Début 2012, on voulait encore y croire. Pourtant, quelques signes précurseurs s'étaient fait sentir dès le premier trimestre, avec une activité morne, atone, secouée par un climat général peu propice à l'ambition, malgré les efforts réitérés de nos institutions et collectivités pour booster leurs troupes en plein marasme. Austérité? Récession? Des maux bannis, auxquels on préférait un vocable plus amorti, comme quasi-stagnation ou, à l'instar du nouveau préfet des Alpes-Maritimes intervenant devant les élus de la CCI en septembre dernier, «un dynamisme incontestable du département, mais il convient de rester prudent quant aux perspectives proches...» Certes, les carnets de commandes ne sont pas vides. Mais ils ne se remplissent plus aussi vite. Et devant les mauvais résultats du bâtiment, indicateur historique, le doute s'installe.
Des disparités confortées
Côté positif, l'on reparlera d'un bilan touristique en dents de scie, où l'arrière-saison a sauvé une fin de printemps médiocre. Mais sur le terrain, les professionnels ne sont pas forcément d'accord avec les chiffres. Non, l'été n'a pas été mirobolant, mais au vu du climat ambiant, certes, cela aurait pu être bien pire. Certains élus, comme Auguste Vérola, adjoint niçois en charge du commerce, osent l'avouer. Ils sont encore (trop) peu nombreux. Signe tangible: l'emploi saisonnier, en chute libre. Par contre, le transit aéroportuaire, lui, n'affiche aucune faiblesse, avec des records de fréquentation en pagaille, en particulier au mois de juillet. Paradoxe? Non, plutôt belle stratégie niçoise en termes de multiplication des vols, tout au moins des capacités de sièges, en provenance de marchés porteurs: les lignes françaises ont le vent en poupe. Autre indicateur positif: l'industrie, qui malgré une prégnance toute relative en nos contrées, résiste tout en s'essoufflant: ainsi Carros et Grasse font-elles la course en tête, avec un petit sursaut côté Sophia qui voit l'arrivée en 2012 de quelques locomotives, avec Samsung en étendard. Mais si le premier fabricant mondial de téléphones mobiles débarque, c'est avec une toute petite unité de R & D (38 personnes). Petite, oui, mais la seule de France... De bon augure, après Intel, Arm (qui s'apprêterait à recruter) ou Nvidia pour le segment de la microélectronique. Côté sciences du vivant, la hausse persiste et signe, même si là aussi, toutes les activités ne sont pas égales devant la conjoncture: le secteur pharmaceutique porte les arômes, mais c'est tout de même trois points de plus à l'export à mi 2012, ce qui fait dire à Bernard Kleynhoff, président de la CCI, que «nos piliers économiques sont encore solides». Mais de tempérer immédiatement: «Pour la construction et l'industrie au sens large, c'est l'inquiétude.» Les plus impactés? L'immobilier (-30% en termes de ventes, -20% sur les permis de construire), et le BTP bien sûr: concurrence déloyale venue de l'étranger, auto-entrepreneurs, financements publics revus à la baisse, c'est la Berezina à en croire les hautes instances du secteur, promoteurs inclus. Jusqu'ici, l'espoir en des jours meilleurs se portait haut. Aujourd'hui, et pour l'année à venir, le discours a changé. Un chômage en forte hausse (même s'il n'atteint toujours pas les taux observés au national), des défaillances d'entreprises en sensible augmentation selon les tribunaux de commerce, et des mesures gouvernementales jugées incompatibles avec le financement retrouvé des entreprises, le département prend la crise de plein fouet. Avec un peu de retard, mais avec une violente force d'impact. Et avec la sensation peu agréable de naviguer à vue...
Après une année marquée par l'attentisme propre à chaque échéance présidentielle, la reprise escomptée n'a pas eu lieu. Une consommation en berne, des finances publiques à la peine, un moral au plus bas côté chefs d'entreprises, la crise n'est plus signe d'opportunité.