore leur concurrence pour attirer Ryanair. Malgré des investissements publics importants (31 millions d'euros entre 2010 et 2013), elle pointe des retombées économiques des vols à bas coûts bien moindres que celles annoncées. Faut-il pour autant fermer tous les aéroports français non rentables ? La réponse est au cas par cas. Par « effet d'opportunité », il arrive qu'une activité de trafic de passagers se soit développée sur les infrastructures existantes. « À chaque fois, il faut se poser la question de la vocation première d'un aéroport : assurer le désenclavement d'un territoire périphérique, une évacuation sanitaire... », explique Philippe Aliotti, délégué général de l'Union des aéroports français. « Il faut distinguer les petits aéroports subventionnés au niveau local mais qui apportent du tourisme et de l'activité, des aéroports qui sont des gouffres financiers pour les collectivités publiques. Les situations sont assez variées. Il y a trop d'aéroports en France, mais il ne faut pas dire qu'il faut fermer tous les petits. Tout dépend d'où vient l'argent et de quel type de trafic il s'agit », juge l'économiste Yves Crozet.



Armelle Gegaden